‹ Le Romantisme de ManzoniChapitre 2 sur 12 · Œ^SL · texte numérisé non relu

Œ^SL

De la forme qui s'adaptait le mieux à l'état intellectuel et social de ce siècle : le roman historique et le drame historique. Causes qui expliquent l'apparition et le prodigieux succès de ce genre: i8 Progrès de l'esprit scientifique ; 2° Aspirations particulières de l'Italie au commencement du siècle : on y ressentait le besoin de se réunir dans l'admiration du passé, et d'évoquer les beaux exemples de courage. — Par la glorification de certains faits (bataille de Legnano, défi de Barletta, siège de Florence) et par les allusions malicieuses, le roman historique est en Italie un genre militant.

Si ce que les romantiques proscrivaient et voulaient détruire apparaît plus clairement que ce qu'ils ont édifié, s'ils semblent avoir été plus énergiques dans leurs attaques que dans leurs affirmations, la faute en fut surtout aux circonstances au milieu desquelles s'engagea la querelle : « Les mauvaises chicanes des adversaires et l'indocilité obstinée d'un public qui ne faisait que repousser des difficultés qu'on n'aurait pas dû proposer, et demander des explications sur ce qui avait le défaut d'être trop clair, ont forcé les romantiques à $e tenir presque toujours dans des discussions négatives, et à n'entrer dans le positif que d'une manière timide et extrêmement vague. Je crois cependant qu'on a beaucoup détruit, ce qui est toujours un préliminaire important et difficile ; je crois encore qu'on a un peu construit^ ».

Puisque tout n'est pas négation dans le système,

(i) Lettre à Fauriel du 17 octobre 1820.

puisqu'on ne s'est pas borné à attaquer et à détruire, qu'a-t-on fondé ? C'était bien de secouer les entraves, de vouloir marcher librement. Mais dans quelle direction ? La direction que le romantisme en Italie cherche à imprimer à l'art est la direction historique.

Faire pénétrer l'histoire dans le roman, dans le drame, poursuivre une exactitude de plus en plus rigoureuse, telle semble être l'ambition de Manzoni, et son rêve d'artiste le plus cher : « qu'en tout sujet l'auteur cherche à découvrir et à exprimer le vrai historique et le vrai moral, non seulement comme fin, mais comme la plus abondante et la plus intarissable source du beau ».

Affranchi de l'imitation des formes classiques, le poète cherchait une forme individuelle en harmonie avec la civilisation de son époque. Quelle forme répondait le mieux aux besoins des esprits, à l'état social, aux aspirations particulières de l'Italie? Cette forme était le roman historique et le drame historique: genre nouveau, en tant qu'il est conçu d'après les exigences de la critique moderne, et que Manzoni a cultivé avec prédilection. Les progrès de l'esprit scientifique, qui se traduisent en un besoin croissant de précision, et le désir qu'avaient les Italiens de se réunir d'abord dans l'admiration commune du passé, pour en tirer des motifs d'espérance, expliquent le prodigieux épanouissement de cette nouvelle forme de l'art.

Plus nous allons, plus l'histoire gagne en certitude et tend à se rapprocher des sciences exactes. Manzoni devine qu'elle va pénétrer l'art de plus en plus. « Le goût toujours croissant des études historiques,

dit-il, finira par modifier aussi les idées des spectateurs, et par rendre rares et difficiles les succès de théâtre qui ne sont fondés que sur l'ignorance du parterre. L'histoire paraît enfin devenir une science; on la refait de tous côtés ^ ». Aussi devient-elle le fond sur lequel le poète travaillera de préférence ; elle lui sera un prétexte à développer les lois générales du cœur humain. En lui le poète, l'inventeur devra être doublé d'un érudit. Il ne lui suffit plus de tracer des caractères vrais, on lui demande de les jeter dans un décor exact. Le mot de couleur locale, dont nos romantiques seront si fiers en 1827, est déjà jeté, comme un cri de guerre, par Berchet(2).

Le public a quelque raison de croire qu'à présent il est plus aisé de faire la lumière sur les hommes et sur les choses, et il la veut ; ou du moins il la souhaite. Comme il n'a pas le loisir de dépouiller les archives, ni la force d'aborder l'histoire dans son austérité, il

(1) Lettre à M. Chauvet.

(2) Berchet entend par tinte locali une modification d'images, de pensées, de sentiments, de façons de dire exclusivement propre à tel état de la nature humaine, et à tel momerjt de la civilisation qu'il plaît au poète de reproduire. (Préface de la traduction de Sakountala, article humoristique publié dans le Conciliatore en 1818). Il est à noter que cette prétention de faire des personnages vrais au dedans et au dehors, par le langage et le costume comme par les sentiments et les passions, n'est pas nouvelle.

