‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 76 sur 356 · Der Sammler, I (1809), n°8 47-48 : Musikideen · texte numérisé non relu

Der Sammler, I (1809), n°8 47-48 : Musikideen

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L'article se termine par des plaintes sur l’état présent de l'opéra allemand et sur la mauvaise composition des programmes de concert, où l’harmonie fait trop souvent défaut.

Les idées soutenues par l’auteur sont plus proches des théories romantiques que les articles de la même époque précédemment cités. Tel Lessing et Herder, il cherche bien à délimiter les arts les uns par rapport aux autres, et plus spécialement la musique par rapport à la peinture. Mais il recherche aussi ce qu’ils peuvent avoir de commun et envisage l’union de la musique et de la poésie pour une œuvre commune où chacun des deux arts fournirait à l’autre l’occasion d’atteindre la perfection. Il n’est plus question de considérer la musique, ni même certains genres musicaux, comme un simple jeu de sonorités. La musique s'adresse au sentiment et lui fait entendre l’écho de cette réalité éternellement inaccessible à nos sens, qui ne peuvent percevoir que l’apparence. Si on veut employer la terminologie kantienne à propos d’idées fort éloignées des conceptions de Kant, on peut dire que la musique met notre sentiment en contact avec le monde des noumènes, tandis que nos sens ne peuvent connaître que le phénomène. Le cosmopolitisme du dixhuitième siècle paraît aussi dans cette formule que la musique est le bien commun de toute l’humanité et que chaque école nationale ne représente que la manifestation d’une sensibilité particulière. Il faut relever enfin que, dans l’énumération assez abondante des maîtres de la musique allemande, Mozart est considéré comme le plus grand d’entre eux, mais que le nom de Beethoven n’est même pas cité.

Dans un article consacré à la musique italienne, paru à Vienne en septembre 1813 dans le Dramaturgischer Beobachter (°), on trouve l’affirmation suivante

« La musique vocale doit être une expression plus haute et plus animée des pensées et des sensations de l'âme, une déclamation renforcée. Dès qu'elle ne correspond pas à cette définition, elle devient un monstre (55). »

Il n’est évidemment question ici que d’un genre particulier, où la musique est unie aux paroles. Contrairement à l'opinion émise dans l’article précédent, la musique est subordonnée à la poésie, sa valeur expressive vient à la fois renforcer celle des paroles et la placer sur un plan supérieur. La vraie musique est donc expressive. Si elle ne possède pas cette qualité, elle cesse d’être quelque chose de définissable.

34. Dramaturgischer Beobachter, X, n® 6, 7, 8 : Über die italienische Oper.

35. « Die Vocalmusik soll ein hôherer belebterer Ausdruck der Gedanken und Empfindungen der Seele, eine verstärkte Declamation seyn; sobald sie dieser Definition nicht entspricht, wird sie zum Unding » (1bid., n° 8, 32). :

La signature de Chr. Fr. Michaelis reparaît en 1818 au bas d’un article publié dans le Leipziger Kunstblatt et intitulé Sur quelques analogies entre la musique et les arts de la parole (°°). Il constate d’abord que la musique, comme la poésie, se manifeste dans le temps et non dans l’espace. Klle est donc plus proche de la poésie que des arts plastiques. Il affirme ensuite que tous les arts sont animés par un esprit commun. La preuve en est que, dans leurs œuvres musicales, Haydn, Mozart, Beethoven, Cherubini se montrent souvent poètes. Par ailleurs, la musique et la peinture ont des caractéristiques communes : l’une et l’autre ne répartissent-elles pas la lumière et l’ombre, soit par le jeu des couleurs, soit par celui des sonorités? Le but commun à la musique et aux autres arts est une belle représentation qui procure un plaisir esthétique. Mais pour augmenter son effet et pour réaliser certaines expressions, la musique, comme la poésie, a parfois besoin de surprendre son auditoire. Les moyens dont la musique dispose pour produire ces effets de surprise sont les modulations inattendues, les cadences imprévues, les changements de rythme, l’augmentation ou la diminution du volume sonore, les pauses inattendues, l’entrée subite de certains instruments, etc. C’est de cette façon qu’elle donnera peut-être à l'œuvre un caractère merveilleux et romantique. Le contraste peut être poussé très loin. Haydn, dans certaines pièces humoristiques, l’a poussé jusqu’au ridicule, par exemple dans certain quatuor qui se termine par un canon.

L'auteur classe ensuite les œuvres musicales en divers genres : le grand et le sublime, le noble, le solennel, le touchant, le gracieux, le naturel et le naïf. Il recommande de chercher la clarté, aussi nécessaire en musique qu’en poésie, et d'éviter la prolixité.

Au poème héroïque correspondent le grand concerto et la grande symphonie. Les symphonies peuvent s’apparenter d’ailleurs à la comédie ou à Îa tragédie. Au monologue correspond le solo, au dialogue le duo, etc. Un concerto pour piano de Beethoven appartient à ce genre et produit un effet rare.

La Symphonie pastorale de Beethoven est déclarée « comparable à un poème descriptif et champêtre ». On trouve d’ailleurs des exemples de musique pittoresque et champêtre chez Haendel, Haydn et d’autres, et aussi dans des ouvertures et des opéras. On voit par là que la musique « n’agit pas seulement sur le cœur, mais aussi sur l’imagination » et que son rôle peut consister à éveiller des images dans l’Ââme » et à « décrire des scènes de la nature et de la vie » (*’).

36. Leipziger Kunstblatt, 1818, n° 112, 457 et suiv. : Über einige Analogien zwischen der Musik und den vedenden Künsten.

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