‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 61 sur 356 · Die Gtünderode (Bett., IT · texte numérisé non relu

Die Gtünderode (Bett., IT

l’esprit « est musique ». Tout être vivant est pénétré de façon sensible par les quatre éléments et par « leur esprit qui s’engendre en lui »; c’est pourquoi « la musique l’émeut tellement ». Si quelqu'un, ajoute Bettina, « comprenait les lois de l’harmonie et les appliquait avec intelligence, il serait en secret le maître du monde ». Il entendrait l’univers résonner comme une symphonie, et l’histoire universelle ne serait pour lui que « sons de tambour, de fifre et de chalumeau » (°°°).

L'idée principale est ici que le sentiment permet de pénétrer, par l'intermédiaire de l’harmonie, le mystère de la création. En effet, si la musique permet aux sens de se spiritualiser, de s’élever vers une région supérieure, si, grâce à elle, le monde de l’esprit et le monde des sens se pénètrent mutuellement, l’homme va pouvoir, par elle, pénétrer le secret de l’univers. Maître de l'harmonie, il sera alors maître de l’univers dont elle symbolise les lois. La musique peut donc agir dans les deux sens : de haut en bas, en rendant l’infini accessible à l’homme; de bas en haut, en permettant à l’homme de conquérir une puissance réelle sur cet infini qu’elle lui aura révélé. La musique est donc conçue ici comme analogue à la magie, qui permettait de pénétrer les secrets de la nature et de Îles utiliser, de commander à la nature et de la plier à sa volonté. Ce pouvoir magique de la musique, Bettina a essayé de le définir comme impliquant « le sacrifice éternel du cœur humain à la divinité ». Le mérite du maître est a d'accepter que les esprits s’élancent sur lui, l’emportent, détruisent son être entier, et qu’il leur obéisse pour chercher un monde supérieur dans les douleurs éternelles de l’inspiraton» (°°°).

Ce caractère magique de la musique, Bettina le définit beaucoup plus brièvement, et surtout beaucoup plus nettement, en un autre endroit, à propos de Zelter. Cette définition lapidaire montre qu’au fond, ce que Bettina a appelé le caractère magique de la musique est surtout l’élément sentimental, irrationnel, irréductible à l’intelligence, qui fait qu’elle sent la musique au lieu

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