La nécessité de peindre les peuples étrangers, les époques reculées, les climats inconnus avec des couleurs propres était déjà signalée par S^Evremond, quand il reprochait à Racine de faire parler Porus sur les bords de l'Hydaspe comme s'il avait été élevé sur les bords de la Seine : « Je m'imaginais en Porus une grandeur d'âme qui nous fut plus étrangère, le héros des Indes devait avoir un caractère différent de celui des nôtres. Un autre ciel, pour ainsi parler, un autre soleil, une autre terre, y produisent d'autres animaux et d'autres fruits : les hommes y paraissent tout autres par la différence des visages, et plus encore, si je l'ose dire, par une diversité de raison : une morale, une sagesse singulière à la région y semble régler et conduire d'autres esprits dans un autre monde ». (Dissertation sur Alexandre le Grand).

a fallu la lui servir découpée en tableaux, et ornée. Du mélange de l'histoire et des détails romanesques est né le roman historique. L'histoire mise non plus en récit, mais en action, concentrée et rapide comme une crise, c'est le drame historique.

A côté de l'histoire officielle relatant les faits des princes, le roman historique enlumine la vie des petites gens. Dans les Fiancés, Manzoni nous intéresse aux aventures de deux enfants de la campagne : le peuple y est au premier plan, comme dans les tableaux de l'école flamande. Le temps était passé où les poètes pratiquaient le dédain de la foule, et n'aspiraient qu'à contenter un Mécène. En Grèce la couronne de laurier n'était-elle pas décernée par des milliers de personnes rassemblées à Thèbes ou à Olympie ? Manzoni s'efforcera de trouver une forme naturelle et populaire pour pénétrer jusqu'à l'âme et au cœur de tous.

Captiver l'oreille de la foule, faire circuler en elle des frissons, c'était arriver à lui créer une âme, c'était opérer un premier rapprochement entre les membres d'une même famille violemment séparés par les traités de 1815. Le fait même pour les Italiens d'être en butte aux mêmes accusations injustes, de la part de l'étranger, plaisait à Manzoni, comme la preuve et l'attestation de leur nationalité. Leur attribuer un caractère commun, n'était-ce pas reconnaître en eux les enfants d'une patrie commune(I) ? A défaut de patrie politique, les romanti-

(1) « Forse la costanza di tanti scrittori délie altre nazioni a tacciarli di vizii che non hanno, puô servire a distruggere fquelli che abbiamo pur troppo ; forse il contestarci al eu ne virtù farà sviluppare in noi quelle che ci mancano e di cui abbiamo più bisogno ; forse il sentire tutti insieme accusati ci farà più abborrire le stolte ed ingiuste

ques sentaient que la création d'une patrie littéraire serait déjà une consolation. Il importait de se réunir d'abord dans la piété des souvenirs, de commencer par admirer ou haïr à l'unisson. De là au commencement du siècle, cette passion pour l'archéologie, c'est-à-dire pour l'étude des reliques d'un passé glorieux qu'on évoquait volontiers et dont on aimait à s'entretenr ; de là ce culte presque soudainement allumé pour Dante, créateur de la langue et rêveur d'unité. En lui s'incarna la patrie. Son poème viril semblait fait à souhait pour retremper une génération amollie et frivole. Dès 1802 Manzoni chante l'exil du Florentin qui fut, dit-il ailleurs, pour la langue le maître de la colère et du sourire (I); il lui compare juvénilement un émigré napolitain du nom de Lomonaco. Rappelant les infortunes du poète, il les attribue à l'éternelle ingratitude de l'Italie : « Voilà donc, Italie, les récompenses que tu réserves à tes meilleurs fils. A quoi bon pleurer ensuite sur eux et te prosterner devant leur cendre froide, et rendre à leur vaine mémoire de divins honneurs ! Oui, acca-

nostre avversioni domestiche ; fors'e il vederci riuniti nella condanna ci farà sent ire senipre pi h che siamo fratelli ; siamo tutti posti in società di difetti, ebbene è sempre una società ; col dare a tutti gl'Italiani lo stesso carattere, per vizioso ch'egli sia, ci ricordano che abbiamo una patria ».

(Fragment d'un chapitre de Manzoni, sur les haines nationales, qui devait figurer dans la seconde partie de ses Observations sur la morale catholique. Ce fragment inédit a été publié par un ami et un disciple du poète, l'honorable M. Bonghi (La Persévéra n^a, 6 nov. 1886).

(ij L'Itala poesia.

nelle stanze sacre Tu le insegnasti ad emular la madré, Tu dell'ira maestro e del sorriso, Divo Alighier, le fosti.

Urania.)

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blée par les barbares, tu accables les tiens, et chacune de tes erreurs, chacune de tes fautes, tu la déplores, toujours en proie aux regrets, jamais corrigée*1* ».

