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LE GOUT ROMANTIQUE DES VOYAGES. — LES ENVIRONS D'AIX

Le romantisme avait mis les voyages à la mode : Chateaubriand, dont l'imagination avait ouvert à l'âme française les neuves et pittoresques régions de l'Amérique, rêva d'appliquer à la France son riche talent de peintre : il fît le projet de décrire successivement les diverses provinces, et d'illustrer nos paysages comme il avait fait des savanes et des déserts. Ce programme, qu'il ne réalisa pas, fut repris par Taylor qui, avec la collaboration de Cailleux et de Charles Nodier, commença, en 1820, la publication des Voyages pittoresques de V ancienne France, auxquels Victor Hugo faillit s'associer.

En bon romantique, Barthélémy Tisseur adorait les voyages; le 23 mars i834, il caresse le projet d'un de ces déplacements, et il écrit : « C'est encore un voyage artistique que je veux faire, et j'espère y trouver un peu de poésie, ce qui aide à vivre. »

Aller seul et à pied, pendant des heures et des heures,

s'enivrer les yeux du spectacle des lignes et des couleurs, vagabonder par la pensée à travers les souvenirs évoqués par l'aspect des lieux, se griser de fatigue et d'un plaisir à' artiste, quelle volupté ! Il n'était pas de ruse que Tisseur n'employât pour empêcher les importuns de l'accompagner dans ces promenades, surtout quand les fâcheux étaient un de ces étudiants, comme l'espèce a existé de tous temps, qui voyagent selon la méthode illustrée par M. Perrichon. A tel camarade dévot, il faisait remarquer sournoisement qu'il partait un samedi, et qu'on ne se met pas en route un jour de jeûne. Gomme J.-J. Rousseau, qui sentait un battement de cœur inexprimable, quand il avait assuré la solitude de son après-midi , Barthélémy était surtout heureux , lorsqu'il partait sans autre compagnie que ses pensées et ses rêveries.

« Il est doux, écrit-il, de voyager ainsi ; on oublie le présent, on pense au passé, à l'avenir; on s'arrête pour voir, pour écouter, pour jouir d'un point de vue ; puis l'on reprend plus allègrement sa route. Tour à tour on trouve devant soi des sujets de sourire, de mélancolie, d'admiration. Cette monotonie même du voyage n'est pas sans charme : placé entre ce qu'on a vu et ce qu'on doit voir, on marche, comme l'humanité ici-bas, placée entre les souvenirs et l'espérance; comme elle, on embellit à l'avance les heures futures du voyage, au risque d'une déception ; puis l'on revient enfin à ces pensées habituelles, qu'on ne dit pas, mais qui sont l'éternel aliment de tout ce qui pense. »

Cependant quand le compagnon de route qui s'offrait s'appelait Victor de Laprade ou Jean Giraud, Tisseur, bien sûr que ses émotions d'artiste seraient comprises et partagées, partait joyeusement avec ses amis.

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