LES
sûre, les progrès de l’opéra allemand et obtenir de nouvelles compositions de nos plus grands maîtres (°°). Il s’agit d'obtenir des directeurs qu’ils signalent à la maison Breitkopf et Härtel (où s’édite la Gazette) chacun deux opéras, dont l’un devra être
« un grand [opéra] romantique, comme le poète de la Flûle enchantée voulait en faire un et comme Don Juan l'est devenu ».
Voici encore Don Juan qualifié d'œuvre romantique. Et une distinction s'établit entre Don Juan, opéra romantique réussi, et La Flûte enchantée, qui devait l’être dans l’intention de l’auteur du livret et ne l’est évidemment pas devenue. On ne dit pas que ce soit la faute de Mozart, et il est peu probable qu’il s'agisse ici d’accuser d'insuffisance le musicien qui, précédemment, avait si bien réussi un Don Juan romantique. Le responsable est plutôt Schikaneder lui-même, qui a modifié son livret et en a détruit l’unité, faute de parvenir à fondre ce qu’il conservait de sa conception primitive avec ses intentions nouvelles. L'œuvre, telle qu’elle a été réalisée, ne manque donc pas de disparates ("’), tandis que Don Juan, dont le livret n’est pourtant pas un chef-d'œuvre, offre, dans l’ensemble, plus d’unité. Cette unité, la musique la complète et la parfait en idéalisant le drame. Tel est vraisemblablement le sens du passage et de l’épithète « romantique » qui y est employée. On pourrait d’ailleurs discuter l’opinion émise sur La Flûte enchantée, où il est certain que la musique de Mozart confère à la pièce assez incohérente de Schikaneder une unité supérieure et vraiment romantique, au sens où ce dernier terme est employé ici.
Se plaçant à un autre point de vue, D. Hohnbaum publie, le 20 mars 1805, un article intitulé Pensées sur l'esprit de l’art musical allemand d'aujourd'hui (*). I1 considère que Haydn et Mozart ont servi de modèles à leurs successeurs, lesquels leur doivent un langage sonore par lequel il leur est possible d'exprimer leurs sentiments avec sérieux et dignité. Toutefois, il faut, dans l’analyse du langage musical actuel et de la façon dont il a été constitué, faire sa part à l'influence italienne. Influence heureuse, car sans elle le discours musical risquerait de devenir trop abstrait et de supposer dans tout auditeur une sorte de deuxième moi de l’auteur, aussi instruit que l’auteur lui-même.
16. AMZI,, VI, n° 27, col. 365 et suiv. : Vorschlag zur eben so leichten, als zuverlässigen Emporbringung der deutschen Oper, in Absicht auf neue Kompositionen unsrer grüssten Meister.