Ce désir d'évoquer les morts pour stimuler les vivants produit en Italie une variété du roman historique, qu'on pourrait appeler le roman à tendances politiques, à propagande. Les romanciers de l'école de Manzoni n'oublient pas qu'il y a des étrangers à chasser, ils sonnent les cloches. Au lieu d'être une simple œuvre d'art, le drame ou le roman tourne en pamphlet, parfois en appel aux armes. Maintenant que l'unité est faite, la plupart de ces œuvres, où l'allusion coulait à pleins bords, sont tombées dans l'oubli : ce sont des brûlots éteints.

Quelques faits semblent avoir sollicité de préférence l'imagination des artistes, comme par exemple la'bataille de Legnano, le défi de Barletta et le siège de Florence. De la bataille de Legnano, gagnée par les Milanais sur les Allemands (25 mars 11 76) les Italiens font dater le martyrologe de leur indépendance. Fièrement les chefs de la ligue lombarde avaient juré de sauver la liberté héritée de leurs pères. Avec quel accent d'enthousiasme et de confiante colère Berchet célèbre cette explosion d'énergie : « S'il est quelqu'un, s'écrie-t-il(2), qui ne soit sorti de son incuriosité et de son indolence après le tapage

(1) Sonnet à Lomonaco :

Tal premi, Italia, i tuoi migliori, e poi Che pro se piangi, e'1 cencr freddo adori, E al nome voto onor divini fai ?

Sî da' barbari oppressa opprimi i tuoi ; E ognor tuoi danni e tue colpe deplori, Pentita sempre e non cangiata mai.

Opère inédite o rare (vol. I, p. 72).

(2) Préface des Fantasie, 5 janvier 1829.

fait par l'œuvre de Sismondi (Histoire des Républiques italiennes) tant pis pour lui ! Si le pauvret ne sait pas qu'il fut un temps où dans les veines de nos aïeux coulait autre chose que du lait, où les insolences allemandes n'étaient pas avalées comme de simples échaudés, où dans la liste des bourreaux des peuples fut un Frédéric Hohenstauffen surnommé Barberousse, faisant le métier d'empereur, qui descendit en Italie avec ses bandes pour devenir notre maître et nous prendre ce qui est à nous, pour tourmenter surtout la pauvre Lombardie — et qu'au lieu de dire Amen et de s'ingénier à courber l'échine, les Lombards étendirent le bras, se liguèrent, sortirent en campagne avec leurs bonnes armes au poing et leur cœur chaud dans la poitrine, et administrèrent à ce Hohenstauffen une volée de bois vert, un soufflet solennel, et conquirent un régime plus libre, et contraignirent les battus à accepter la paix, si le malheureux ne sait pas ces choses splendides, tant pis pour lui ! »

De pareilles paroles sont des coups de clairon. Elles aspirent à se traduire en acte. Aussi bien Berchet se trouvant à Florence le 27 mars 1848, sur la place du Palazzo Vecchio, harangua la foule qui célébrait l'insurrection de Milan et la poussa à se joindre à l'armée de Charles Albert.

D'autres souvenirs historiques, propres à réveiller l'esprit militaire, à raviver l'orgueil et l'espoir, ont été illustrés par le talent de Massimo d'Azeglio, le chevalier sans peur et sans reproche de la Révolution italienne, un des gendres de Manzoni(I). Soldat,

(1) Massimo d'Azeglio, né à Turin en 1798, mort le 15 janvier 1866. Une autre fille de Manzoni épousa le professeur Giorgini.

diplomate, peintre par goût, romancier par occasion, ce gentilhomme aimant le beau et professant l'horreur de ce qui n'était pas loyal, mit au service du roi Victor-Emmanuel, c'est-à-dire de la cause nationale, sa nature chevaleresque, sa pensée, son bras, ses pinceaux. Sous prétexte de peinture, il allait de ville en ville, véritable missionnaire de l'Indépendance, travaillant à faire fuir l'aigle de l'Autriche devant l'étoile grandissante de la Maison de Savoie. Avant d'être paysagiste il fut peintre d'histoire. Léonidas aux Thermopyles, la bataille de Legnano, le défi de Barletta, voilà trois sujets qu'il a traités avec plus d'ardeur patriotique peut-être que de bonheur. Le premier de ces tableaux fut offert au roi Charles-Félix. Quant au troisième, le défi de Barletta, l'artiste était tellement ému de ce glorieux épisode qu'il ne se contenta pas de le célébrer sur la toile. Il en fit cavalièrement un livre pour mettre le feu, disait-il, au corps des Italiens. Cet ouvrage, dont le premier volume était dédié à sa mère, et le second à sa femme Julia, montre comment on combat pour l'honneur italien. On sait qu'à la suite d'un cartel remis à Louis d'Armagnac, vice-roi de Naples, par treize Italiens (avril 1503), un duel eut lieu entre ceux-ci et treize chevaliers français. Dans ce petit engagement, raconté tout au long par Guichardin, les Italiens eurent l'avantage. En même temps qu'il évoque un noble fait d'armes, l'auteur flétrit les Italiens à la solde de l'étranger, et qui ne sont pas dans le camp où l'honneur les appelle. Quand le chevalier Bayard(I) proclame la liste des cham-

(1) Ettore Fieramosca, ch. VI.

pions français, Fieramosca s'indigne d'y voir figurer Claude Grajan d'Asti,

— Dites-moi, messire Claude, savez-vous pourquoi ce duel va être engagé ?

