LE MESSAGER
Il afait d^un taureau la redoulable forme.
De couleur azuré, son col était couvert
Jusques au bas du front d'une hure à poil yert'.
Son oreille étiit droite, et ses deux cornes dures
Longues, se bigarraient de diverses peintures.
Ses yeux étio celaient; le feu de ses naseaux
Sortait en respirant comme de deux fourneaux .
Son estoDoac épais lui hérissait de mousse ;
Il avait aux côtés une grand'tache rousse.
Depuis son large col, qu'il élevoit crineux,
Il monfcroit tout le dos doublement épineux.
Il avait au derrière une monstreuse taille
Qui s'armoit jusqu'au bas d^une pierreuse écaille.
Le rivage Irembla. Les rochers, qui n'ont peur
Du feu de Jupiter, en frémirent au cœur.
Les troupeaux épandus laissèrent les campagnes;
Le berger, pâlissant, s'enfuit dans les montagnes.
Le chasseur effrayé quitta cordes et rets,
£t courut 83 tapir dans le sein des forêts,
Sans doute^ des sangliers, ni des ours, car la crainte
Du monstre a dans leur cœur toute autre peur éteinte.
Seul demeure Hippolyte, à qui la peur n'étreint
L'estomac de froideur, et le front ne déteint.
Il tient haute la face et grave d'assurance :
c De mon père, dit-il, c'est l'heur et la vaillance
i . Cette hure à poil vort peut rendre des points aax écailles jau- .•iisantes du monstre de Racine. Au reste, le Diable — dragon que Raphaël met sous les pieds de saint Miche! archange (voir au salon carré du Louvre) est dans les mêmes nuances et dans le même goût.