Vers 95 et
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La scène de l'entrevue entre la vieille Reine et le jeune enfant est de l'effet le plus neuf. Le spectateur pressent que Éliaciu est le petit-fils de cette femme cruelle qui l'interroge, de cette grand'-mère unique en son genre, qui a fait égorger tous les siens, et à qui celui-là seul a échappé par miracle. Cette scène, « une des plus tragiques et des plus naïves en même temps qui soient sur aucun théâtre » S met face à face l'usurpatrice et l'enfant mystérieux, instrument prochain des vengeances célestes. Elle offrait un attrait de plus et était, si l'on ose ainsi dire, plus piquante encore lorsqu'elle était représentée par mademoiselle Rachel et sa jeune sœur, l'une jouant le rôle d'Athalie, l'autre celui d'Éliacin. La grande artiste y mettait une familiarité tragique, un ton impérieux, simple et terrible, un calme effrayant; quelque chose de napoléonien; par exemple lorsqu'elle apostrophait Josabeth :
Pourquoi vous pressez-yous de répondre pour lui ? ou bien, lorsqu'elle lui disait, au moment de sortira- Mais nous nous reverrons. Adieu. Je sors contente: J'ai voulu voir; j'ai vu.
Sc^ne des plus émouvantes en effet : car, si Âthalie, par quelqu'une des répliques de l'enfant, venait &
1. Lamartine, Entretiens familiers de Littérature^ xurEnt-dlen.
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iâS LE ROMANTISME DBS CLASSIQUES
reconnaître qui il est, peut-être le tuerait-elle sur rheure, comme elle a tué tous les autres. Aussi lorsqu'elle vient à lui dire :
Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire^
on se demande si elle aurait deviné; on palpite à ce duel, qui semble inégal^ entre une reine artificieuse, vieillie dans les crimes, en cheveux gris sous sa couronne, et Tingénuité d'un enfant de dix ans. On sent toutefois que celui-ci est, sans le savoir, soutenu, protégé, inspiré par la justice et la sagesse éternelles.
Daigne mettre, grand Dieu, ta sagesse en sa bouche.
A la vérité, il débite et récite un peu l^s maximes dont le grand prêtre et Josabeth Tout nourri. Mais cela ne blesse pas la vérité dramatique, si Ton songe que le grand prêtre réserve cet enfant, ce jeune prince, Tenfant du miracle, à une restauration monarchique légitime. Il a donc dû l'emboire de ses maximes; et lenfant, qui en est rempli, les répète sans presque y songer.
Remarquons aussi que le grand prêtre a cru devoir, par prudence, le tromper sur son origine, ainsi que vous allez voir.
ATHALIB.
Comment vous nommez- vous?
^OAS. ^
i*ai nom Éltaein.
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ATHALIK 229
Votre père î
JOAg.
Je suis, dit-on, an orphelin Entre les bras de Dieu jeté des ma naissance Et qui de mes parents n*eas jamais connaissance.
Vous êtes sans parents?
JOAS
Ils m'ont abandonné.
Comment? et depnis quand?
JOAS
Depuis que je suis né.
Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?
JOAS
Ce Temple est moD pays, je n*en connais point d'autre
Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ?
JOAS
Parmi des loups cruels prêts à me dévorer.
Qui vous mit dans ce Temple?
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JOAS
Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu^on n'a point revue.
Ainsi le grand prêtre et sa femme, à bonne intention sans doute, ont trompé Fcnfant au moyen d'un pieux mensonge *. Quelle est, en ofTet, la vérité? La voici, telle que la rappelle Josabeth à 8on mari dans un autre passage.
De princes égorgés la cliambre était remplie; Un poignard A la main, l'implacable Athalie Au carnage animait ses barbares soldats, Et poursuivait le cours de ses assassinats.
Joas, laissé pour mort, frappa soudain ma rue : Je me figure encor sa nourrice éperdue, Qui devant les bourreaux s'était jelée en vain, Et, faible, le tenait renversé sur son sein.
Je le pris tout sanglant. En baignant son visage Mes pleurs du sentiment lui rendirent Tusage;
1. Rapprochez de ce passage celui-ci, à la seconde scène du premier acte:
JOSABBTH.
Sait>i1 déjà son nom et son noble destin r
JOAD
Il ne répond encor qu*aa nom d'Éliacin,
Et se croit quelque enfant rejeté par sa mère
A qai j*ai par pi lié daigné servir de père.
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ÂTHALI£ 231
Et, soit frayeur encore, ou pour me caresser, De ses bras innocents je me sentis presser*.
C'est donc réellement sa tante Josabeth, qui a pris Tenfant tout sanglant et Ta emporté dans le Temple; et ce n'est point « une femme inconnue ". » Mais elle et son mari ont jugé nécessaire de déguiser la vérité, de peur que la moindre indiscrétion ne compromit la restauration future du jeune prince, leur unique espoir.
Le sujet de la pièce pourrait se résumer dans cette formule : une restauration monarchique, préparée et accomplie au moyen d'une conspiration sacerdotale. Le grand prêtre dit expressément :
Il faut que sur le trône un roi soit élevé,
Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres,
Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres. . .
Par conséquent ce jeune roi devra être un instrument dans leurs mains, comme eux-mêmes sont les instruments de Dieu ; et, si les moyens employés