EST
sive, elle n’est que la manifestation sonore de l'esprit, de l'infini, de Dieu. Du point de vue humain, elle exprime l’âme (Sie
Naturellement, la musique vient compléter la poésie, en augmenter le pouvoir expressif. Un poème réussi porte en lui-même sa mélodie, qu’on peut dégager du rythme et des sonorités du vers (22). Bettina prétend avoir été capable d’improviser une mélodie sur une poésie de Caroline de Günderode (**). C’est du reste le don d'improvisation qui lui paraît la marque distinctive du tempérament musical véritable, le signe caractéristique de l’artiste créateur. Elle s'étonne que l'homme soit contraint d’apprendre d’abord à chanter, alors que dans le gosier du rossignol la musique naît sans aucun souci des règles humaines. Elle déclare n’avoir jamais entendu aucun chant humain qui l’ait émue comme celui du rossignol (**). Klle-même, qui prétend avoir eu un don d’improvisation musicale, compare ce qui se passait en elle, au temps de sa jeunesse, au jaillissement spontané du chant chez les oiseaux, à certaines époques de l’année. Des mélodies naissaient en elle « d’un léger contact entre les sons et le sentiment », sans que l’esprit eût la moindre part à leur production, comme par miracle (2).
Elle reproche même à l’enseignement de l’harmonie d’être dogmatique, de n'admettre aucune discussion et de ne pas être ce qu'elle désirerait qu’il fût : une effusion sentimentale. Les professeurs n’en présentent que la caricature qui n’arrêtera pas, avec ses règles aussi strictes qu’injustifées, le libre essor de son tempérament musical. Elle fera ce qu’elle pourra, poussée « avec énergie vers d’autres pensées » par « un instinct naturel certain » (716).
Bettina en revient donc toujours à la même idée : la musique est affaire de sentiment, bien plus que d’intelligence ou même d'oreille. Elle prétend en avoir fait l’expérience dès son enfance, au contact des œuvres des maîtres (217).
Cette prédominance du sentiment suffirait à caractériser comme romantique la conception que Bettina a eue de la musique. Ce
211. (« Denn jeder Gedanke hat eine Verklärung, das ist Musik, die muss Sprache sein alle Sprache muss Musik sein, die erst’ ist der Geist, nicht der Inhalt, der wird nur Liebesgespräch durch die Musik der Sprache » (ibia., 290).