II
puis tout-à-coup il demande grâce, pour qui ? pour les malheureux qui ont proféré cette parole : que son sang retombe sur nous et nos enfants ! Oui, que le sang retombe sur eux, mais en rosée, pour laver doucement leurs souillures. Tous nous avons failli ; l'erreur de tous, que ce sang vénéré l'efface(I).
En vain chercherait-on cette note indulgente dans les hymnes de Corneille. Celui-ci se borne d'ailleurs à paraphraser en une langue ferme le latin qu'il a sous les yeux et répète les anathèmes traditionnels :
« Ils parlent (les apôtres) et les Grecs, les Latins, les Barbares Reçoivent à l'envi la parole à genoux, Tout étonnés de voir des hommes si peu rares Parler le langage de tous.
Parmi tant de croyants les seuls Juifs incrédules Possédés d'un esprit envieux et malin, Traitent ces hauts discours de contes ridicules Que forment des gens pleins de vin (2).
Un autre sentiment particulier aux hymnes de Manzoni, conforme, si l'on veut, à l'esprit de l'Evangile qui ordonne de compatir aux humbles, mais approprié surtout aux tendances de ce siècle si éminemment touché des intérêts populaires, c'est l'amour des petits, des pauvres, image permanente sur la terre du Christ abandonné et outragé. Dans Noël — nom joyeux, sonnant aux oreilles comme
Oh gran Padrc ! per Lui che s'immola, Taccia alfine quell' ira tremenda ; E dei ciechi 1' insana parola Volgi in meglio, pietoso Signor.
Si, quel Sangue sovr' essi discenda :
Ma sia pioggia di mite lavacro :
Tutti errammo ; di tutti quel sacro Santo Sangue cancclli 1' error.
(La Passione.) (2) P. Corneille, Hymne pour le jour de la Pentecôte.
une fanfare annonçant l'aurore longtemps espérée d'un jour béni — le poète explique le mystère, fait un tableau, et conclut par un élan de chanté. Avant la venue du Christ, l'humanité était comme un roc détaché de la montagne, ayant roulé au bas du ravin, et dorénavant privé de soleil. Or la voilà réconciliée avec Dieu et replacée sous sa lumière, voilà le pacte d'alliance renouvelé par l'intermédiaire d'un enfant qui dort dans la crèche de Bethléem. Sa mère est prosternée devant lui ; des essaims d'anges entourent son berceau, les ailes reployées, faisant entendre de mélodieux accords : musique peu à peu décroissante, qu'ils continuèrent en retournant au firmament. L'ange envoyé aux hommes pour annoncer cette grande aventure ne frappa point à la porte des palais : c'est à de simples bergers qu'il apparut, étincelant, pour leur dire qu'en cet enfant, né comme eux dans la pauvreté, les peuples reconnaîtraient leur RoiO.
Je retrouve cette prédilection pour les misérables,
L' Angiol de] cielo, agli uomini Nunzio di tanta sorte, Non dei potenti volgesi Aile vegliate porte ; Ma fra i pastor devoti Al duro mondo ignoti, Subito in luce appar.
E intorno a Lui, per 1' ampia Notte calati a stuolo, Mlle celesti strinsero Il fiammeggianti volo.
E accesi in dolc: zelo, Come si canta in cielo, A Dio gloria cantàr.
L' allegro inno seguirono, Tornando al firmamento.
(// Natale.)