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eux, les unes par charité, les autres pour leur propre plaisir. Le spectacle eût été curieux.
Tarascon est à trois lieues de Saint-Rémy, couché sur la rive gauche du Rhône, en face de Beaucaire. L'ancien château du roi René n'était plus qu'une forteresse, flanquée de quatre tours, et s'élevant fièrement au bord du fleuve. Nos voyageurs virent des prisonniers, et leur cœur se serra à la vue des malheureux que l'on enfermait jusqu'à trois à la fois dans des cachots, éclairés par un trou, et ayant huit pieds de long sur quatre de large.
Ils montèrent successivement au sommet de deux de ces tours, d'où ils jouirent d'une vue magnifique sur Tarascon, avec ses toits plats ou aigus, dominés par le clocher de Sainte-Marthe; au pied, coulait le Rhône majestueux, chargé des souvenirs de la petite patrie ; en face, se dessinait Beaucaire, comme une silhouette noire se détachant sur un couchant d'or et de rose ; les ruines du château de Beaucaire se découpaient en tremblant au milieu d'un fluide enflammé, tandis que le gigantesque pont Seguin, jeté pour ainsi dire sans soutien, sur l'immensité du fleuve rapide, ressemblait à une pensée qui s'élance dans le domaine de l'intelligence.
Quand ils entrèrent dans l'église Sainte-Marthe, le crépuscule leur permit à peine de deviner une multitude de femmes qui faisaient les stations du Vendredi Saint. L'office s'achevait ; quelque chose de lugubre était dans l'air et sympathisait avec l'âme ; de la chapelle souterraine de Sainte- Marthe, qui est toute en marbre noir, avec le seul tombeau de la sainte' en marbre blanc, les visiteurs entendaient le murmure des lamentations du Vendredi Saint, et l'âme se prenait à soupirer, comme la Gymodocée de Chateaubriand, élevant sa voix dans les catacombes de Jérusalem.
Le monstre hideux de la Tarasque ne les intéressa pas, ni
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le canal de Beaucaire, ni les allées d'arbres où se tient la foire célèbre.
A quatre heures du soir, ils étaient à Montmajour, sur l'emplacement des ruines majestueuses et vénérables, qu'ont laissées et la petite chapelle bâtie par saint Trophime, et le couvent que fonda Childebert, et celui que Louis XIV fit élever sur le même emplacement. Ce dernier se reconnaissait encore au grandiose des voûtes, des escaliers écroulés, des colonnes plaquées et de l'architecture grecque appliquée au cloître. Quelque chose du grand siècle y respirait, de ce temps, a dit Verlaine,
Où Maintenon jetait sur la France ravie I/ombre douce et la paix de ses coiffes de lin.
Une seule rampe d'escaliers était encore debout ; et pour monter sur la terrasse et visiter l'intérieur du couvent, il fallait grimper à travers les ruines, les pierres ébranlées et brisées. Rien que le silence, dans l'intérieur du cloître, et quelques vagues souvenirs se jouant à travers ces débris, comme ces masses d'ombres et de soleil que le vent semble agiter.
Ils parcoururent ces ruines dans tous les sens, pénétrèrent jusque dans les caves, où sans doute depuis bien longtemps nul n'avait mis les pieds, se plurent à cette visite désordonnée, grimpant sans cesse pour redescendre et ensuite remonter, comme en un labyrinthe ; puis, couchés sur quelques pierres, ils écoutèrent siffler le vent, et à la vue du soleil, au couchant duquel Arles baignait ses dentelures, ils devisaient mélancoliquement, et Tisseur disait : « Le catholicisme, qui, comme le soleil, marche à cette heure à sa décadence, ne ressuscitera-t-il pas un jour, glorieux comme lui ? »
Au couvent de Childebert, logeait la seule famille qui
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habitât aux environs ; un sourire vint aux lèvres de nos voyageurs, quand ils virent deux petites filles, gracieuses, insouciantes, qui folâtraient sur des tombes: deux fleurs croissant en paix sur ces débris ! Mais, sur la porte, une enseigne presque effacée, portait ces mots : Entrée de la guinguette, et cette profanation ramena leurs pensées mélancoliques.
