‹ Le romantisme des classiquesChapitre 11 sur 63 · L ANGE · texte numérisé non relu

L ANGE

Remets ton Cousteau en son liea Garde bien de ta main estendre Dessus l'enfant, ny d'entreprendre De l'outrager aucunement.

Or peux-je voir tout clairement Quel amour tu as au Seigneur, Puisque lui portes cet honneur De vouloir, pour le contenter, Ton flls à la mort présenter.

Puis les deux personnages humains reprennent, dans le rythme ordinaire, avec stupeur et attendrissement.

ABRAHAU.

ODieu!

ISAAG.

Dioul

ABRAHAM

Seigneur, voilà que c'est De l'obéir.

Icy prend k moutcru Etc.

Quoique cette tragédie de Théodore de Bèze, destinée d'ailleurs à des écoliers, parle une langue qui bégaye encore, tandis que celle de la tragédie du dix-septième siècle est mûre et achevée, peutêtre cependant aurez-vous trouvé que cette pièce, même quand on la b't après celle de Racine, est

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aucore bien émouvante, notamment dans le discours d'Isaac à son père , et d'un sentiment moral extrêmement élevé. On arrive au sublime par une pente insensible et, en quelque sorte, de plainpied. Isaac, comme l'Iphigénie de Rotrou, console son père qui va Timmoler. Et puis il lui adresse cette sorte de reproche respectueux, pour imprimer à son courage la secousse nécessaire : « M'empècherez-vous donc d'aller à Dieu ? » Cela est vraiment beau, et sans avoir l'air d'y songer.

Assurément il ne peut entrer dans ma pensée de mettre ni de près ni de loin l'essai de Théodore de Bèze sur la même ligne que la tragédie de Racine, qui est un de ses chefs-d'œuvre; mais il me semble que cet essai est, par endroits, d'une vigueur remarquable, et en d'autres d'une générosité touchante, que rehausse la naïveté. Si cette naïveté même est justement tout l'opposé de l'élégance raffinée du grand poète de la cour de Louis XIY , il m'a paru qu'après avoir admiré un tableau de Raphaël , on pouvait trouver encore du plaisir à regarder le même sujet traité par Cimabue ou par Giotto.

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