— Quoi ? suis-je donc sourd ? Oui certes, je le sais.

— Vous saurez donc que les Italiens sont taxés de poltronnerie et de trahison par les Français, et c'est pour cela qu'on se bat. Maintenant, dites-moi, de quel pays êtes-vous ?

— Je suis d'Asti.

— Asti n'est-il pas en Piémont ? Et le Piémont estil en Italie ou en France ? Et vous, soldat italien, vous voulez combattre avec les Français contre l'honneur des Italiens !

— Je me moque des Italiens, de l'Italie et de qui leur veut du bien, je sers qui me paie. Vous ne savez pas, beau jeune homme, que pour nous autres soldats, où est le pain là est la patrie ?

— Je ne sais rien des ignominies que vous dites... Et déjà les deux interlocuteurs tiraient leurs épées,

quand les assistants intervinrent. Grajan d'Asti s'étant éloigné, Fieramosca s'excusa auprès de Bayard de cette querelle survenue en sa présence. Le loyal chevalier mettant les deux mains sur les épaules du jeune homme, le regarda fixement, puis le baisa sur le front et lui dit : « Benoiste soit la femme qui vous porta ».

Grajan d'Asti succombant un des premiers, partagea avec les Français la honte d'être vaincu par des Italiens. Le peuple de Barletta ne toléra pas qu'on déposât au cimetière ses cendres, sur lesquelles la malédiction pesait. On les porta au gué du torrent qui s'est appelé depuis : le Pas du Traître,

Un diplomate autrichien disait un soir au ministre de France, après une représentation des Vêpres Siciliennesil) : L'adresse est à votre nom, mais la lettre est pour moi ».

Exemples de trahison, leçons d'héroïsme, tout ce que fournit l'arsenal de l'histoire, servait d'arme entre les mains de ces romanciers militants dont le but n'était pas de faire des livres, mais de refaire la nation.

Par tempérament Manzoni répugnait à l'action immédiate. Il n'avait ni les impatiences de Guerrazzi, l'auteur du Siège de Florence, ni les velléités belliqueuses de son gendre déclarant un jour à Gino Capponi, avant 1848, qu'on n'obtiendrait rien de lui tant qu'on ne l'aurait pas fait monter à cheval.

Son patriotisme se révèle surtout dans l'intérêt qu'il a porté à la question de l'unité de langue et dans la part qu'il a prise à la régénération morale de son pays, par la création de figures douces et chastes. S'il n'a pas poussé à la lutte, il a contribué à tremper les cœurs qui devaient la soutenir. Dans un temps où l'on ne voyait pas clairement d'où pouvait venir le salut, il l'attendait de la Providence.

Cependant il a sacrifié lui aussi à l'allusion patriotique, dans ses drames, qui sont deux drames militaires, dans l'ébauche de son Spartacus où devait se trouver célébrée une révolte d'esclaves, et dans ses Fiancés, dont l'action se passe au XVIIe siècle, au temps de la domination espagnole. Guerrazzi cherchait de préférence à travers l'histoire des époques selon son cceur(2). Ses héros sont les Nicolas Machia-

(1) Jean de Procida, drame par Niccolini, 1830.

(2) L'assedio di Firen\e. Il s'agit du siège de Florence héroïquement soutenu contre les Impériaux en 1530.

vel, les Ferruccio, les Michel-Ange, âmes grandes, illuminées par le plus pur patriotisme. Il glorifie leur énergie obstinée et sombre.. Jetant des appels enflammés, quelquefois déclamatoires, il déclare que Dieu a horreur des mains tendues vers lui quand ces mains sont chargées de chaînes. Une fronde suffisait à David. Encore avait-il pour adversaire un géant. Et quand nous succomberions, fait-il dire à Buonarrotti, sachez qu'avec les vers nés du corps des martyrs de la liberté, les Furies composent le fouet de remords et de terreur dont elles flagellent éternellement les tyrans^. Moins violemment passionné, pourvu d'un goût supérieur, Manzoni blesse à peine plutôt qu'il ne déchire. Romancier caustique, il arrive insensiblement à rendre plus cuisante la pensée de la servitude, en faisant naître le mépris des oppresseurs dont il raille la brutalité, et surtout la sottise. Ecoutons-le énumérer les avantages que procurait au bourg de Lecco l'honneur de posséder une garnison espagnole. « Ces messieurs apprenaient la modestie aux jeunes filles et aux femmes du pays, caressaient de temps à autre les épaules de quelque père ou de quelque mari, et se répandaient vers la fin de l'été dans les vignes pour y éclaircir les raisins et rendre plus légères aux paysans les fatigues de la vendange (2)».

