Ibid
Le trait dominant du caractère allemand est, pour Wagner, qu'il sait donner l’empreinte essentielle à chaque forme
«en la transformant de l’intérieur, ce qui le préserve de la nécessité de la détruire extérieurement. Ainsi, l'Allemand n'est pas révolutionnaire, mais réformateur » (7).
Beethoven, lui, cachait sous des dehors rudes une âme infiniment délicate et sensible.
La conséquence est que Beethoven a vécu sohtaire, a perdu le contact du monde extérieur et s’est tourné uniquement vers sa vie intérieure. Son seul désir a été dès lors
«le jeu de l’enchanteut avec les formes qui naissent dans son monde intérieur» (5).
Mais Beethoven devient sourd. Wagner compare sa situation à celle du « voyant » devenu aveugle : Tirésias. Alors, dit-il,
« l'œil du musicien s’éclaira de l’intérieur. Toute sa vision, tout son travail plastique sont pénétrés de cette merveilleuse gaîté qu'il a le premier introduite dans la musique. Maintenant grandit cette force qui donne une forme à l’inconcevable, au jamais-vu, au jamais-éprouvé, qui en fait l'expérience la plus immédiate, perceptible de la façon la plus frappante. La joie que procure l'exercice de cette force devient de l'humour : toute douleur de l'existence se brise contre cette aisance extraordinaire du jeu dont cette existence est l’objet; le créateur Brahma rit de luimême en reconnaissant sa propre illusion; l'innocence retrouvée joue et folâtre avec l’aiguillon de la faute expiée; la conscience
libérée se taquine elle-même avec le tourment victorieusement subi » (9).
Se plaçant alors au point de vue du progrès historique de l’art,
Wagner déclare que le grand mérite de Beethoven est d’avoir fait passer la musique
«du domaine du Beau esthétique à la sphère du sublime absolu » (1).
Beethoven n'a rien détruit. Mais il a tout transformé, tout réformé.
« Dans les mêmes formes où la musique ne devait plus se montrer que comme un art d'agrément, il avait à proclamer l’oracle de l'intuition la plus intime de l’univers sonore. Ainsi, il ressemble en tout temps à un véritable possédé; car on peut dire de lui ce que Schopenhauer dit du musicien en général : celui-ci exprime
la oo. sagesse dans un langage que sa raison ne comprend pas ( »,