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plaine liquide de la mer calme, entend au loin retenir des flûtes » (*?). A l’occasion de la mort de Gæthe, elle répète encore que son affection pour lui est musique, que leurs sentiments sont une harmonie qui les unit à la Nature et à Dieu (***). Une lettre qu’elle écrit parcourt des tonalités diverses, mais « la tonalité mineure y domine » (/°*). Consciente de la valeur de sa propre personnalité, elle déclare : « l’avenir se mettra d’accord avec la fondamentale de mon esprit, c’est mon esprit qui dirigera ses modulations et les soutiendra » (°°). Evoquant le souvenir de Caroline de Günderode, elle dit que son amie a été « l’écho de ses propres sonorités »; Caroline la comprenait « dans toutes ses modulations » (°°). Dans une lettre à Ilius Pamphilius enfin, elle essaie de se caractériser elle-même grâce à une curieuse comparaison musicale : elle est un son, qui vibre par sympathie avec d’autres sons. La « modulation passagère des harmonies » a pu lui faire rencontrer Ilius, dont les vibrations ont coincidé avec les siennes. D’autres modulations peuvent les éloigner l’un de l'autre, transformer « l'intervalle de seconde en une neuvième ou en une septième mineure ». Et les modulations étrangères mènent « si loin que tu ne peux jamais t’imaginer réentendre le premier son ». Ilius risquera alors de ne plus percevoir l’écho des sonorités de Bettina (!°°).
Dans ce mélange de notations musicales, il y a surtout des impressions sonores et des comparaisons. Les unes et les autres montrent chez Bettina la persistance d’une préoccupation musicale qui forme l’un des éléments les plus frappants et les plus caractéristiques de sa personnalité littéraire. Dans la description de beaucoup de paysages ou dans le récit de maints épisodes intervient un élément auditif sans lequel il est manifeste que l’auteur ne trouverait pas sa narration complète. D'autre part, Bettina cherche à rendre plus compréhensibles les impressions produites par une lettre, par un personnage, ou encore certains états d’Âme, au moyen de comparaisons empruntées À la musique : tonalité majeure ou mineure, modulations, ete. Ces procédés, nouveaux à son époque, et qui en plus d’un endroit rappellent ceux de Hoffmann, donnent à son style et à ses procédés descriptifs ou narratifs une empreinte spécialement musicale qui lui est propre.
D'ailleurs, la préoccupation musicale va, chez Bettina, beaucoup plus profond. En bien des endroits de son œuvre, elle se livre à des considérations plus ou moins vastes sur la musique,