Quant aux représentants de l'Espagne, personnages du même roman, si on les rapproche, je ne dirai pas du cardinal Borromée — caractère d'une beauté tout idéale, — mais des autres Italiens comme

(2) Vassedio di Firen\e, ch. 28. (Finis Florentiœ). (2) Les Fiancés, ch. I.

don Rodrigo ou YInnominato : d'une fière allure jusque dans leur perversité, ils forment une collection de grotesques. Comme l'auteur raille leur prétentieuse solennité, comme il met à nu le fond originel de sottise peint sur leur visage, et mal déguisé par trois ou quatre couches de diplomatie !

Le comte-oncle avait une façon de dire : je ne puis parler, qui augmentait l'impression qu'on se faisait de son crédit. Manzoni le compare aux boites des boutiques d'apothicaires, portant des mots arabes pour étiquette, et ne contenant rien(I}.

Ayant sous les yeux un pays en proie à l'occupation étrangère, ce qui constituait une injustice flagrante, il a une manière timide, mais originale de protester. « 77 y a une justice dans ce monde, répétait Renzo, croyant qu'un saint viendrait à son secours — tant il est vrai, ajoute Manzoni, qu'un homme accablé par de grandes douleurs en arrive souvent à ne plus savoir ce qu'il dit(2)».

Est-il besoin de faire remarquer que ce persifflage discret ne l'a pas conduit au martyre, qu'il ne lui a valu ni les honneurs de la prison,, ni ceux de l'exil? Ses aspirations à l'indépendance n'en étaient pas moins sincères et profondes : elles résultaient du conseil même qu'il donne de s'attacher au vrai historique et au vrai moral. En politique, la vérité morale c'était l'affranchissement.

(i) Les Fiancés, ch. XVIII.

(2) Les Fiancés, ch. III.

Du goût croissant pour la vérité historique naît la conception d'un nouveau genre de drame. — Théorie de la création dramatique chez Manzoni : l'essence de la poésie n'est pas dans l'invention des faits. — Critique de la fameuse règle des deux unités (Lettre à M. Chauvet).

Transportée au théâtre, cette passion de vérité va produire, sinon une forme de drame définitive, du moins une tentative dont il est intéressant de suivre les phases, depuis les espérances enthousiastes du début jusqu'aux déceptions finales. Bien que la tentative ait avorté, et qu'il n'y ait guère de vrai au théâtre que ce que le public considère comme tel en vertu de son éducation et de ses préjugés, elle manifestait une tendance qu'on retrouve encore à présent dans la prédilection qu'ont les écrivains et les artistes pour ce qui est particulier et caractéristique, et dans leur désir de reproduire de préférence ce qu'ils ont observé directement.

« Le faux peut plaire, mais ce plaisir est accidentel. Celui qu'engendrent le vrai historique et le vrai moral est au contraire durable, et d'autant plus vif que l'esprit qui le goûte est plus avancé dans la connaissance de la vérité : c'est ce plaisir que la poésie et la littérature doivent se proposer de faire naître*"//.

(i) // romanticismo in Italia.

Partant de là, Manzoni combat le romanesque ou système consistant à inventer des faits pour y adapter des sentiments. Quelle duperie, pense-t-il, de négliger les matériaux tragiques si imposants, si variés, qui sont fournis par la nature et la réalité pour en forger d'arbitraires ! Il croit que plus le public sera éclairé, plus il sera amené à préférer les données de l'histoire aux fictions individuelles. Emprunter ses personnages, de toutes pièces, à l'histoire, n'estce pas le meilleur moyen de les rendre intéressants ? « Quand on raconte une histoire à un enfant, il ne manque jamais de faire cette question : cela est-il vrai ? Et ce n'est pas là un goût particulier de l'enfance ; le besoin de la vérité est l'unique chose qui puisse nous faire donner de l'importance à tout ce que nous apprenons. Or, le vrai dramatique, oh peutil mieux se rencontrer que dans ce que les hommes ont réellement fait W ? »

De plus l'histoire, avec ses catastrophes, ses grandes infortunes, ses mélancoliques retours, lui parait éminemment propre à inspirer les émotions les plus hautes, et à développer l'idéal de justice et de bonté que chacun porte en soi. « C'est de l'histoire que le poète tragique peut faire ressortir sans contrainte des sentiments humains ; ce sont les plus nobles, et nous en avons tant besoin. C'est à la vue des passions qui ont tourmenté les hommes qu'il peut nous faire sentir ce fonds commun de misère et de faiblesse qui dispose à une indulgence non de lassitude ou de mépris, mais de raison et d'amour(2) ».

(i) Lettre à M. Chauvet, p. 145, éd. A. de Latour. (2) Lettre à M. Chauvet.

