‹ Le "Romantisme" de Beethoven Contribution à l'étude de la formation d'une légendeChapitre 81 sur 356 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Les éléments de la légende romantique de Beethoven

E. T. À. Hoffmann

L'attitude de Hoffmann à l'égard de Beethoven est conforme à sa conception générale de la musique. Elle ne diffère pas de celle qu’il a prise à l’égard de Mozart, de Haydn, de Bach et des vieux maîtres italiens, qu’il a considérés à travers ses idées romantiques.

Les allusions plus ou moins brèves à Beethoven, éparses dans l’œuvre de Hoffmann, et dont la plupart figurent dans les Kreisleriana, sont le plus souvent des appréciations générales, qui répètent seulement l’opinion que Hoffmann fonde sur l'étude détaillée d'œuvres de Beethoven. Cette opinion se dégage de l’examen d’unè série d’études, échelonnées de 1810 à 1814, publiées dans la Gazette musicale de Rochlitz, dans les Phantasiestücke et dans les Serapionsbrüder (). En 1815, peu de jours avant la première représentation à Berlin de Fidelio, il a bien écrit à Härtel pour lui proposer de rendre compte de l’opéra de Beethoven (*). Mais le compte rendu de la Gazette musicale fut fait par le correspondant berlinois habituel. Les opinions formulées par Hoffmann s'appliquent donc uniquement (si l’on fait abstraction des deux chansons de Claire, dans Egmont) à des œuvres instrumentales. Il faut noter aussi que Hoffmann n’a pu connaître de Beethoven que des œuvres que les partisans des « trois styles » rangent dans sa deuxième période.

Pour Hoffmann, Beethoven est surtout le musicien de l’énorme, du colossal, du démesuré. Dans Ombra adorata. le personnage principal, accablé par une succession d’incidents fâcheux, se félicite d’avoir entendu dans un concert une œuvre insignifiante au lieu de la Cinquième Symphonie annoncée au programme. Se trouvant actuellement dans un état de dépression morale, il

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