D'AIX A ARLES
Par Salon, Lamanou, Orgon, Saint-Rémy, Tarascon, Montmajour.
Aux vacances de Pâques 1 834, V. de Laprade et Barthélémy Tisseur firent dans l'est et dans le nord du département, non plus une simple excursion, mais un véritable voyage, qui les entraîna jusqu'à Tarascon.
D'abord, ils roulèrent sur la route d'Aix à Salon dans une mauvaise berline, ouverte à la poussière et au vent. Ils avaient avec eux, pour tromper l'ennui du chemin, un Belge, grand admirateur de Louis-Philippe, le roé de noire choé, comme il disait, négociant en chardons, et bien digne de disputer leur nourriture aux animaux chardonphages.
Arrivés à Salon, et délivrés de leur Belge, ils se firent conduire à l'église moderne de Saint-Michel ; après avoir traversé quelques rues sales, ils parviennent à un carrefour où une quarantaine d'enfants, armés de maillets, faisaient un sabbat épouvantable, en frappant avec des bûches de bois les portes des maisons. « Où est l'église Saint-Michel? » « Ici, messieurs », et leur doigt désignait une mauvaise porte, sur laquelle ils frappaient à coups redoublés. C'était leur façon de célébrer les Ténèbres du Mercredi Saint, et de s'associer au Miserere, qui se chantait dans l'église.
De Saint-Michel, un marguillier les conduisit à Saint- Laurent, église ouverte seulement le dimanche. Vint à
passer un pénitent bleu, sonnant une cloche à coups lents et lugubres. « Frère, que sonnez-vous ? lui dit Tisseur. — L'agonie d'un frère et la fête de demain. » « Voyez-vous, leur expliqua le marguillier, le bon usage s'est conservé à Salon de sonner quand un pénitent meurt ; et comme c'est demain le Jeudi Saint, on sonne pour Dieu en même temps que pour l'homme. » L'homme bleu, tout en continuant à baller sa cloche, entra, malgré sa cagoule, dans de longs détails ; au détour d'une rue, il les quitta : « Passe, passe, marguillier de mort, murmura Laprade, comme une révélation sinistre, annonçant le glas qui tintera sur la tête de chacun ! »
L'église Saint-Laurent, bâtie sur une plate-forme, à côté de la chapelle des pénitents, élève fièrement sa flèche à pyramide quaclrangulaire, aux arêtes garnies de fleurons.
Ils visitèrent d'abord la salle des délibérations de la fabrique, remarquable par sa mauvaise tenue et la laideur de ses bustes de saints dorés ; puis, dans la nef gauche de l'église, ils trouvèrent la chapelle où est enterré un chambellan de Jean Casimir, roi de Pologne ; c'est une tombe qui a été ouverte et fouillée, car on espérait y trouver l'ancienne bannière or et argent des pénitents, qui, disaiton, y avait été cachée ; mais les fouilles furent vaines.
Une autre chapelle, celle de Nostradamus, contient simplement une tombe enfermée dans le mur, sur lequel sont creusés deux petits cadres, où reposent deux portraits, le père et le fils, défendus par une grille de fer. Au-dessus des tableaux on lit :
CLARISSIMI OSSA MICHAELIS NOSTRADAMI UNIUS OMNIUM