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son horrible secret, notre poète la doit à Euripide, En voici le début et la gradation :
N'allons point plus avant. Demearons, chère Œnone. Je ne me soutiens plus : ma force m'abandonne. Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi*, Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi. Hélas !
Etc. Acte I, scène m...
Notre poète a fait de cette scène la première assise de son œuvre. Une faute de texte de l'édition que Racine avait sous les yeux, ot fjLOt au lieu de wjjioiç, lui a donné le bel Hélas I avec lequel mademoiselle Rachel faisait tout d'abord un si grand effet, en tombant accablée sur le fauteuil qui a remplacé le petit lit".
i . a: Autrefois les premières personnes des verbes, au singulier (au présent de l'indicatif), ne prenaient point d'« à la fin. On réservait cette lettre pour les secondes personnes, et on mettait un t aux troisièmes. Par là, chaque personnage ayant sa lettre caractéristique, nos conjugaisons étaient plus régulières. Les poètes commencèrent à ajouter une « aux premières personnes du singulier des verbes terminés par une voyelle, afin d'éviter des hiatus. N'ayant rien à craindre pour les verbes qui finissent par un a muet, parce que ceux-là s'élident, ils les laissèrent sans s. Insensiblement l'usage des poètes est devenu si général, qu'enfin l'omission de \'s aux premières personnes des verbes qui finissent par une consonne, ou par une autre voyelle que l'e muet, a été regardée comme une négligence dans la prose, et comme une licence dans les vers. » — Vabbé D'Olivei.
2. C'est ainsi que, dans les stances de Malherbe à Du Perer sur la mort de sa fille, nommée Rosette, un vers mé-
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PHÈDRS 78
Voulez-vous voir d*un coup la différence profonde de la pièce française à la pièce grecque? C'est que, dans Euripide, cette scène est la seule où Phèdre paraisse, — vivante du moins. — La nourrice, après avoir reçu la terrible confidence, croit bien faire, voyant dépérir sa chère maîtresse, d'aller révéler à Hippolyte le secret de cet amour. Cela se passe hors de la vue des spectateurs. Tout à coup on entend retentir dans le palais la voix irritée d-Hippolyte. Puis il paraît et se répand en invectives contre les femmes : a Jupiter 1 fallaitil donc que, pour le malheur des hommes, tu créasses à la lumière du soleil cette iàusse engeance, les femmes ? Ne pouvais-tu propager par quelque autre moyen la race mortelle? Les hommes n'auraient-ils pu, en échange de quelque offrande, d'or, de fer ou d'airain, apportée dans tes temples, chacun selon ses moyens , y acheter quelque graine d'enfants, et vivre tranquilles» sans femmes, dans leur maison? » Ëlc.
Une pensée analogue à cette bizarre idée se rencontre dans un drame romanesque de Shakspeare, Cymbélinc ; et aussi dans le Paradis perdu de Mil-
diocre, qui n'était qu'une antithèse et une sorte de jeu de mots assez mal placé en cette consolation funèbre,
Et Rosette a vécu ce que vivent les roses, est devenu, par une heureuse faute d'impression, le vers élégant et poétique que tout le monde a répété depuis :
Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin!
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ton, au livre X, vers 888 : « Oh ! pourquoi Dieu, sage créateur, qui peupla lescieux d'esprits mâles, créa-t-il ensuite sur la terre cette nouveauté (la femme), ce beau défaut de la nature? pourquoi n'a-t-il pas tout d'un coup rempli le monde d'hommes, comme il a rempli le ciel d'anges, sans femmes? pourquoi n'a-t-il pas trouvé quelque autre moyen de perpétuer la race humaine ? »
Euripide, dans la plupart de ses pièces, ne laisse guère échapper l'occasion de maudire les femmes par la bouche de ses personnages. Elles semblent avoir tenu une grande place dans sa vie. C'est là sans doute ce qui avait ouvert son cœur en le déchirant, et fécondé son génie. Rappelez-vous ce que dit la Muse à Alfred de Musset dans la Nuit d'Octobre^ et aussi le beau vers de M. Emile Augier:
La douleur élargit les Ames qu'elle fend.
Pendant qu'Hippolyte donnait cours à ce torrent de malédictions, Phèdre, à ce que Ton suppose, restait immobile sur le petit lit au fond du théâtre, silencieuse, à demi enveloppée et cachée. Puis le jeune honmie farouche, après sa tirade de cinquante-trois vers contre l'engeance féminine, sortait de cette demeure impure, souillée à ses yeux désormais, et exprimait la résolution de n'y plus revenir.
Phèdre, enfin seule, alors se lève, chancelante.
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éperdue, et accable de reproches celje qui, en trahissant son secret, lui a attiré cet outrage; puis la maudit avec indignation. Ensuite, elle rentre dans le palais et se pend.
Voilà tout le rôle de Phèdre dans la pièce d'Euripide. Une seule scène, interrompue pendant quelques instants, et c'est tout. Au premier abord n'est-ce pas une chose étrange selon les idées françaises, qu'il n'y ait pas un seul dialogue entre Phèdre et Hippolyte dans toute la pièce ? Lorsqu'ils sont là en présence l'un de Tautre, il ne parait même pas la voir; et elle reste en silence, de son côté, accablée à la fois de son mal et de sa honte, que redoublent les imprécations de celui qu'elle aime. Quelques instants après qu'elle a disparu, on entend dans le palais une voix qui ordonne de mettre sur un lit funèbre le corps inanimé de la Reine.
C'est au milieu de ce trouble et de cet effroi jetés dans la maison royale par la mort soudaine de Phèdre, que le poète grec amène Thésée.
Le Roi revient d'un voyage saint, d'une sorte de pèlerinage expiatoire. Pallas, son oncle, ayant essayé avec ses cinquante fils (les Pallantides * ), de lui voler le trône en le faisant périr dans une embuscade, Thésée prévenu de leur dessein était tombé sur eux et les avait exterminés
1. Racine, au vers 42, ne donne que six frères à Aricie, Plutarque lui en donne cinquante. C était le chiffre, à l'é^ poque homérique. Priam a cinquante fils. Etc.
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tous. Quoiqu'il fût dans le cas de légitime défense, il avait dû, selon l'usage, < aller se faire purifier de ce meurtre ». C'est de là qu'il revient (bien que, selon Pausanias, cette purification se soit accomplie à Trézène, où se passe l'action de la pièce *). 11 a encore, comme c'était Tusage en pareil cas, la tête couronnée de feuillage. Le palais s'ouvre et laisse voir le corps inanimé de Phèdre, qu'on a détaché et étendu. A cette vue, Thésée jette sa couronne loin de lui et s'abandonne à la douleur. Enfin, il aperçoit des tablettes liées à la main du cadavre : il les détache, en rompt le cachet et les ouvre. Ces tablettes accusent Hippolyte d'avoir souillé par violence le lit paternel. Thésée, indigné, invoque à son secours Neptune et dévoue Hippolyte à ses coups. C'est Phèdre qui, dans son délire, dans son amour changé en haine par les injures d'HIppoIyte, a écrit ces tablettes calomniatrices; cependant le poète a laissé la chose dans le vague jusqu'à la fin de la pièce, sans doute dans l'intention de reculer le plus possible l'effet répulsif de la calomnie sur l'esprit du spectateur. Au moment où nous sommes, le texte dit seulement : « Mais quelles sont ces tablettes qui pendent à sa main ? » Provisoirement donc il ne semblerait pas impossible que ce fût la nourrice qui, dans son désespoir, trouvant sa maîtresse