CHE L'EBBE MINISTRO IN TEMPI DIFFICILLIMI
E LO CHIAMÔ AMICO
IL MUNTCIPIO TORINESE E MOLTI CONCITTAD1NI ITALIANI
INNALZARONO QUESTO MONUMENTO ».
Sur les bas-reliefs latéraux, Massimo d'Azeglio est représenté, d'une part, faisant signer à V. Emmanuel une déclaration de guerre, d'autre part, blessé et soutenu par un aide-de-camp.
(i) Lettre du 3 déc. 1863.
(2) Le fait d'armes de Witepsk, par exemple, est enregistré par les Italiens dans leurs fastes militaires.
tribué indirectement au triomphe do la cause nationale, Manzoni, par le salutaire rayonnement de ses écrits, y a aidé davantage. C'est un excès de modestie de sa part de prétendre que le moindre fantassin qui a combattu a plus fait pour le relèvement que les poètes ou les prosateurs. Lui-même a combattu, et sa manière n'était pas la moins bonne, la littérature n'ayant été pour lui qu'un instrument, et ses écrits étant des actions autant que des ouvrages, puisqu'il s'en dégage un souffle de résolutions viriles, et quelque chose d'analogue à cette prière qu'un historien-romancier, ami du poète et son disciple, a placée dans la bouche d'un enfant aux genoux de sa mère : « Bon Jésus, jetez un regard de pitié sur ma patrie. Faites que je puisse devenir un jour un citoyen probe, honorable, laborieux <' > ».
Maintenant que l'unité est faite, et que le temps n'est plus aux hymnes sacrés, de jeunes poètes peuvent reprocher à l'art de Manzoni d'être timide et démodé :
Portiam le mode del vecchio Parini, Le mode rococô d'Ugo e Manzoni.
(Stkchetti.)
Ils peuvent railler la man^onaggine accaponata, la rassegnazione man^oniana, et comparer le roman des Fiancés à une mer de lait et de miel : ces épigrammes n'empêchent pas la tactique de Manzoni d'avoir été profondément efficace, cette tactique qui consistait à ne pas séparer le beau du bien et à faire servir l'art à la régénération du pays. Peut-être oublient-ils, ces détracteurs juvéniles, devenus avec
(i) Margherita Pusterla, de C. Cantù.
leur époque sceptiques et révolutionnaires, cette maxime fort juste de Daniel Manin : « Il y a en politique comme à la guerre des esprits ardents qui ne comprennent rien aux marches et contremarches, et qui demandent toujours à cor et à cri des batailles rangées. Ce peuvent être de bons soldats, mais ce seraient à coup sûr de très mauvais capitaines. Le bon capitaine ne livre bataille que sur un bon terrain ; jusqu'à ce qu'il l'ait trouvé, il manœuvre, il escarmouche, il harcèle l'ennemi. Car en politique comme à la guerre, ce n'est pas le combat qui est le but, c'est la victoire*1*».
Cette réaction contre les tendances modérées et religieuses du poète était d'ailleurs inévitable. N'estelle pas en germe dans sa propre doctrine, dont le premier précepte est que l'écrivain doit être de son temps, renouveler la matière de l'inspiration et ne pas s'attarder dans l'imitation des mêmes modèles ? C'est ainsi que Manzoni fit la guerre à la mythologie et qu'il rompit avec la règle des deux unités, incompatible avec la nouvelle forme de drame qu'il rêvait. Nous avons vu avec quel enthousiasme il aborda le drame historique, avec quelle bonne foi, après bien des efforts, il reconnut que sa tentative était chimérique. De cet essai courageux, que reste-t-il ? deux fières tragédies et une leçon de méthode.