Si Ton ôte au poète le droit d'imaginer les faits, qu'est-ce qui le distinguera de l'historien ? mériterat-il encore le titre d'inventeur? que lui restera-t-il ? Il lui restera la poésie, car l'essence de la poésie ne réside pas dans l'invention des faits, travail facile et vulgaire, exigeant peu de réflexion et d'imagination, mais dans l'art de deviner sous les événements ce qui les explique. Le moindre fait divers d'un journal contient le germe d'une comédie ou d'un drame pour qui sait voir au-delà, et découvrir les énergies morales qu'il enveloppe. Derrière ce que les hommes ont fait, il y a ce qu'ils ont voulu, senti, souffert, mystères accessibles aux imaginations douées d'une force de sympathie suffisante. L'histoire enregistre les dénouements, le poète en pénètre les causes. Aux pâles ombres qu'elle lui présente, ce magicien, cet évocateur des âmes restitue la vie, l'accent, la couleur. Il retrouve leurs croyances, leur luttes intimes, leurs joies, leurs tristesses, leurs colères, il devine et interprète leurs sentiments, il met en paroles le résultat abstrait de l'histoire. C'est parce qu'il perçoit le contre-coup des événements dans leurs âmes, les secrets ressorts de leur conduite, et qu'il trouve les expressions par lesquelles leurs caractères se manifestent, qu'il se montre véritablement poète, c'est-àdire créateur. La plupart des grands poèmes ne célèbrent-ils pas des faits fournis par l'histoire ? Dans ce capnt morluum le poète jette l'étincelle de vie et la passion. Loin de tirer vanité de l'invention des faits, souvent il s'applique à démontrer qu'il se borne à les suivre, tels que la tradition les a transmis. A propos à'Iphigcuic, par exemple, Racine se défend d'avoir imaginé le personnage d'Eriphile, et se féli-

cite de l'avoir trouvé dans Pausanias. Eh quoi I fait observer Manzoni, « ce personnage dont Racine avait un si grand besoin, n'aurait-il donc pu l'inventer, ou quelque chose d'équivalent ? Ce genre d'invention libéralement départi par la nature à deux ou trois cents auteurs tragiques, Racine ne l'aurait-il pas eu ? Voyez si ces auteurs sont jamais embarrassés à dénouer leurs pièces lorsqu'il ne s'agit pour cela que d'inventer un personnage ou un prodige ? Non, non, Racine n'était pas dépourvu d'une faculté si commune chez les poètes ; mais Racine, doué d'un sentiment exquis de la vérité et des convenances, savait que, dans les sujets historiques, un fait qui n'a pas existé et que l'on voudrait donner comme cause ou comme résultat d'autres faits réels et connus, n'a pas non plus de vérité poétique. Dans les sujets fabuleux mêmes, il sentait que ce qui a fait partie d'une tradition, ce qui a été cru par tout un peuple, a toujours un genre et un degré d'importance que ne peut obtenir la fiction isolée et arbitraire de l'homme qui se renferme dans son cabinet pour y forger des bouts d'histoire, selon son besoin et son goût(I^.

Les faits historiques ayant un charme propre qui dégoûte des inventions poétiques et les fait paraître puériles, le poète, d'après ce système, y puisera toute la matière de ses drames. Comme les événements à dérouler se produisent en des endroits divers et naissent lentement les uns des autres, il est clair qu'il faut élargir le lieu de la scène et accroître la durée fictive de l'action. Pour représenter une action se déployant par degrés, pour montrer l'évo-

(i) Lettre à M. Chauvet.

lution d'un caractère passant par différentes phases, au fur et à mesure que les catastrophes éclatent et en découvrent les parties mystérieuses et jusque-là cachées, vingt-quatre heures et l'enceinte d'un palais ne suffisent plus. Plusieurs fois Manzoni a rompu des lances contre ces deux règles d'unité de jour et d'unité de lieu, provenant d'une interprétation fantaisiste d'un texte d'Aristote. A présent que la victoire est gagnée, il est inutile d'insister sur ces vieilles querelles, désormais éteintes.

Je me borne à rappeler que vers 1820, quand fut publié Carmagnola, le Lycée français en donna une analyse. Tout en louant les beautés du drame, l'auteur de l'article, M. Chauvet, regrettait que le poète eût cru devoir s'affranchir des deux fameuses règles. Loin d'être convaincu par les appréciations de son contradicteur, Manzoni riposta par une lettre exposant les motifs qu'il avait de persévérer dans son opinion. « A ce que j'ai pu voir déjà, écrivait-il à Fauriel qui joignit cette dissertation à sa traduction des drames du poète, et à ce que je présume, c'est la lettre à M. Chauvet qui produira le plus d'effet, et excitera le plus d'attention^.

