Ibid., 292, mesures 6 à
cherie et platitude fréquentes de la mélodie, maladresse et indigence de l'harmonisation et de l’accompagnement indiquent chez l'auteur une maîtrise insuffisante de la technique musicale. Les œuvres les plus réussies elles-mêmes ne sont pas exemptes de reproche. Ajoutons enfin que l'éditeur déclare avoir éliminé certaines compositions de Bettina par piété envers sa mémoire (”*).
Telle est la part qui, dans la vie et l’œuvre de Bettina, revient à la musique proprement dite. Elle ne permet pas de la ranger parmi les musiciens professionnels, encore moins parmi les véritables créateurs. Mais elle suffit à montrer que Bettina a cependant été autre chose qu’une auditrice exaltée, et qu’elle a cherché à se rendre compte vraiment de ce qu’est la musique. D’ailleurs, une préoccupation musicale se montre dans la plupart des œuvres littéraires de Bettina. C’est cette préoccupation, diversement exprimée, qui va nous permettre de rechercher comment elle a conçu la musique.
Dans ses œuvres, Bettina a souvent noté des impressions musicales. Dans la Correspondance de Gœthe avec une enfant, elle raconte qu'une nuit elle a été éveillée par un officier, son voisin de palier, qui jouait de la flûte à une heure indue (**°). A Winkel, elle constate que l’orgue sonne faux et qu’ « il a fallu venir de Francfort jusqu'à Winkel pour entendre exécuter en l’honneur de Dieu une aussi grande désharmonie » (°°). Elle signale l'impression de mélancolie vague produite par la sonorité d’un flageolet solitaire par temps pluvieux (°°). Sur les bords du Rhin, elle décrit le charivari constitué par diverses processions qui se rendent vers un lieu de pèlerinage, chantant chacune un cantique différent ("‘). Elle décrit aussi une procession dont les chants ont pour but d’attirer la bénédiction du Seigneur sur les vignobles, et constate qu’une fois la cérémonie terminée des chants qui n’ont plus rien de religieux remplacent.les cantiques : « un allegro de liesse se substitue au chant des basses » (°*), Elle analyse l’impression produite par un chant de batelier qui monte du Rhin pendant la nuit (!°). Elle s'intéresse à l’art naïf d'un berger qui joue du chalumeau (17!), signale l’impression causée par les fanfares de cors de chasse qui se répon-