Qui voudra s'exercer avec succès dans ce genre mixte devra, comme lui, s'enfermer longtemps dans l'examen des documents capables de révéler le détail des mœurs d'une époque. Quoiqu'il semble qu'il
(i) Autographes de Daniel Manin. Exposition de Turin 1884. Pavillon du Risorgimento.
faille opter dorénavant entre le roman psychologique à un petit nombre de personnages et l'histoire pure ; quoique le drame strictement historique n'existe pas, à ne l'envisager qu'au point de vue logique, on doit reconnaître cependant que les tragiques épisodes de l'histoire, habilement transportés sur la scène, ne manquent pas d'un puissant attrait. Genre difficile, soit, puisqu'il suppose à la fois une forte imagination et une grande capacité de travail, mais non sans charme ; et il est à regretter que l'exemple brillamment donné par Manzoni n'ait pas été mieux suivi. A ses successeurs, ou plutôt à ceux qui ont voulu faire du drame historique après lui, il a manqué presque toujours sa conscience et ses scrupules d'historien, Ils oublient de se livrer aux recherches nécessaires ; de s'imprégner, par des lectures et des réflexions approfondies, des mœurs qu'ils ont l'ambition de reproduire.
Etant donné que Carmagnola et Adelchi sont ce que le drame romantique a produit de plus distingué durant la période de 181 5 à 1830, Sainte-Beuve s'étonne à bon droit que ce genre n'ait pas eu la floraison qu'on était en droit d'espérer. « Quand je pense, dit-il, à ces deux pièces qui se tiennent debout làbas, comme deux belles colonnes, et qui semblent nous prêter le portique de l'édifice, à la charge par nous de le poursuivre, j'ai peine à ne pas rougir de ce que sous nos yeux ce théâtre est devenu(I) ».
Manzoni, chez qui Fauriel avait développé le goût des entreprises originales, a voulu frayer des chemins nouveaux, où d'autres s'engageront peut-être
(1) V. article sur Fauriel (Causeries du Lundi).
un jour. Que de fois le nom de ce « cher Fauriel s> — plus grand peut-être encore comme initiateur que comme écrivain — n'est-il pas revenu dans le cours de cette étude! Je ne sais pas s'il est beaucoup d'autres exemples d'un commerce littéraire aussi fécond. Tant qu'il se fait entre ces deux nobles esprits un actif et fraternel échange d'idées, Manzoni travaille, crée de belles œuvres, c'est la période de sa vie la plus brillante. En même temps que ses rapports avec Fauriel diminuent ou cessent, par une coïncidence curieuse, sa faculté productrice semble s'éteindre-, le poète qui était en lui ne chante plus ; après avoir publié un petit nombre d'ouvrages achevés, quelques hymnes, deux drames, un roman, il garde le silence pendant près de quarante ans, comme s'il avait nécessairement eu besoin d'un évocateur et d'un guide pour stimuler sa lenteur et mettre en branle son génie. Pourquoi ses relations avec Fauriel si longtemps affectueuses se refroidirent-elles et prirent-elles fin? Faut-il attribuer ce résultat à la paresse de l'un et aux actives préoccupations de l'autre, à une réserve commandée par des sentiments religieux ou par des scrupules, ou n'accuser que la misère des amitiés humaines qui naissent souvent sans raison et meurent de même ? Il n'est pas aisé de déterminer le vrai motif de la cessation de leurs rapports, et peut-être même n'y eut-il aucun motif à ce semblant de rupture.
La vie de Manzoni semble présenter quelques contradictions, puisqu'il défend d'abord le roman historique et qu'ensuite il l'abandonne, puisqu'il fait profession d'un catholicisme fervent et qu'il reçoit néanmoins du spoliateur du pape une pension et des
honneurs, puisqu'il adresse à la France un salut très affectueux, à la fin de la lettre à M. Chauvet, et qu'il a laissé un ouvrage posthume {Parallèle de la Révolution italienne et de la Révolution française) qui est presque un pamphlet. Doit-on s'étonner de ces contradictions, apparentes ou réelles? Il y faut voir surtout, je crqis, l'évolution sincère d'une pensée italienne, éminemment souple, qui ne fut pas seulement dominée par les idées religieuses et l'horreur du convenu, mais qu'anima principalement l'amour de la patrie et de la vérité.