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propres sentiments un langage qui leur soit perceptible, de les faire vibrer comme, dans une certaine circonstance, a vibré l’artiste. Il semble bien que l’auteur voie dans l’expression l'essence même du langage sonore, qui ne saurait se suffire à lui-même ou rester neutre. Le récitatif seul échapperait à cette nécessité, ce qui est d’ailleurs une affirmation contestable. Il faut éviter l'excès de réalisme, car l’œuvre musicale qui effaroucherait ses auditeurs irait à l’encontre du but même de l’art des sons, qui est d’établir une sorte de synchronisme de vibrations entre l'âme de l’artiste et celle de l’auditeur. Malgré les restrictions de détail que renferme cette étude, le postulat d’où part l’auteur est net : hors de l’expression-il n’y a pas de musique.
Le 10 décembre 1799 paraît pour la première fois dans la revue le nom de Christian Friedrich Michaelis, dont un numéro ultérieur révèlera la qualité de « professeur de philosophie privé » à Leipzig. Son article est intitulé Sur le rang de la musiqué parmi les beaux-arts (°). Il y définit les sons comme des moyens que la musique emploie « pour exprimer le beau et le sublime » (*). Comme les autres arts, elle doit, en effet, chercher à exprimer des idées esthétiques. Elle y arrive « jusqu’à un certain point » par la modulation, au moyen de l’harmonie et de la mélodie.
L'auteur se demande ensuite quelle est la hiérarchie des arts et les répartit en trois classes principales : dans la première figurent l’éloquence et la poésie qui s'adressent à l’intelligence; dans la deuxième les arts plastiques, qui s'adressent à l’imagination intuitive; dans la troisième la musique, qui s’adresse à l’âme et au sentiment. Il déclare que c’est la musique qui procure le plus de jouissance. Cependant, elle est située sur le degré inférieur de l’échelle des arts, car elle ne fait que jouer avec de simples sensations, qui à leur tour ne font que jouer avec de vagues idées d'émotions.
En terminant, l’auteur explique que ces arts peuvent s’ennoblir et augmenter leur action sur nous en s’unissant ou en se subordonnant les uns aux autres. Ainsi l’union de la poésie et de la plastique engendre le drame, celle de la musique avec la poésie produit le chant, celle de la musique avec la plastique fait naître la danse.
L'origine des idées exprimées dans cet article est claire : c’est la Critique du jugement de Kant. Michaelis adopte la classification des arts proposée par Kant, qui réduit la musique à un simple jeu de sensations auditives, admet qu’elle cause de grandes jouissances, mais lui reproche de procurer à ses auditeurs plus de jouissance que de culture et lui accorde, par conséquent, au
6. AMPLI, II, n° ro, col. 183 et suiv. : Über den Rang der Tonkunst unter den schônen Kiünsten.