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Henri II, Charles IX, Henri III, Henri IV, Louis XIII, Louis XIV... Leur pensée remontait le cours des Ages, et s'émerveillait de la force d'une tradition, où tout ce qu'il y a de plus vénérable parmi les hommes, le repenlir, la sainteté, la beauté, la poésie, se trouvait mêlé ! Les gouttes d'eau qui suintent de la voûte se rassemblent dans un creux, situé derrière la statue, et appelé la source des larmes de Madeleine : ils burent de cette eau ; la fraîcheur el la suavité de cette fontaine des larmes augmentaient encore Témotion intime dont ils sentaient leur âme inondée.
Ils sortirent de la grotte, et l'un d'eux, fixant l'immense panorama étalé devant leurs regards, s'écria : « Où sont les bannières flottantes, le chant grave des litanies, quand les paroisses voisines viennent processionnellement à la grotte de Madeleine? Ce concours de la Provence pieuse et recueillie doit être un beau spectacle !» — « Ne regrettons rien, dit Laprade ; le lundi de la Pentecôte, nous aurions assisté à ce déploiement de foi, aujourd'hui nous avons vu la solitude, nous avons écouté le silence; tenez! le sifflet du merle nous arrive plus pur, avec tout le charme de ces lieux sauvages! ». Le frère lai, gardien du presbytère, leur présenta un registre; Laprade y inscrivit ses vers, et Tisseur remplaça les siens par ces vers d'il Pianto :
Là, dans les genêts verts et sur l'aride pierre, Les hommes du Seigneur vivent de la prière; Là, toujours prosternés, dans leurs élans pieux Ils ne voient point blanchir les fils de leurs cheveux. Leur vie est innocente et sans inquiétude; L'inaltérable paix dort en leur solitude.
Il fallut songer au retour, après un déjeuner délicieux au bord d'une fontaine à l'eau claire. A Nans, Ou la mort fut attelé, et il franchit sans arrêt les cinq lieues de la roule qui, par Saint-Zacharie, tournoie autour des collines, comme
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autour d'un entonnoir, et semble se précipiter dans un gouffre; nos voyageurs arrivèrent à Gemenos.
Gemenosî comment dire le charme de cette oasis au milieu de l'aride Provence? Partout, de la verdure et des ruisseaux. Ici, le château d'Albertas, précédé d'un vaste parc, tout rempli d'arbres touffus, de fleurs, de gazons, de jets d'eau, et séparé de la grande route seulement par un canal de pierre rempli d'eau. Pendant une heure, nos jeunes gens errèrent à l'aventure dans le parc, et, quand ils s'arrêtaient sous quelque ombrage séculaire, Tisseur ouvrait un volume de Vigny et lisait des vers.
Gemenos débouche vers le délicieux vallon de Saint-Pons; les revers des montagnes sont arides et desséchés, et par le plus curieux des contrastes, au fond s'étendent de vertes prairies, des bois à vastes ombrages, et une petite rivière s'enfuit à travers les prés, en se colorant avec coquetterie aux rayons du soleil, ou en se dérobant sous les feuilles : tel, le ruisseau d'Horace : Trepidare laborat.
A quatre heures et demie du soir, Ou la mort, couronné de houx, faisait pompeusement son entrée dans Aix.
Quelques mois plus tard (ier janvier 1 835), la Revue Aptesienne publiait une pièce de vers de Laprade : Aux Ti^appistes de la Sainte-Baume, dont voici un fragment :
Frères, de ces sommets où, loin de noire monde, Votre âme s'arrêta dans son vol vers les cienx, Entendez-vous encor, en votre paix profonde, S'agiter à vos pieds l'abîme furieux.
Ces bois qui de leurs verts rideaux vous environnent, Ces monts dont les remparts vous séparent de nous, Laissent-ils les clameurs dont nos villes résonnent Arriver jusqu'à vous?
Vers ce port d'un moment, où votre foi soupire Après le vent divin, qui vous doit emporter
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Dans le port éternel que toute âme désire,
Oh! n'entendez-vous pas un bruit de pleurs monter?
Frères! ce sont les cris de ceux qui se désolent, Luttant contre les Ilots de nos jours orageux. Vous êtes près du ciel, vos voix sans cesse y volent, Frères, priez pour eux !
Dans le monde oublieux de la sainte parole, Tout s'écroule dans l'ombre au vent des passions; Que votre chant sacré pour lui vers Dieu s'envole, Plus fort que les rumeurs des malédictions.
Frères, songez à ceux que tourmente l'orage, Loin du tranquille autel qui vous voit à genoux; Tandis que nous luttons, pour nous donner courage Frères, priez pour nous!