‹ Le Romantisme en ProvenceChapitre 21 sur 37 · L'ENNUI · texte numérisé non relu

L'ENNUI

Le pavé qu'on rougit en se brisant le cou, La balle qui vous troue, en sifflant, la cervelle, L'arsenic qu'on avale en mordant son écuelle. Le fer qu'on s'enfonce entre les côtes, le clou

A qui, pour s'étrangler, on suspend un licou, Les charbons étouffants, la débauche cruelle Qui boit le sang et suce entre les os la moelle, La rivière qui vous emporte on ne sait où,

Le poignard, le poison, la corde, l'asphyxie, Deux planches de bois dur entre qui l'on vous scie, Sont des moyens plus doux à vous faire mourir

Que l'Ennui, cachot sombre où votre âme se navre, Tyran qui vous attache aux flancs verts d'un cadavre, Et sur ses os puants vous condamne à pourrir.

« Voilà du romantique, j'espère, disait Laprade, et du fameux ! N'est-ce pas, Champavert le Lycantrope, Albertus et Elie Mariaker sont des pppolissons à côté de cela ! »

Nous pouvons être rassurés : nos jeunes gens, après quelques exubérances de fantaisie, rentreront dans la vie régulière; plus tard, le souvenir de leur jeunesse conservée dans les pages de ces albums, les poursuivra, quand ils seront devenus de parfaits notaires ou des avoués modèles; peutêtre même quelques-uns ne se résigneront pas à enfouir dans un cabinet d'avocat les trésors de poésies qu'ils sentent en eux-mêmes ; mais tous resteront fidèles à cette muse de leur vingtième année, qui avait paré leur vie de tant de charme et ouvert leur cœur à toutes les idées généreuses.

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