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AIX EN 1 834 : LE DROIT

Aussi bien cet enthousiasme mitigé pour le droit était conforme à la tradition universitaire : ce que Laprade et Tisseur ont surtout goûté dans leur noviciat juridique, ce sont les heureux loisirs dont s'accompagnaient les études discursives, les longues flâneries où des esprits de vingt ans trouvent parfois le meilleur aliment de leur personnalité.

Mais il est un vieil usage, que les étudiants d'Aix, et Laprade particulièrement, avaient à cœur de conserver : celui des charivaris.

La jeunesse aixoise avait, en effet, le privilège des burlesques équipées ; de véritables lettres de noblesse en ce genre lui avaient été conférées dès le xvie siècle, grâce au célèbre Antonius Arena.

Arena, avant de devenir un grave juge royal de Saint- Rémy, où il mourut en 1 544? avait été un joyeux étudiant: « II aimait les plaisirs, nous dit M. Charles-Roux, et surtout la danse, qu'il appelle dans son langage macaronique, una grossissima consolatio, quant prendunt hragardi homines cum bellis garsis sive mulieribus1 ».

Gomment les étudiants n'auraient-ils pas été gais et même bruyants, dans une Université qui avait élevé le charivari à la hauteur d'une institution. D'après les statuts de l'Université, tous ses membres étaient justiciables du charivari, jusqu'à ce qu'ils eussent payé un droit proportionné à leur grade, droit qui était double lorsqu'ils épousaient une veuve. Conciles et Parlements s'étaient élevés contre cet usage ;

1 Aix-en-Provence, p. 7. Sur Arena, voir les travaux de Bonafous, Léon de Berluc-Pérussis, Frédéric Dollieule ; cf, R. Reboul, Physionomies provençales (1895).

mais le titre du statut universitaire tenait bon : De Charivarino fiendo Dominis studentibus, ducentibus uxorem1.

Laprade, avec sa nature exubérante, n'entendait pas que cet héritage du passé s'amoindrît entre ses mains. Donc, un soir, il mobilise tous les apprentis juristes d'Aix — deux cents jeunes gens — qu'il arme de mirlitons, et conduit sous les fenêtres des majestueux hôtels, pour une sérénade colossale. Antonius Arena eût applaudi ; mais la police, qui n'avait pas lu le statut de Charivarino, s'interposa, et les bourgeois purent reprendre leur sommeil, après cette chaude alerte.

On se souvient encore à Aix d'une complainte composée par Laprade sur l'attentat de Fieschi, et à laquelle Jules Janin fit les honneurs de son feuilleton :

Ecoutez l'histoire horrible De Fieschi, féroce cœur, Corse qui n'eut point d'horreur De devenir régicide, Et plus cruel qu'un boa.

Voulut tuer son rosi.

Dans un joyeux post-scriptum, Laprade écrivait :

Qui qu'a fait cette poésie?

C'est un jeune homme bien pensant

Qui, désirant ardemment

Entrer à l'Académie,

A dédié ces vers-ci

A Monsieur E. Dupaty.

Laprade ne se flattait donc pas, lorsqu'il écrivait à Jean Tisseur, en 1881 : « Vous m'avez toujours connu assez gai, assez paradoxal, assez bavard, même dans le chagrin et la maladie. Alors j'étais fou, et ma conversation était monstrueuse. En fait de bouffonneries, j'entassais Pélion sur Ossa et Rabelais sur Aristophane. »

1 Rouard, Notice sur U bibliothèque d'Aix (i83i), p. 264.

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