Hélène
Digit
il était tout enfant Icrsqu'elle a été séparée de lui, elle ne se doute point qu'il est si près d'elle. La prêtresse propose à cet étranger de favoriser sa fuite, s'il veut se charger d'une lettre écrite à quelqu'un d'Argos qu'elle chérit. Oreste accepte, non pour lui, mais pour Pylade, qui, ne l'ayant suivi que par dévouement et n'étant en danger de mort que pour lui, doit être sauvé.
ORESTE
Yoîci ce qa*il faut faire : remettez-lui vos tablettes il les portera à Argos, et votre souhait sera accompU. Pour moi, j'abandonne ma vie à qui veut la prendre. Avoir entraîné un ami dans le péril et se sauver tout seul, ce serait infâme. Celui-ci est mon ami * le bienfait de voir la lumière, je le veux pour lui bien pius que pour moi.
IPHIGÉNIB.
généreux cœur, de quel noble sang vous devez être né, vous qui savez si bien aimer vos amis I Ah! puisse vous rc5S3nibler le frère qui me reste I Car, moi aus?i, ô étranger, j'ai un frcro ; mon malheur est de ne pa» le voir. Eh bien I puisque vous le voulez ainsi, nous enverrons votre ami porter mon message ; et vous, vous mourrez.,.
ORESTE
Ah! si du moins la main de ma sœur était là pour me rendre les derniers devoirs I
IPHIGÉNIE
Vain souhait, ô malheureux étranger! car votre sœur
296 LE ROHÀNTISUfi DES CLASSIQUES
habile loin de cette terre barbare. Mais, puisque vous éies d'Argos, ce que je pourrai faire, moi, pour honorer votre dépouille funèbre, je n'y manquerai point* J*ornerai de mon mieux votre tombeau, après avoir répandu sur votre corps une huile pure, et fait couler sur le bûcher le suc que Tabeille tire desilours.
Vers 603 à 635.)
Quel dialogue et quelle situalioa ! ce frère et cette sœur qui se retrouvent sans se connaître, et dont l'un, tant chéri, tarit regretté .de l'autre, va être conduit par elle à la mort !
Iphigénie rentre dans le temple pour y chercher son message. Pylade, resté seul avec Orestc, lui déclare qu'il veut être sacrifié avec lui. « Ce serait une honte pour moi, quand tu meurs, de voir la lumière. » Oreste, au contraire, le presse de partir, lui dont la vie n'est point brisée par le malheur. « Pour moi, persécuté des Dieux, ce n'est pas un mal de mourir... 9 La noble lutte se pojrsuit entre les deux amis, à qui mourra, et renouvelle rémotion déjà si vivement excitée par la précédente «conc,
La prêtresse revient, apportant sa lettre. Oreste, par sa résolution inébranlable, a enfin décidé Pylade à partir. — « Mais si, dans un naufrage, ces tablettes se perdaient ? » dit celui-ci à la prêtresse. — « Eli bien! répond-elle, sàvez-vous ce que je vais faire? Plus on prend de soins, plus on a de chances de suo
ces. Je vous dirai le contenu de ma lettre, afin que vous puissiez le rendre à ceux que je chéris: ainsi tout sera en sûreté. Si vous conservez mes tablettes, leurs muets caractères parleront tout seuls ; mais, sî elles se perdent dans la mer, pourvu que vous échappiez au naufrage, ma pensée y échappera aussi.
PYLADB.
C*est bien dit... Faite&-moi donc connaîtreà qui dans Àrgos je dois porter votre lettre, et aussi ce que ja devrais répéter dô votre part, si ellt) disparaissait.
IPHIGÉNIB.
Dites à Oreste, fils d'Âgamemnon : c Celle qui fut immolée à Âulis, Iphigénie, vivante encore^ quoiqu'elle ait cessé de Tétre pour vous, t'envoie ce message... »
ORBSTB.
Où est-elle? Morte, comment peut-elle vivre encore?
IPHIGÉNIE
Cest elle-môme que vous voyez ; ne m'interrompez pas. « Ramène-moi dans Argos, 6 mon frère, avant que je meure ; viens m'arracher à celte terre et à ce culte cruel, dans lequel mon ministère est de préparer au supplice les étrangers offerts en victimes a la Déesse. •
ORBSTB.
Âhl Pylade, que signifie?... Où sommes-nous?...
PYLADB.
Tiens, Oreste, voici la lettre que je Rapporte, et que ]e te remets de la part de ta sœur.