Pausanias, Voyage de VAttique, XXII
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morte, eût écrit les tablettes, les eût cachetées avec la bague de la Reine, et attachées à sa main. Si l'on objecte que cette nourrice ne devait pas savoir écrire, je répondrai que la Reine non plus, ni personne en ce temps-là ne le savait : Euripide a donc, en tout cas, commis un anachronisme ; et cet anachronisme ne serait pas beaucoup plus grave pour la nourrice que pour la Reine. Â la fin de la pièce cependant. Diane révélera ou confirmera à Thésée que c'est, en effet, la Reine qui a (5crit les tablettes. — Une ambiguïté non pas identique mais analogue se trouve dans la pièce de Racine^ acte lift scène iv : nous y viendrons bientôt.
Le vœu terrible de Thésée a été aussitôt exaucé par Neplune : peu d'instants après, un des serviteurs vient annoncer l'aventure funeste. Ici ce n'est point un monstre fantastique, c'est un taureau qui, sorti de la mer, a effrayé les chevaux du char d*Hippolyte; celui-ci a été précipité, traîné: il va mourir. Le récit dans Euripide est à la fois poétique et simple ; grand et familier : telle est la complexion heureuse du style des tragiques grecs. Celui qui le fait dit en terminant : « roi, je ne suis qu'un serviteur de ta maison ; mais jamais on ne me fera crpire que ton fils fût un criminel. Non! quand toutes les femmes se pendraient, quand elles feraient de tous les pins du mont Ida autant de tablettes accusatrices, je ne renoncerais pas à croire qu'Hippolyte est un brave cœur. »
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80 LE ROMAFfTISME DES CLASSIQUES
Thésée commence à douter et à craindre ; une déesse, Artémis elle-même, vient lui confirmer sa funeste erreur. Le dénouement correspond au prologue : le prologue s'est fait par Vénus, Tépilogue se fait par Diane. Vous voyez à quel point les deux statues, opposées l'une à l'autre des deux côtés de la scène, étaient expressives ; lantithèse qui est dans la conception du drame restait ainsi visible aux yeux pendant tout le temps.
On rapporte sur le théâtre Hippolyte mourant. Au moment où il avait pris place sur le char qui devait le mener à Texil, sa dernière parole avait été: « Jupiter, si j'ai failli, fais-moi périr; mais, soit après ma mort, soit pendant que je vois encore le jour, fais que mon père sache avec quelle indignité il me traite!» C'est en quelque sorte ce vœu qui se réalise, pour soulager du moins en partie l'âme des spectateurs. Le père désabusé apprend trop tard l'innocence de son fils. La déesse elle-même vient en rendre témoignage. Ainsi, Hippolyte, sacrifié par la jalousie d'Aphrodite, est justifié et consolé par l'amitié d' Artémis. Mais, ce qui montre encore une fois la faiblesse du sens moral de l'antiquité, Artémis elle-même , avec aussi peu de justice qu'Aphrodite, promet à Hippolyte de le venger en faisant périr à son tour ur ami d'Aphrodite (le bel Adonis). Ainsi, Diane, quoiqu'elle nous soit évidemment présentée comme la personnification d'un idéal moral plus élevé plug
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pur, trouve tout simple de punir Tiniquîté de Vénus par une ?utre iniquité toute pareille sur quelque victime innocente aussi. Et cette idée se trouve fréquemment chez les poètes anciens.
Sous celte réserve, la scène est d*une beauté unique, d'un charme étrange et d'une grâce ineffable. Diane, la Vierge, pure et farouche (pensez à la merveille de Houdon, au Louvre) vient recueillir le dernier soupir de son chaste adorateur; elle réconcilie le fils mourant et le père désespéré. C'est celji qui meurt qui plaint l'autre. Et le père, à présent, voudrait prendre la place de son fils.
Observons que Diane, chez Euripide, est déjà intervenue dans un dénouement, celui d*Iphigémey et a sauvé la jeune fille; mais, au dénouement d'Hippolyte, si elle intervient encore, c'est sans pouvoir sauver le jeune héros mourant; et cela pour deux raisons : la première est que Ton se doit des égards entre Déesses, et la seconde, que le Destin, la Fatalité, l'emporte même sur les Dieux.
Vous le voyez par cette analyse sommaire, quoique Racine se soit beaucoup servi d'Euripide, la conception dramatique de l'un et celle de l'autre diffèrent profondément. Et, quant à l'exécution, les deux tragédies ne se rencontrent d'une manière essentielle que dans une seule scène, celle où Phèdre se laisse arracher l'aveu de sa funeste passion par
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la femme dévouée qui a élevé son enfance et qui s'afflige de la voir résolue à se laisser mourir.
Voilà ce qui regarde les origines grecques de la pièce française. Je serai plus bref sur les origines latines, parce que la tragédie de Sénèque est très loin de valoir celle d'Euripide, Cependant Racine doit beaucoup aussi au poète latin; c'est chez lui qu'il a trouvé la deuxième assise de son monument.
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