La lettre a été écrite par Manzoni en français, ce qui permet aux Italiens de dire que leur compatriote maniait notre langue avec autant d'aisance, de pureté, d'élégance et de distinction que si c'eût été sa langue propre. Sans doute il y était passé maître. Cependant d'après quelques taches, d'ailleurs légères, clairsemées dans le reste de sa correspondance, on peut conjecturer que la main d'un correcteur, la

(1) Lettre à Fauriel, 21 mars 1823.

main de Fauriel a révisé ces pages(I\ Dans cette lettre, Manzoni s'efforce de démontrer qu'au point de vue de la vraisemblance, de l'unité d'action et de la fixité des caractères, l'abolition de la règle des

(i) Je relève par exemple, çà et là, dans ses autres lettres à Fauriel, récemment publiées, un certain nombre de tours insolites et d'expressions impropres.

Dieu sait comment vont vos travaux, et ce Dante surtout

dont j'ai une si grande expectation (Lettre de Manzoni à Fauriel du 9 février 1814).

Ma femme vous évalue déjà (pour vous apprécie).

Ma mère est bien à présent, si vous en exceptez un peu de

faiblesse, beaucoup de crainte, et une extrême susceptibilité de toute peine d'esprit et de corps ». (4 juin 1808).

Quelle étude.... pour y substituer le langage rhétorique

le plus froid et le moins adapté à produire des mouvements sympathiques. (25 mars 1 816).

Je voudrais savoir si les étrangers peuvent vivre à Paris

sans être sujets à beaucoup de formalités policiclles et diplomatiques. (19 mars 18 17).

Or pour cette dernière maladie (de Julia Beccaria) il n'y a qu'un remède, qui pourrait bien déranger notre charmant projet de vous avoir ici avec nous ; vous devinez sans doute, c'est un voyage à Paris, et même plus qu'un voyage, une demeure passablement longue (p. séjour). (7 mai 1808).

Cette lettre à propos de laquelle il faut encore que je vous

donne de l'ennui en vous priant de quelques petites corrections. (29 mai 1822).

Des assertions impatientantes d'assurance et de superfi-

cialité. (Lettre du 3 novembre 182 1).

Adelchi restera parfaitement inédit pour tous et un chacun, jusqu'à ce que je le livrerai à la vente. (Lettre du 10 juillet 1822).

77 serait inconvenable h. moi de prononcer mon avis. (14

janvier 1823, lettre à Henri Blondel).

Parfois c'est une phrase pénible, qui n'a pas l'allure légère du style évidemment remanié de la lettre à M. Chauvet, comme par exemple celle-ci : « Vous ne me ferez pas le tort de croire que j'ai mis de la négligence dans une chose qui était réellement devenue importante, par l'intérêt que vous vouliez bien y prendre ; et vous ne doutez pas que je dusse être de jour en jour plus tourmenté de la pensée que vous vous trouviez dans l'incertitude sur un engagement que vous aviez pris en comptant sur moi ».

Vétilles, si l'on veut, et qui ne choquent guère. Elles prouvent seulement que Fauriel est venu en aide à Manzoni, comme celui-ci le reconnaît du reste en remerciant son ami des corrections par lesquelles il a bien voulu rendre la lettre à M. Chauvet « un peu plus française et un peu plus raisonnable ». (Lettre de Manzoni à Fauriel, 6 mars 1822).

deux unités n'entraîne aucun inconvénient. Sous prétexte que le spectateur ne reste que trois heures au théâtre, et assis dans un fauteuil, l'action, pour être vraisemblable, ne devra-t-elle durer que trois heures, et ne se dérouler que sur le terrain embrassé par ses yeux? Dans l'intérêt même du plaisir du spectateur, les théoriciens de l'école classique ont étendu à vingt-quatre heures la durée de l'action. Pourquoi fixer la limite à vingt-quatre heures plutôt qu'à soixante ? Qui empêche de la reculer encore ? Ce sera une convention nouvelle à admettre, puisque tout est conventionnel au théâtre, où nous consentons à croire qu'un morceau de carton représente une forêt, que l'humanité parle en vers, même en musique. Prendre la réalité matérielle du spectacle pour critère du vraisemblable, ce serait faire dire à un maître de perspective qu'une vue, pour être vraisemblable, ne doit représenter que les objets pouvant tenir dans ce tableau.

Fera-t-on dépendre de l'unité d'action l'unité de jour et celle de lieu? L'argument n'est pas meilleur. On entend par unité d'action la représentation, non d'un fait simple, isolé, mais d'une série d'événements liés entre eux et dirigés vers une catastrophe. Pour que le spectateur y assiste avec plaisir, il faut que les rapports de cause et d'effet, d'antériorité et de conséquence qui les unissent, soient perçus aisément. De ce que deux faits seront séparés par un intervalle de plus de cent pas ou éloignés l'un de l'autre de plus de vingt-quatre heures, perdront-ils leurs relations de dépendance, et ce lien cessera-t-il d'être saisi par le spectateur? Evidemment plus l'action prend d'espace et occupe de durée, plus elle risque

