Chapitre XVIL
2. Ce n'est pas que ce nom rappeUe rien à l'esprit d'Iphigénie: car, lorsqu'eUe a quitté la Grèce, Pylade n'était pas né encore. Seulement le berger, qui a fait le récit de la prise des deux étrangers, lui a it qa'n« des deux ara nom Pylade.
Digit
ORESTK.
Nous sommes frères par l'amitié, non par le sang.
IPHIGÉNIE
Et vous, quel nom votre père vous donna-t-il à votre naissance?
OBSSTE.
Un malheureux, voilà le nom qui me convient.
IPHIGÉNIE
Ce n*est pas ce que je demande; c'est là un tort de la Fortune.
ORBSTE.
Si je meurs sans dire mon nom, on ne saura pas de qui se moquer.
IPHIGÉNIE
Pourquoi ce refus, et tant d'ombrage ?
ORESTB.
Mon corps sera sacriné, mais point mon nom.
IPHIGÉNIE
Ne me dircz-vous pas au moins quelle patrie est la
vôtre?
ORESTB.
A quoi bon vous l'apprendre, puisque je vais mourir?
Mais pourquoi me refuseriez- vous cette grâce?
ORESTE
Eh bien! l'illustre royaume d'Argos est ma patrie, et je m'en fais gloire.
Digit
IPHIGÉNIB.
Au nom des Dieux, dites-vous vrai, 6 étranger ?
ORESTE
Mycènes m'a vu nailrc, ville autrefois heureuse I
IPHIGÉNIE
Comment Tavez-vous quittée? Est-ce un exil?
ORESTE
EiLil involontaire, et pourtant volontaire.
IPHIGÉNIE
Pourries-vous m'informer de plusieurs ciioses?
ORESTE
Cela n^ajoutera lien à mon malheur.
Votre arrivée d'Argos m'est bien précieuse.
ORESTE
A vous peut-être, non à moi.
IPHIGÉNIE
Sans doute vous connaissez Troie, cette ville dont on parle en tous lieux ?
ORESTE
Plût aux Dieux ne l'avoir Jamais connue, pas même en songe 1
IPHIGÉNIE
On dit qu'elle n'est plus, et que la guerre Ta détruite?
Digit
f2U0 LE ROMANTISME DES CLASSIQUES
OKESTE.
11 est vrai, ce n'est point une fausse nouvelle.
IPHIGÉNIE
Hélène es'-elle rentrée dans la maison de Ménélas ?
ORESTE
Oui, et son retour a coûté bien cher à quelqu'un des miens ^ .
IPHIGÉNIE
Moi aussi, j'ai bien souffert à cause d*elle, autrefois 1 Où est-elle, à présent?
ORESTE
A Sparte, chez son premier époux.
IPHIGÉNIE
Femme funeste à tous les Grecs, et non à moi seule !
ORESTE
Moi aussiy je me suis ressenti de ce mariage.
IPHIGÉNIE
Le retour des Grecs s'est-il accompli comme on le public ?
ORESTE
Pourquoi toutes ces questions ?
IPHIGÉNIE
Avant que vous mouriez, Je désirerais savoir. •• 1. A Agamemoon, tué par Ëgisthe et d^temnestre.
Digit
ORESTS.
Quoi t Dites, et je répondrai.
IPHIGÉNIE
Un devin nommé Calchas esl-il revenu àt Troi6 *c
ORESTE
Il est mort, à ce qu^on disait à Mycènes.
IPHIGÉNIE
Juste ciel ! c*e8l bien fait. — Et le fils de Lafirte?
OaESTE.
Il n'est pas encore de retour à Ithaque. Pourtant il est vivant, dit-on.
IPHIGÉNIE
Puisse-t-il périr et ne jamais revoir sa patrie I
ORESTE
Il n*a pas à se louer du soit, ne lui souhaitez rien de plus.
IPHIGÉNIE
Et le fils de ThéJs, \it-il encore ?
ORESTE
Il n'eût plus. En \ain son hymen fut préparé à Âulis.
IPHIGÉNIE
C était un piège : on en peut croire ceux qui l'apprirent à leurs dépeni.
Digit
ORBSTB.
Qui étes-vous donc, vous qui prenes tant d*iotérét aux choses de la Grèce?
IPHIGÉNIB.
Cest qu'elle est ma patrie, et toute Jeune je sais morte à ce cher pays !
ORBSTB.
Je ne m'étonne plus de votre sollicitude.
IPHIGÉNIB.
Et ce chef d'armée qu'on disait si heureux ?
ORBSTB.
Heureux, Je n'en connais point. Lequel ?
IPHIGÉNIB.
Celui qu'on appelait le roi Agamemnon, fils d'Atrée.
ORESTB.
Je ne sais. Femme, laissez là toutes ces questions.
IPHIGÉNIB.
Ah ! plutôt, au nom des dieux, parlez, ô étranger, pour me rendre quelque joie.
ORBSTB.
Il est mort, l'infortuné I Et sa mort en a amené une autre.
IPHIGÉNIB.
Mort? et comment? malheureuse que Je suis 1
Digit
ORESTE
Pourquoi ces gémissements ! £a quoi cette mort vous touche-t-elle?
IPHIGÉNIE
Je songe à son ancien bonheur 1
ORESTB.
Sort cruel, de périr égorgé par la main de sa femme I
IPHIGÉNIE
Oh ! forfait déplorable ! Et déplorable mort 1
ORESTE
Cest assez, ne m'interrogez plus.
Un seul mot : vit-elle encore la femme de cet infortuné ?
ORESTE
Non : le fils qu'elle avait enfanté lui a ôté la vie.
IPHIGÉNIE
maison ravagée 1 — Et pourquoi a-t-il tué sa mère ?
ORESTE
Pour venger sou père qu'elle avait assassiné.
IPHIGÉNIE
Hélas I ce fut justice, mais justice cruelle 1
ORESTE
Cependant il n'a pas à se louer des Dieux, quoiqu'ayant fait justice.
Digit
IPHIGÉIIÏIE.
Âgamemnon a-t-il laissé quelque autre enfant ?
ORESTB«
Une fille seulement, Electre.
IPHIGÉNIB.
Mais son autre fille, qui fut immolée, qu'est-ce qu'on en dît ?
ORESTB.
Rien, sinon qu'elle est morte et ne Toit plus la la-
m'ère.
IPHIGÉNIB.
Malheureuse 1 et son père aussi, malheureux, — qui Va fait périr 1
ORESTB.
Et pour une femme coupable, Uen indigne d*une telle rançon*.
IPHIGÉNIB.
Mais le fils du roi mort est-il dans A**gos ?
ORESTB.
Il vît, hélas! mais en quels lieux? partout et nulle part! ,.,
(Vers 492 à 568.)
La seule consolation pour Ipliigénie, parmi tant d'infortunes, est d'apprendre que le songe Ta troDipée, et que son frère vit. Mais, comme