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son essence et sa valeur expressive. Il y a, éparse dans l’œuvre de Bettina, une philosophie de la musique qu’on peut essayer de systématiser à l'aide de citations caractéristiques, qu'il suffit de grouper. Les passages qu’on peut utiliser à cet effet sont même si abondants qu’il faut se limiter et faire un choix parmi eux. D’autres, qui pourraient être invoqués aussi, ne feraient guère que les confirmer, sans apporter d’idée ou de nuance essentielle.
La conception que Bettina se fait de la musique est fondée sur la distinction qu’elle établit entre les sens et l’esprit. La vraie musique frappe à la fois nos sens et parle à notre esprit. Par suite, grâce à elle, les sens entrent en communication avec l'esprit, deviennent même esprit. Dans la Correshondance de Gœthe avec une enfant, elle essaie d'expliquer l’essence de la musique à Gœthe, qui n’aurait pas voulu admettre la septième mineure malgré les explications de Schlosser. Pour elle, la septième, n’ayant pas de « base sensible », est « l’intermédiaire entre la nature sensible et la nature céleste ». Elle compare le rôle de la septième à celui du Christ, dont la venue a permis aux sages patriarches de « satisfaire l'attente du désir » et d’entrer au ciel. De même, « par la septième seule l’empire figé des sons est racheté et devient musique, esprit éternellement en mouvement, ce qui à proprement parler est le ciel ». Hile qualifie la musique de « médium de l’esprit, par lequel ce qui est du domaine des sens entre dans celui de l’esprit » et, poursuivant sa comparaison, ajoute que, tel le Christ rachetant tous ceux qui ont le désir de la vie éternelle, la septième, par sa résolution, « guide tous les sons qui implorent d’elle leur rédemption, par mille chemins divers, vers leur origine, vers l’esprit divin » (!°5).
Un peu plus loin, elle insiste encore sur l’impression que la musique produit sur nos sens. Elle reprend sa comparaison du rôle de la musique avec la mission rédemptrice du Christ : la musique touche nos sens « de façon qu’ils se sentent fondus dans l’harmonie des sons », elle les sublime, les met « d’accord avec lesprit » (°°).