Sur une croupe plus basse de la montagne, à soixante pas de là, ils allèrent voir la petite chapelle de Sainte-Croix, que la tradition dit avoir été bâtie par Gharlemagne, en mémoire du triomphe qu'il remporta en ces lieux contre les Sarrasins. Derrière la chapelle était un cimetière muré, où les moines se faisaient enterrer: il n'y avait plus que de l'herbe verdoyante sur ceux qui « du silence du cloître, dit Chateaubriand, passèrent au silence de la mort ».
Autour de la chapelle et du cimetière des moines, ils virent un autre cimetière, plus immense : le champ de bataille où, d'après la tradition, Charlemagnc battit les Sarrasins, et sauva l'Occident de la barbarie: c'était un rocher grisâtre, parsemé de taches de verdure, en forme de bières; chacune de ces taches représentait une fosse creusée dans le roc vif, et où le cadavre avait été enseveli. Le vent et les orages avaient vidé plusieurs de ces fosses ; Laprade et Tisseur remarquèrent que dans aucune on n'avait manqué de creuser le trou où devait reposer plus mollement la tête du cadavre. Ainsi l'homme veut que les commodités de la vie le suivent jusque dans la mort! Ils descendirent dans une des tombes, s'y reposèrent, et tirant quelques fruits emportés avec eux, ils les mangèrent, là où des vers avaient dévoré des corps d'hommes. Ce contraste romantique fut la dernière des impressions éprouvées par nos jeunes gens qui, depuis trois heures, parcouraient ces ruines, ces chapelles, ces cime-
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tières. Au dehors, ils retrouvèrent la vie et le mouvement. Une heure plus tard, entrant dans la ville d'Arles, Tisseur récitait les vers d'Ausone :
Pando duplex arelata tuos Manda hospita portus Gallula Roma Arela.
Il faisait nuit, ils imaginaient que la poussière foulée sous leurs pieds avait été respectée par les vents et les orages, que c'était encore cette même poussière broyée par quinze siècles, et accrue jour à jour par les débris des hommes et des monuments. Les dernières lueurs du crépuscule, les bruissements du Rhône, le bruit des cloches carillonnant le jour de Pâques sur un mode mélancolique, tout contribuait à leur faire voir cette ville à travers le prisme de la poésie et du passé.
Dès le lendemain matin, ils étaient au cloître Saint- Trophime. Qui n'a devant les yeux cette cour carrée, environnée de quatre galeries voûtées, et soutenues du côté de la cour par une suite d'arches appuyées sur de petites colonnettes ? Ces colonnettes frêles, élégantes, élancées, rondes ou octogones, aux chapiteaux variés, formés de feuilles d'acanthe, ou d'olivier, de fruits ou d'anges, ou de saints contournés au-dessus du fût, s'élèvent sur un double rang, de manière que chaque petite arche fût supportée sur quatre de ces colonnes. De distance en distance, sont creusées dans les piliers des niches ornées de dentelles gothiques, et où sont des statues d'évêques, de saints ou d'apôtres.
L'architecte de ce cloître merveilleusement mélancolique est aussi inconnu que les moines qui se sont promenés sur ces dalles ; ou plutôt, plusieurs architectes ont successivement apporté leur somme de travail et de génie à cette demeure de la paix. Car tous les ordres d'architecture s'y font voir :
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des quatre voûles des quatre galeries, l'une se contourne en plein cintre romain, l'autre se veine déjà de quelques essais moitié gothiques, ornés de quelques nervures; une seule est parvenue à la pure ogive. Au moyen âge les monuments étaient comme la famille : ils s'élevaient lentement avec la foi catholique, et conservaient la trace des perfectionnements successifs. De nos jours, on produit en quelques mois, mais c'est presque toujours en avortant.
