‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 59 sur 356 · Gaœthes Bw. (Bett., III, 232 et suiv · texte numérisé non relu

Gaœthes Bw. (Bett., III, 232 et suiv

199. « Christus sagt : Auch Kuer Jeïib soll verklärt werden !? Ist nun Musik nicht die Verklärung der sinnlichen Natur? — Berührt Musik nicht unsere Sinne, dass sie sich eingeschmolzen fühlen in die Harmonie der Tône, die Du mit Terz und Quint berechnen willst? — Lerne nur verstehen, — Du wirst um so mehr wundern über das Unbecreifliche. Die Sinne fliessen in den Strom der Begeisterung, und das erhôht sie. Ales was den Menschen geistigerweise anspricht, geht hier in die Sinne über; drum fühlt’ er sich auch durch sie zu allem bewest. Tiebe und Freundschaft und kriegerischer Mut, und Sehnsucht nach der Gottheit — alles wallt im Blut:; das Blut ist geheiligt : es entzündet den Leib, dass er mit dem Geist zusammen dasselbe wolle. Das ist die Wirkung der Musik auf die Sinne; das ist die Verklärung des Leïbes: die Sinne von Christus waren eingeschmolzen in den gôttlichen Geist; sie wollten mit ihm dasselbe: er sagt : Was Ihr berührt mit dem Geist, wie mit den Sinnen, das sei gôttlich, denn dann wird Euer Leib auch Geist. Siehst Du, das hab’ ich ungefähr empfunden und gedacht, da man sagte Christus habe nichts von Musik gewusst » (1b14., 261-262) <

EDS res

Dans la même lettre à Gœthe, Bettina parle d’une araignée sensible à la musique, qui descendait du plafond lorsqu'elle jouait de la guitare, et dont les mouvements trahissaient l'influence qu'avaient sur elle les rythmes musicaux; la bestiole était « pénétrée de joie, ou plutôt pénétrée par l'esprit », aussi longtemps que la guitare se faisait entendre. Une souris s’avançait également au milieu de la pièce, quand Bettina prenait sa leçon de chant; la gamme montée lentement, en sons soutenus et augmentant d’intensité, la faisait approcher toujours davantage; une mélodie semblait l’effrayer, et elle s’enfuyait. Elle en conclut que la gamme préparait en ces petits êtres « un état supérieur » et que la musique était pour eux « leur temple, où ils sentaient leur existence sublimée, touchée par le divin » (?°°)

Sous la phraséologie enthousiaste et quelque peu nébuleuse de Bettina, on peut fort bien comprendre le rôle qu’elle assigne à la musique : la musique est esprit, mais elle s’adresse aux sens, qui sont quelque chose de matériel, donc d’inférieur. Toutefois, par la musique, ce n’est pas l’esprit qui s'abaisse vers les sens, ce sont les sens qui s'élèvent vers l’esprit. Grâce à la musique, les sens se dématérialisent en quelque sorte, et participent à une vie supérieure, celle de l’esprit.

Aüïlleurs, essayant de débrouiller les rapports de l’esprit et des sens par l’intermédiaire de la musique, elle n’est pas sans éprouver quelque embarras, que trahit son expression confuse et qu’elle avoue ingénument. L'idée essentielle du passage est que la musique produit chez elle une exaltation telle que « la mélodie des pensées s’évade des limites trop étroites vers une intuition plus haute » et que les « sentiments éternels » la soulèvent « bien haut au-dessus de l’agitation terrestre » (?°1).

Cette action de la musique — qui lui est d'ailleurs commune avec d’autres arts — fait qu’elle nous révèle l’infini. Si l’artiste

Page 1