‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 70 sur 356 · Tbtd., col · texte numérisé non relu

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quée plus nettement ici, en termes énergiques qui mettent en parallèle l'homme et l'animal.

Le 17 mars 1802 paraît, sous la signature de Franz Horn, un article intitulé Fragments musicaux (*). L'auteur, poussant À l'extrême la conception de la musique expressive, se demande si elle a le droit de peindre. Il répond par cette simple formule de bon sens

« La musique doit... être musicale, c'est-à-dire qu'elle doit donner la forme la plus pure au degré suprême de l'émotion (4). »

Elle ne doit pas empiéter sur le domaine d’un autre art, elle ne doit même pas être pittoresque, car le pittoresque occupe la réflexion. Mais par la suite, l'auteur fait une distinction curieuse et assez subtile. Les plus parfaits chefs-d'œuvre musicaux sont, d'après lui, caractérisés par « une certaine représentation picturale » qu'il appelle « peinture invisible ». Il en indique plusieurs exemples : le Don Juan de Mozart, qui peut faire apparaître même à une imagination terre-à-terre « une vie romantique », et des œuvres de musiciens italiens qui ne peuvent évoquer auprès d'aucun auditeur le ciel septentrional (**).

L'expression de « peinture invisible » n’est pas très claire en elle-même. C’est le contexte qui seul peut permettre d’en préciser le sens. Si on considère la dernière phrase citée, on peut penser qu'il s’agit d'attribuer à la musique le pouvoir de créer une ambiance, de transporter l’auditeur dans une contrée irréelle. C’est sans aucun doute ce pouvoir de suggestion que l’auteur entend désigner par le qualificatif de « romantique » appliqué au Don Juan de Mozart. Nous ne sommes plus ici dans le sillage de Kant. La conception de la musique expressive ne se précise peut-être pas encore dans le détail, mais elle s'affirme cependant avec une netteté incontestable. On voit s'esquisser ici la théorie qui sera celle de Hoffmann et qui lui permettra de ranger Mozart parmi les musiciens romantiques, c'est-à-dire parmi les musiciens expressifs.

Le qualificatif de « romantique » est d’ailleurs à la mode. La Gazette de Leipzig le montre à diverses reprises. Ainsi le 7 avril 1804, elle publie une Proposition, émanant d’un directeur de troupe d'opéra, pour favoriser, d'une façon aussi facile que

13. AMZL, IV, n° 25, col. 4ox et suiv. : Mustkalïsche Fragmenie. 14. Tbid., col. 406.

15. « Ganz anders verhält es sich indes mit einer gewissen mahlerischen Darstellung in der Musik, die gerade die vollendetsten Kunstwerke bexeichnet. Ich môchte sie die unsichtbare Mahlerey nennen, aber sie ist nur den erhabensten Genies, einem Mozart, Cimarosa, Cherubini und einigen wenigen andern eigen. — Auch einer ganz alltäglichen Phantasie wird durch den Don Giovanni ein romantisches Lehen erscheinen.…. Wer fühit wohl bey Cimarosa's Heimlicher Ekhe, Paisiello's Müllerinn, Piccinis Dido, den nordischen Himmel noch... » (#b54., col. 407).

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