J0id
Ces quelques indications sommaires suffisent à montrer que si Wagner part toujours de la conception de Beethoven qu'’eurent Hoffmann et Bettina, il la dépasse cette fois bien nettement. Beethoven est devenu pour lui un réformateur schopenhauerien, un réformateur à la fois de l’art et de la morale. Tous les commentateurs de Wagner sont d'accord là-dessus : ce Beethoven, c’est Wagner lui-même, dont les idées théoriques et philosophiques s'étaient, à ce moment, précisées au contact de la philosophie de Schopenhauer. Les traits principaux du Beethoven romantique ont subsisté. Il s’y est même ajouté celui, bien caractéristique, de l'ironie romantique, de cet humour qui fait que le créateur « rit de lui-même en reconnaissant sa propre illusion ». Mais le réformateur Beethoven n'est qu’un masque pour le réformateur Wagner.
Le romantisme, dont Wagner fut un représentant tardif mais bien caractéristique, a passé. Mais la figure de Beethoven qu'il a dressée est restée debout et la critique beethovenienne moderne a conservé à Beethoven quelques-uns de ses traits romantiques. Il n'est plus question de voir en Beethoven l'artiste romantique en communication avec le monde des esprits, le mage ou le prêtre en possession des secrets de la nature. Mais l’homme de la nature, le bohème génial, le sourd muré dans son monde intérieur, le démocrate, le prophète de l'humanité” idéale n’ont pas cessé de hanter l'esprit de beaucoup de critiques. La légende romantique de Beethoven est encore vivante après plus de cent ans.
Il ne s'agit pas ici de dresser la liste des innombrables écrits consacrés à Beethoven et de se demander jusqu’à quel point ils portent la trace des conceptions romantiques des premiers écrivains allemands qui cherchèrent à caractériser Beethoven. L'exemple de quatre commentateurs modernes servira simplement à montrer combien la conception romantique de Beethoven peut encore avoir, à l’heure actuelle, des échos divers.
Dans la brochure qu’il a consacrée en 1903 à la Vie de Beethoven, Romain Rolland voit en son héros un homme d'opinions républicaines (*). Cette idée lui paraît confirmée par l'attitude de Beethoven à l'égard de Gœthe, d’après le récit de Bettina (**). À propos de la Neuvième Symphonie, Romain Rolland le montre sous l’aspect d’un prophète (*) et même d’un Titan (*). L'in-