Longtemps, ils se promenèrent dans ce cloître ; à l'ombre de ces colonnettes, ils évoquaient le passé : des moines à la barbe blanche murmurant de saintes prières, vêtus de la bure et du cilice, absorbés dans le soin de leur perfection intérieure, ou préoccupés de l'avenir terrestre des hommes, et criant au Seigneur : Que les nations soient heureuses en te louant maintenant et a jamais. « Moines ! s'écria Tisseur, votre souhait était vain ; nations ou individus, nous ne sommes aujourd'hui ni croyants, ni heureux ! »
Laprade fit remarquer à son ami, au coin d'une des galeries, dans une petite niche, une statue de la Vierge, devant laquelle brûlait une lampe qui semblait entretenue perpétuellement : « N'est-ce pas, cher ami, dit-il, que cette idée religieuse, matérialisée ici, parfume ces ruines d'un génie plus pur et plus suave, alors que surtout, comme aujourd'hui, on entend les derniers soupirs de l'orgue de Saint- Trophime se mêlant aux chants de l' Alléluia ? » L'imagination de Tisseur peuplait ces galeries désertes des nonnes, qui, dans Robert le Diable, étalent leurs danses et leurs séductions infernales : dans une éloquente improvisation, il fit descendre de leurs niches toutes ces statues qui reposaient immobiles sous ces arceaux. « Descendez, leur criat— il, animez-vous; tandis que les filles d'enfer dansent dans le préau, vous, saints et saintes, priez Dieu ; la frêle hum a-
nité soutient un terrible combat avec les esprits d'outretombe ; levez vos mains au ciel ; quand Moïse tenait ses bras levés vers les cieux, les Israélites l'emportaient sur les Amalécites, et quand il les rabaissait vers la terre, les Hébreux cédaient à leur tour. »
L'église Saint-Trophime, qui est attenante au cloître, leur parut magnifique, surtout avec son portail, orné de douze statues qui, graves et raides dans leurs niches, se noircissent à l'ombre de la cathédrale, comme des démons qui orneraient le vestibule d'un pandémonium.
En face de l'église Saint-Trophime, ils virent l'ancienne église Sainte-Anne, devenue un musée, et toute remplie de tombeaux, de colonnes, de vases, d'objets antiques ; ils ne s'y arrêtèrent pas, car ils aimaient les antiquités sur place et non pas classées et numérotées comme dans un musée.
La voûte bizarre et presque plate de l'hôtel-de-ville, construit sur les dessins de Mansard, leur parut un chefd'œuvre de hardiesse.
Enfin, sur la même place, ils admirèrent le fameux obélisque d'Arles, le seul monolithe qui ait été taillé hors d'Egypte, et qui placé d'abord dans le cirque et consacré aux Empereurs, fut ensuite enfoui dans la terre, découvert et placé là ; successivement, le nom de César s'était changé en celui de Louis XIV, et de Napoléon ; sous la Restauration, il fut dédié aux Bourbons ; en 1 834? les dédicaces étaient effacées, et l'obélisque attendait quel serait le monarque ouïe pouvoir que lui, courtisan de pierre, serait chargé de flagorner de ses menteurs hiéroglyphes ; en attendant
Lev al cielo son amhitioso capo.
Le théâtre antique est tout près de là ; de cet asile de bruit et de tumulte, il ne restait debout que deux colonnes
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s'élevant seules au milieu de toutes les fondations mises à découvert par des fouilles.
Mais voilà les arènes, monument gigantesque, chargé delà poussière de quinze siècles, orgueilleux de son triple étage, de ses triples galeries, monument au contour si colossal, qu'on ne croirait pas voir un ouvrage humain, mais un amphithéâtre de rochers, que les siècles et les orages avaient sculpté et décoré d'une ceinture d'arches, embrassant dans sa guirlande de pierre le ciel si pur et si chaud du Midi.
