‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 67 sur 356 · PEL · texte numérisé non relu

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La Presse

Les articles de critique-musicale épars dans diverses publications contemporaines de Beethoven et dus à divers auteurs ne peuvent évidemment montrer ni esprit de système ni même cohésion. La plupart constituent de simples tentatives de vulgarisation doctrinale ou traduisent seulement les conceptions d’un journaliste dont la compétence est, à l’heure actuelle, le plus souvent invérifiable, surtout lorsque — cas le plus fréquent — l’article est anonyme ou signé d’initiales impossibles à interpréter. Cependant, cette poussière d’opinions peut être considérée comme reflétant les théories courantes à l’époque. Malgré la diversité des auteurs et des conditions de publication, on peut essayer de dégager des articles les plus importants quelques tendances théoriques générales.

La revue la plus importante par la date de sa fondation et la continuité de sa publication est sans contredit la Gazette musicale de Rochlitz (*). On y trouve, dès le début et pendant toute la période qui correspond à la vie de Beethoven, des articles propres à donner une idée des tendances de l’époque en matière de philosophie et d’esthétique musicales.

Dès le 10 avril 1709, Rochlitz lui-même prend la plume à propos de la tentative d’un de ses amis qui a écrit des paroles sur une pièce instrumentale de Haydn. La Gazette ayant publié cet arrangement en supplément, Rochlitz l'accompagne d’un entrefilet qu’il intitule : Quelques mots rapides sur l’union de la musique avec la poésie. La poésie et la musique, y dit-il en substance, ne produisent l’effet maximum que si elles sont unies. Ceux qui se plaignent du vague et de l’absence de caractère de la musique n’ont raison que si on considère telle ou telle œuvre manquée. Un bon poème doit avoir des sonorités musicales, une bonne musique doit exprimer un sentiment (?).

1. Allgemeine musikalische Zeitung, éditée à Leipzig depuis octobre 1798.

2. «Weg mit dem Gedicht, das nicht auch khingt; aber weiter weg mit der musikalischen Komposition, die nichts sagt! Wenn Musik Ausdruck der Empfindung ist : so kann ja das, worin keine Empfindung ist, eben darum keine Musik seyn » (AMZI,, I, n° 28 col. 343 : Einige flüchtige Worte über Verbindung der Musik mit der Poesie, durch Beylage Nr XII veranlasst).*

Pour bref que soit le développement, il exprime pourtant avec toute la netteté désirable l’idée qu’il n’y a de véritable musique que la musique expressive, celle qui « dit » quelque chose. Il conclut à la possibilité et à la légitimité de tentatives comme celle qui a fourni à Rochlitz l’occasion de préciser ce point et annonce que la Gazette publiera d’autres arrangements analogues.

Trois mois plus tard environ paraît le début d’une assez longue étude, signée des initiales v. T., qui va se poursuivre pendant plusieurs numéros et est intitulée De la Musique (°).

L'auteur pose d’abord en principe que la musique doit exprimer quelque chose. La musique instrumentale elle-même n’échappe pas à cette nécessité. Pour bien faire, le compositeur devrait déterminer d’avance si ce qu’il va écrire sera, par exemple, une idylle, une ode pindarique ou une élégie. Ce caractère expressif de la musique persiste même dans les genres inférieurs : la musique descriptive elle-même, la « peinture sonore » ne peut être que l’expression des sentiments de l’ auteur, car elle a pour but, comme les autres genres, de faire vibrer notre âme à l’unisson de celle de l’auteur en lui faisant retrouver dans l’œuvre musicale ses propres émotions. Le musicien manquerait donc son but s'il dépeignait de façon trop réaliste la nature en furie. Au lieu de flatter nos oreilles, il les blesserait, et sa musique, au lieu de nous faire vibrer, nous inspirerait un véritable effroi.

« Jusque dans le tableau de l'orage, il faut donc encore qu'il y ait de la mélodie, du chant, de l’harmonie, une image belle et charmante (4). »

L'auteur de l’article admet d’ailleurs par la suite que toutes les nuances de l’émotion ne sont pas également lyriques ou propres au chant. [1 y a un style dépourvu d’émotion, c’est le récitatif qui lui convient. Examinant ensuite la Création de Haydn, il déclare que cette œuvre est « un tableau d'émotion » (°). Enfin, pour préciser la valeur expressive des divers éléments du langage sonore, il étudie rapidement, à ce point de vue, les tonalités, les instruments et les mouvements.

Beaucoup plus développé, fouillé et nuancé que l’entrefilet de Rochlitz, qui attirait simplement l’attention sur les conditions que doivent remplir la musique et la poésie lorsqu'elles sont unies en une même œuvre, cet article illustre cependant le même principe : il n’y a de musique véritable que celle qui exprime des sentiments. C’est par là qu'elle sera capable de parler à nos

3. AMZL,, I, n°®% 44 à 47 : Über die Tonkunst. 4. Ibid., n° 45, col. 742.

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