de perdre ce caractère d'unité nécessaire et cette clarté d'ensemble. « Mais de ce qu'il faut à l'action des bornes de temps et de lieu conclure que l'on peut établir d'avance ces bornes d'une manière uniforme et précise, pour toutes les actions possibles; aller même jusqu'à les fixer, le compas et la montre à la main, voilà ce qui ne pourra jamais avoir lieu qu'en vertu d'une convention vraiment arbitraire ». On oublie que le spectateur ne se mêle pas au drame, il reste en dehors de l'action qu'il contemple. Si les acteurs se déplacent, son intelligence n'a pas de peine à les suivre. Manzoni rappelle que les Espagnols, les Anglais, les Allemands ont su se passer de ces deux règles. Peut-être l'expérience qu'il invoque, et celle de son propre théâtre risquentelles de tourner contre lui. Les pièces de Goethe, construites selon la loi de succession, sont rarement jouées. Shakespeare reste isolé sur son sommet et n'a pas laissé de disciples, au lieu que le théâtre français, fondé sur la loi de concentration, a fait école <I}. Les drames de Manzoni, bien qu'écrits d'un style naturel et énergique, et d'une incontestable élévation morale, semblent avoir plus de charme à la lecture qu'à la scène, de l'aveu même du poète remerciant le municipe de Pistoia d'avoir donné le nom de Manzoni, comme inventeur de la tragédie historique, à leur théâtre agrandi et embelli : « .... Sans parler en général de l'absence en moi de mérites proportionnés à une si rare distinction, deux tragédies qui n'ont jamais été représentées et qui peut-être ne pourraient l'être, sont dans la cir-

(i) « Votre tragédie est une histoire, disait Napoléon à Jean de « Miiller, la nôtre est une crise ».

constance spéciale un trop pauvre titre pour mériter au nom de leur auteur d'être inscrit sur un théâtre-w».

Maintenant le système dramatique fondé sur le respect de la règle des unités, et l'autre qu'on peut appeler historique, prenant les personnages au moment où ils ont un rapport avec l'action pour les abandonner dès qu'ils n'ont plus de relation avec elle, sont admis l'un et l'autre. Le poète est devenu plus libre. Pourvu qu'on l'émeuve, le public se tient satisfait. La grande règle est toujours de lui plaire. Si l'on éprouve quelque étonnement, c'est de voir le tapage causé par ces querelles, et n'attestant qu'une chose : la ténacité des préjugés littéraires. A Milan, Manzoni ne manqua pas d'auxiliaires pour les combattre. Le marquis Hermès Visconti (1784- 1841) qui plus tard, après s'être occupé d'esthétique, devait tourner à l'ascétisme, servir la messe et écrire des Lettres spirituelles, fit paraître dans le Conçu liatore un dialogue contre les unités dramatiques. Dans ce même organe du romantisme, dont les collaborateurs étaient tous des amis de Manzoni, Berchet, publiant la traduction d'un drame indien de Calidàsa, s'égaye à louer librement ce poète illégitime, non inscrit sur les catalogues consacrés, et qui n'avait pas appris des Grecs les règles. O temps ! ô blasphème ! s'écrient les vieillards. O povera Italia I en être réduit à aller chercher si loin des poètes I Et notez bien, ajoute-t-il, qu'en ce drame manquent les deux unités de temps et de lieu, et qu'il n'en est

(1) Lettre de Manzoni au Gonfalonier de la commune de Pistoia (24 décembre 1864).

pas moins aussi beau, aussi bon que quelque drame que ce soit(I).

Torti (1771-1852), un des familiers et des admirateurs de Manzoni, fit un poème où il déclare que des trois unités, il n'en est qu'une d'essentielle, celle d'impression ou de cœur :

Poeta

Délie tre sol una

Unità credi, l'unità del core (2).

C'est aux vers de Torti que l'auteur des Fiancés compare la bande de serviteurs peu nombreux mais choisis — pochi e valenti — conservée par Y Innommât o après sa conversion.

Parmi les champions du romantisme formant un affectueux cortège autour de Manzoni, je remarque encore un autre poète milanais, Carlo Porta (1776- 1821), celui qui traduisit en dialecte milanais Y Enfer de Dante. Ce poète des carrefours cingla Pezzi et Piacciarello, les adversaires de la nouvelle école. Déjà il avait protesté ironiquement de son attachement à Minerve, à Caron, aux dieux d'Homère, et supplié Vénus d'accueillir son encens et ses soupirs*3).

Lorsque les drames de Manzoni, construits sur un type nouveau, parurent, il s'éleva naturellement des protestations, et Carlo Porta s'en amuse, tout en ayant l'air de s'y associer. Il feint de partager l'irritation causée par cette infraction à la règle des deux unités. Voici par quel sonnet il vient spirituelle-

(1) Préface de la traduction de Sacountala.

(2) Opère di Torti. Sermone ter\o.

(3) Opère di C. Porta. Protesta.

ment en aide au poète qui se permettait de déranger les habitudes de ses contemporains et d'arborer une poétique nouvelle :

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