Laprade et Tisseur parcoururent les souterrains, les galeries, les caves de bêtes féroces, les chambres de gladiateurs, les flancs de ces montagnes percées à jour, les gradins aux trois quarts écroulés : « C'est là, disait Tisseur, que quarante mille spectateurs assistaient à l'agonie des fauves et des gladiateurs, se complaisant au spectacle des ruisseaux de sang et des cadavres mutilés et broyés... Applaudissez, applaudissez ! . . . car c'est l'heure de la volupté et de l'ivresse, de la fureur et de la gloire, du crime et du sang. Le peupleroi s'épanouit d'aise à humer l'odeur de ce bon sang d'esclave, si fumant et si savoureux, et le vèlarium laisse suinter goutte à goutte des essences de rose î »
Couchés au soleil sur une large dalle, les deux amis s'abandonnaient à ces vains jeux de l'imagination. Autour d'eux, tout était vide et silencieux ; l'inscription qu'ils voyaient sur quelques gradins : loca data, n'était qu'imposture : proconsuls ou sénateurs ne venaient plus s'y asseoir ; loca danda, place à donner, cette inscription-là était la seule qui fût encore vraie, celle qui pouvait se mettre à chaque siège : loca danda, place à donner.
Leur pensée allait à ce peuple, pour qui les tragédies théâtrales ne suffisaient pas et qui voulait de véritables drames, du véritable sang. Quel échantillon de ces plaisirs que
ce monument qu'il nous a légué à travers les siècles ! Ce peuple qui, pour faire bénir sa tyrannie, jetait ainsi aux vaincus un théâtre ou des arènes, comme on jette au dogue enchaîné un morceau de viande pourrie, n'avait-il pas dépassé sa mission? Il fut balayé par Dieu, qui voulait une nouvelle matière à la civilisation du Christ et de la liberté. Une forte éducation sera donnée à ces nations nouvelles, concluait Tisseur, afin qu'il se forme, non pas un peuple-esclave, décoré du beau nom de peuple-roi, mais un peuple vraiment libre, envoyant aux nations ses sœurs, non plus les fers de Rome, mais l'émancipation française !
Un cicérone, qui sortait de la petite maison, bâtie sur une galerie des arènes, venait de les apercevoir : « Ces Messieurs, leur dit-il, veulent visiter les arènes? » « Il y a deux heures que nous les visitons. » « Oh! c'est égal! je vous instruirai. » Et le brave homme se mit à débiter comme un perroquet un passage de l'histoire d'Arles, par Lalauzière. Mais il y faisait des transpositions, et ses renseignements étaient autant d'absurdités : « Ces tours que vous voyez, disait-il, ont été bâties par César, et ce sont les pestiférés (les Sarrasins) qui ont construit l'amphithéâtre. » Tisseur lui demanda d'où lui venaient ces renseignements ; il tira de sa poche un papier tout crasseux, sur lequel étaient écrites quelques pages de Lalauzière. « Votre papier, lui dit Tisseur, attribue l'amphithéâtre aux Romains, et les deux tours aux Sarrasins qui les élevèrent pour se défendre dans les arènes. » « Oh! voyez-vous, répondit le cicérone, je n'ai pas encore eu le temps d'apprendre mon papier; il n'y a que quelques jours que je suis gardien. » « Alors, merci ; nous allons encore faire un tour aux arènes, et nous vous paierons en sortant. »
Il leur restait à voir Notre-Dame de Grâce, ce vaste champ raviné, tout parsemé de tombes, terminé par une
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chapelle alors inachevée. Le champ s'ouvre par une petite chapelle dite de la Croix, où il est impossible d'entrer, car la porte en est murée : serait-ce un symbole de la porte du ciel, quelquefois murée à un repentir trop tardif? Vient ensuite la chapelle des Porcelets, de cette noble famille, dont un ancêtre sauva Richard d'Angleterre aux Croisades, dont un autre put seul échapper au massacre des Vêpres Siciliennes. A gauche, le champ est borné par la chapelle de la Genouillade, que la tradition dit avoir été construite en mémoire d'une apparition de Jésus, venant du ciel pour bénir Notre-Dame de Grâce, au moment où des évêques réunis se cédaient mutuellement cet honneur et priaient le ciel d'indiquer le plus digne.
