TRANSLATA FUERUNT POST ANNUM I
EPITAPHIUM RESTITUTUM MENSE JULIO, ANNO MDCCCXII
Le médecin vétérinaire de Salon, qui avait étudié à Lyon, compléta pour nos deux voyageurs l'histoire de Nostradamus. Sa renommée, leur dit-il, était si grande, qu'à sa mort le peuple de Salon le proclama sorcier. Le clergé fit alors des difficultés pour l'enterrer dans l'église ; on entra en pourparlers : le résultat fut qu'on enterra le corps dans le mur de l'église des Cordeliers, de sorte que le cadavre n'était ni dans l'église, ni en dehors. Au temps de Nostradamus, on connaissait déjà le juste-milieu.
A la révolution, les os du prophète furent profanés et sa tombe brisée ; mais les Salonais, fidèles à sa mémoire, recueillirent pieusement ses reliques, et les placèrent plus tard dans l'église de Saint-Laurent, où l'ancienne épitaphe fut rétablie. Les restes de Nostradamus, pendant ces péripéties, furent l'objet de profanations scandaleuses ; Tisseur, en effet, vit à Tarascon quelqu'un qui prétendit avoir bu dans le crâne de Nostradamus, afin de narguer une de ses prophéties, annonçant malheur à qui fouillerait ses cendres.
« Dérision de la gloire humaine ! s'écria Tisseur. Le médecin et le conseiller des rois Henri II et Charles IX ; le prophète, dont la réputation fut européenne, n'est plus désormais que le rival de Mathieu Lensberg! Pourtant, ne rions pas trop de la crédulité de ces âges ; quand nous lui opposons notre raison et notre science, Nostradamus, surgissant de son cercueil, ne pourrait-il pas s'écrier :
la raison,
Gouffre où Ton jette tout et qui ne peut rien rendre, Doute aveugle qui nie à défaut de comprendre.
(( Dans quelques siècles , plusieurs de nos sciences ne ferontelles pas rire nos neveux, comme l'astrologie de nos ancêtres excite notre moquerie? Il n'y a guère que les arts dont la gloire soit éternelle ! »
Dans la ville, la maison du prophète de Salon ne montra aux voyageurs qu'un fragment d'écusson, représentant Nostradamus : « Si l'écusson dit vrai, s'écria Laprade, l'astrologue, qui avait la sagesse d'Esope, en avait aussi la laideur. »
Gomme Laprade et Tisseur devaient voyager toute la journée à travers les montagnes, ils prirent un guide. Les voilà cheminant à travers des rochers marqués de distance en distance par les stations du Chemin de la croix, et après une heure de marche ils arrivèrent à Sainte-Croix. Pendant que leur guide se reposait, ils allèrent visiter les ruines de Salonum, où fut autrefois l'ancien Salon ; ces ruines ne sont qu'un amas de pierres, quelques fondements, quelques trous dans les rocs où reposaient les poutres.
Au-devant du rocher était la chapelle de Sainte-Croix, où les pénitents de Salon venaient, une fois l'an, entendre la messe. Une statue de la Madeleine en faisait tout l'ornement.
Les deux amis traversèrent ensuite Aurons et arrivèrent à la maison basse. Là, gisaient les restes d'un temple romain, nne grande colonne cannelée, d'ordre corinthien : telle la colonne de Bossuet, seule debout sur les ruines de son temple, comme le courage qui n'est point abattu, quand les hommes et les choses qui s'appuyaient sur lui se sont écroulés !
Ils laissèrent à leur gauche le puy de Vernègues, traversèrent Alleins, et entrèrent dans le vallon qui conduit à Lamanou. Le vent, qui sur les collines soufflait à les renverser, soulevait sur la grand'route un brouillard de