‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 5 sur 356 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Le trait dominant du caractère allemand est, pour Wagner, qu'il sait donner l’empreinte essentielle à chaque forme

«en la transformant de l’intérieur, ce qui le préserve de la nécessité de la détruire extérieurement. Ainsi, l'Allemand n'est pas révolutionnaire, mais réformateur » (7).

Beethoven, lui, cachait sous des dehors rudes une âme infiniment délicate et sensible.

La conséquence est que Beethoven a vécu sohtaire, a perdu le contact du monde extérieur et s’est tourné uniquement vers sa vie intérieure. Son seul désir a été dès lors

«le jeu de l’enchanteut avec les formes qui naissent dans son monde intérieur» (5).

Mais Beethoven devient sourd. Wagner compare sa situation à celle du « voyant » devenu aveugle : Tirésias. Alors, dit-il,

« l'œil du musicien s’éclaira de l’intérieur. Toute sa vision, tout son travail plastique sont pénétrés de cette merveilleuse gaîté qu'il a le premier introduite dans la musique. Maintenant grandit cette force qui donne une forme à l’inconcevable, au jamais-vu, au jamais-éprouvé, qui en fait l'expérience la plus immédiate, perceptible de la façon la plus frappante. La joie que procure l'exercice de cette force devient de l'humour : toute douleur de l'existence se brise contre cette aisance extraordinaire du jeu dont cette existence est l’objet; le créateur Brahma rit de luimême en reconnaissant sa propre illusion; l'innocence retrouvée joue et folâtre avec l’aiguillon de la faute expiée; la conscience

libérée se taquine elle-même avec le tourment victorieusement subi » (9).

Se plaçant alors au point de vue du progrès historique de l’art,

Wagner déclare que le grand mérite de Beethoven est d’avoir fait passer la musique

«du domaine du Beau esthétique à la sphère du sublime absolu » (1).

Beethoven n'a rien détruit. Mais il a tout transformé, tout réformé.

« Dans les mêmes formes où la musique ne devait plus se montrer que comme un art d'agrément, il avait à proclamer l’oracle de l'intuition la plus intime de l’univers sonore. Ainsi, il ressemble en tout temps à un véritable possédé; car on peut dire de lui ce que Schopenhauer dit du musicien en général : celui-ci exprime

la oo. sagesse dans un langage que sa raison ne comprend pas ( »,

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