C'est entre ces chapelles que s'étend et se replie le champ tout hérissé de tombeaux, qui a valu à Arles le nom de ville des morts, Nécropolis. C'est, en effet, une multitude effrayante de tombeaux, ensevelis à moitié, couchés sur le flanc ou sens dessus dessous ; brisés ou entiers, se coudoyant les uns les autres; voilés ou dépouillés de leur couvercle, vides ou pleins de ronces et de terre.
Les tombeaux ont été taillés dans des blocs séparés, lourds, mobiles et qu'on avait enfouis ici dans la terre. Laprade et Tisseur se demandaient quelle révolution les en avait arrachés, quel tremblement de terre ou quelle inondation du Rhône les avait mis à découvert comme des ossements arides que le fossoyeur rejette du sol, quand il creuse une nouvelle fosse.
De ces tombes, les unes sont à plusieurs places et portent parfois une séparation formée par une mince feuille de pierre : ainsi dans cette dernière couche de mort, des époux ont voulu reposer côte à côte, comme dans leur lit de noces. O mort, ta pourriture aura su les réunir plus étroitement que l'amour !
Ils virent d'autres sépulcres qui portaient encore non entièrement effacées les lettres traditionnelles D. M. (Dis Manibus), ou D. 0. M. (Deo omnipotenti Maximo) : ainsi une seule lettre suffit à distinguer les tombeaux païens des chrétiens ; encore la plupart sont-ils trop usés par le temps, pour permettre de reconnaître s'ils renfermaient un croyant de Jupiter ou un disciple de Jésus.
Nos voyageurs se rappelèrent, en effet, que les habitants de la Gaule Narbonnaise envoyaient leurs cadavres sur les radeaux du Rhône, pour qu'ils fussent ensevelis à Arles; ces cadavres portaient dans leur bouche le prix de leur sépulture, l'obole d'outre-tombe. Saint Trophime, ensuite, changea ce champ de repos en un cimetière chrétien; on continua à se faire enterrer à Arles de toutes les parties de la chrétienté, et au moyen âge on faisait vœu d'y être enseveli, comme d'aller en Palestine.
Laprade cita les vers de Dante, qui compare une des plaines de son enfer, à cette plaine artésienne, toute hérissée de tombeaux. Tisseur disait, à la vue de ce champ de mort, sa douloureuse pitié pour notre immortalité d'ici-bas, et gémissait sur ces tombes ouvertes, profanation permanente, que tous les touristes viennent visiter : « Une charrette passe indifféremment à travers ces allées ; quelques brebis laissent leur laine aux broussailles. Le passant siffle, et ce champ reste ainsi désolé, sans pensée, ni prière! » Et tous deux, s'étant écartés jusqu'aux fermes voisines, purent voir des tombes des Aliscamps servir de bachot ou de réceptacle à fumier; dans l'un, un porc grognait et buvait !
Nécropolis ! oui ce champ est bien l'empire de la mort ; nulle part, elle ne règne mieux en souveraine, non seulement sur les hommes, mais encore sur leurs tombeaux, qu'elle a brisés comme eux. Les deux amis sentaient profondément toute l'étendue de cette puissance fatale de la
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mort, dont les ruines et les cadavres sont les trophées. C'est avec une mélancolie profonde qu'ils dirent adieu aux Aliscamps et à leurs ombres désolées. Nulle ville ne les avait émus si vivement; nulle part, ils n'avaient senti des impressions aussi poétiques et aussi sublimes, que sur les ruines et les tombeaux de Nécropolis ! Un vers de Jean Tisseur chanta dans leur mémoire :
Ainsi qu'un cimetière, Arle a ses vieux tombeaux.
Tout le romantisme de la Provence se découvrait ainsi aux yeux émerveillés de nos deux Lyonnais.
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