‹ Le romantisme des classiquesChapitre 10 sur 63 · Il faut pourtant obéir à Dieu en fidèle serviteur · texte numérisé non relu

Il faut pourtant obéir à Dieu en fidèle serviteur

3. Avec la même noblesse Iphi génie dit à son père : « Vous serez obéi, »

Digit

IPHIGÉNIË SS

le serait-il pas encore davantage? Satan est l'ombre qui donne du relief au tableau.

ISAAG.

Or donc, mon père, il faut, comme je voy, Il faut mourir. Las l mon Dieu, aide-moy !

Mon Dieu, mon Dieu, renforce-moy le cœur I Rend-moy, mon Dieu, sur moy-mesme vainqueur l Liez, frappez, brûlez, je suis tout prest D'endurer tout, mon Dieu, puis qu'il te plaist !

ABRAHAM, pleurant.

Ah, ah, ah, ah, ah l qu'est-ce, et qu^esUce cy ? Miséricorde, ô Dieu par ta mercy I

Ici éclatent à la fois et la pieuse humilité et Thé^ roïsme de résignation de l'enfant. Dans Athalie le petit Joas, dira :

Est-ce qu'en holocauste aujourd'hui présenté Je dois, comme autrefois la fille de Jephté, Du Seigneur par ma mort apaiser la colère ?

Hélas 1 un fils n'a rien qui ne soit à son père*.*.

Isaac, ici, dit avec un sentiment analogue :

Seigneur, tu m*as et créé et forgé.

Tu m'as, Seigneur, sur la terre logé, Tu m'as donné la saincte cognoissance ; Mais je ne t'ay porté obéissance Telle, Seigneur, que porter je devois ; Ce que te prie, hélas, à haute voix Me pardonner 1 Et à vous, mon seigneur.

Si je n'ay faict toujours autant d'honneur

!• Acte y, scène i.

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Que méritoit Yostre douceur tant grande»

Très humblement pardon vous en demande.

Quant à ma mère (hélas, elle est absente), Veuille, mon Dieu, par ta faveur présente, La préserver et garder tellement Qu'elle ne soit troublée aucunement.

Icy est bandé Jsaac.

Las I je m'en vas en une nuict profonde.

Adieu vous dy, la clarté de ce monde I Mais je suis seur que de Dieu la promesse Me donnera trop mieux que je ne laisse.

Je suis tout prest, mon père, me voilà.

SATHAN, à part.

Jamais, jamais enfant mieux ne parla :

Je suis confus, il faut que je m'enfuye l

Éloge suprême du juste : la fuite de TEsprit du mal, qui ne peut supporter tant de beauté d'âme, tant de grandeur. Comment, après cela, Dieu laisserait-il périr celui dont la soumission héroïque confond Satan et le met en déroute? Une telle victoire est digne de récompense. Ce ressort du personnage de Satan est donc à double jeu et prépare le dénouement.

ABRAHAM

Lasl mon ami, avant la départie Et que ma main ce coup inhumain fasse.

Permis me soit de te baiser en face.

Isac, mon ûls, le bras qui roccira, Encore un coup au moins t'accolera.

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IPHIGÉNIB \p>^^ 57 ,, ^ y

ISAAC

Lasl grand merc^^.

ABRAHAM

ciel, qui es l'ouvrage De ce grand Dieu, et qui m'es témoignage Très-suffisant de la grande lignée Que le vray Dieu par Isac m'a donnée ; Et toy^ la terre à moy cinq fois promise.

Soyez tesmoings que ma main n'est point mise Sur cet enfant par haine ou par vengeance, Mais pour porter entière obéissance A ce grand Dieu, facteur de Tunivers, Sauveur des bons, et juge des pervers!

Soyez tesmoings qu^Àbraham le fidèle Par la bonté de Dieu a la foi telle (croit fermement ceci) Que, nonobstant toute raison humaine, Jamais de Dieu la parole n'est vaine.

Or il est temps, ma main, que t'esvertues Et qu'en frappant mon seul fils tu me tues.

Icy le couteau luy tombe des mains.

ISAAC

Qu'est-ce que j'oy (entends), mon père? hélas! mon

[pèrel

ABRAHAM, Sanglotant»

Ah! ah! ah! ah!

ISAAC

Las ! je vous obtempère.

Suis-jepas bien?

ABRAHAM

Fut-il jamais pitié?

Fut-il jamais une telle amitié?

Fut-il jamais pitié ? Ah ah, je meurs Je meurs, mon fils I

Alors Tenfant affermit son père, comise le vieil Horace de Corneille affermit ses fils. C'est un degré de plus dans le sublime.

ISAAG.

Ostez, ostez ces pleurs, Je TOUS supply; m^empescherez-rous doncque^ D'aller à Dieu?

ABRAHAM

Hélas! lasl qui vit oncques En petit corps un esprit autant fort?

Hélas, mon Gis, pardon ne-moy ta mort.

Icy le cuide (croit) frapper.

Au moment où le père croit frapper son fils, Fange descendant du ciel lui arrête le bras. Tout à coup le rythme devient plus rapide, pour marquer le changement de personnage, être supérieur, ailé, céleste. Ainsi volent, sans toucher le sol, les Anges de Raphaël, dans la prison, au tableau du Vatican.

t*AN6B.

Abraham, Abraham!

ABRAHAM

Mon Dicul

Digit

IPHIGÉNIË

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