EN PROVENCE : LES ENVIRONS 1) A1X
Tous ensemble, ils parcoururent d'abord les enviions d'Aix.
A trois quarts d'heure de la ville, ils visitèrent une grotte toute tapissée de coquillages; Fart y avait groupé ces ossements de la mer, en colonnes, en guirlandes, en fleurs, en bordures ; et quelques peintures mythologiques s'apercevaient encore sur les murs, presque effacées par le temps et l'humidité.
Leur cicérone leur dit : « Vous voyez bien, Messieurs, ces deux statues qui tiennent ce pot d'eau, c'est Adam et Eve. » Le bonhomme avait pris une naïade et un fleuve pour les deux ancêtres du genre humain! Inutile d'essayer de convaincre le guide moderniste, qui convertissait les amours en des anges, et Vénus en la Sainte Vierge. Mais à Tisseur, qui riait de ces transformations, il répliqua : Les païens sont morts. Parole profonde, et que nos romantiques goûtèrent particulièrement : « Gomment y a-t-il encore, s'écria Tisseur, des littérateurs qui voudraient ranimer un culte dont les dieux sont morts ? »
Ils visitèrent quelques tours antiques sur des collines : celle d'Entremont, qui, selon certains auteurs, était bâtie sur l'emplacement de la capitale des Saliens ; celle de Keirié, ou de la Queirié, que le peuple appelle la tour de César. Fausse tradition, car la construction n'en est pas romaine. C'était un poste avancé pour les sentinelles dans les guerres du moyen âge. Tisseur se risqua dans un trou qui s'offrait à lui. Quand il reparut, Laprade lui dit : « Eh ! bien, si le trou eût été bouché, comment seriez-vous sorti? Ne jouez plus les Hugolin de la tour de la faim, ou les Charles Nodier de la Torre maladetta. »
Tous les étrangers qui passent à Aix font la promenade du Tholonet, à une lieue de la ville, dans un site très pittoresque. Ce n'est pas le château de M. de Gallifet, moins encore la mairie ou l'église qui justifieraient l'admiration du voyageur ; mais de belles allées d'arbres, de hauts platanes, des marronniers touffus, qui cachent la nuit dans leurs branches ; des eaux rafraîchissantes; et, derrière le château, de hauts rochers à pic sur lesquels on peut grimper au risque de se casser le cou, pour voir la petite mer, étang resserré entre deux collines, et arrêté par une muraille romaine servant d'écluse : voilà ce qui fait de ce lieu une oasis romantique au milieu des collines arides de la Provence.
Tisseur et Laprade revinrent souvent au Tholonet ; le 4 mai, ils y assistèrent à une fête champêtre, le Romérage ; dans ce site ordinairement solitaire, toute la ville d'Aix s'était rendue. Les villageois dansèrent toute l'après-dînée au son du galoubet, dont la petite musique, dit Mistral, est u vive et folâtre, comme un friquet dans les rameaux », et du tambourin, qui « bourdonne grave et continu, comme le murmure de la mer profonde quand elle bat paisiblement contre les roches ». Malheureusement, en i834 déjà, les anciennes danses de la Provence avaient, dans ce joli coin, fait place à la trémis, à la poule, au tableau, et le tout était assaisonné de ritournelles, de bonds et d'entrechats. Une compensation attendait nos étudiants : dans la soirée, les dames et les demoiselles de la noblesse ou de la haute bourgeoisie dansèrent elles aussi, et Tisseur, moins répandu que son ami Laprade dans les cercles mondains, put admirer pour la première fois bon nombre de ces divinités, qui, depuis le commencement de l'année, n'étaient pas, auraient dit ses ennemis les classiques, sorties de leur temple.
FN PROVENCE ! PROMENADE A l'ÉTANG DE BERRE I I I