‹ Le Romantisme en ProvenceChapitre 8 sur 37 · AIX EN 1 834 ' LA VILLE · texte numérisé non relu

AIX EN 1 834 ' LA VILLE

« L'église, écrit Tisseur, composée de trois nefs, a la plupart de ses arceaux fermés. Je l'aime pourtant : elle est sombre et incline l'âme aux émotions mystiques. Ses enfants de chœur, vêtus de soutanes rouges, de blanches aubes, portent sur la tête un bonnet pointu, mais rouge comme la soutane ; je n'ai entendu nulle part des cantatrices ayant voix plus fraîche, plus haute, plus métallique; ils chantent souvent en musique ; on dirait des anges ; près des clercs de Saint-Sauveur, les autres sont des caricatures. »

Aux jours de grande solennité, Laprade et Tisseur pouvaient voir cette église revêtue de la fameuse tapisserie qui, d'après les recherches de M. le baron 'Guillibert, provient de la cathédrale de Cantorbéry, et dont les cartons, représentant la vie de Jésus et de Marie, sont dus à plusieurs artistes bruxellois.

Derrière le chœur, ils virent la chapelle de Saint-Mitre et son magnifique tombeau, autrefois tout doré, recouvert d'un couvercle païen.

« Dans la nef à droite, écrit Tisseur à son frère, est le plus remarquable baptistère que j'aie jamais vu : un dôme octogonal supporté par huit colonnes, dont six en granit, et deux en porphyre vert, aux chapiteaux corinthiens et aux délicates ciselures.

« C'est dans cette nef que se trouve la célèbre épitaphe, la prosopopée par Vécho soustenue : une jeune femme morte engage son époux à la suivre au ciel, et lui dit, entre autres vers :

Le monde est frauduleux, et frauduleusement ment.

Car qu'est-ce qu'un homme heureux, beau, fort, riche, sçavant. vent.

Sus, sus, à la cité d'élection Sion.

Ce chétif monde alors que laisseras seras

Heureux, trois fois heureux, si tu sens tes esprits pris

Au miel de ce désir, tes pleurs, chants, et tes cris ris. »

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