‹ Le romantisme et l'éditeur RenduelChapitre 8 sur 28 · LE HOMANTIS.Mi · texte numérisé non relu

LE HOMANTIS.Mi

Boulanger, aux Johannol, à Raffet, à Marckl, à Rogier pour les drames et les romans de Victor Hugo ; quelle rareté que cette livraison renfermant sous couverture jaune quatre eaux-fortes très fouillées de Célestin Xanteuil pour les OEuvres de Victor Hugo — il n'en parut jamais davantage — et quelle précieuse feuille que celle qui présentait, en épreuve d'essai, les trois curieux dessins à l'eau-forte que le même Nanteuil avait imaginés pour le Spectacle clans un fauteuil et que Musset fit anéantir; quelle jouissance c'était pour Renduel vieilli que de manier encore et de contempler d'un œil plein de regrets ces précieuses reliques de sa vie de libraire ! Il avait un tiroir rempli de vignettes, frontispices ou culs-de-lampe en première épreuve sur chine volant — auteurs : Tony Johannol, Devéria, Gigoux, Henry Monnier, etc. ; — et quelques-unes de ces illustrations, par un raffinement de collectionneur, avaient été tirées sur salin : celles de Vertu et tempérament, du Bibliophile Jacob, par exemple, de la Salamandre,d'Eugène Sue, aussi bien que le beau portrait de Renduel par Gigoux, en lithographie, et le charmant portrait au burin

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d'Hoffmann, par Henriquel-Dupont. Et ces vignettes, pour lesquelles on choisissait toujours la scène la plus horrible du drame ou du roman, sont comme les armes parlantes du romantisme; voyez plutôt celles destinées à r Assassinat, de Méry, à Champavert, de Pétrus Borcl, au Mulilé. de Saintine, aux Caractères et paysages, de Philarète Chastes, au Vendéen, qui n'a pas de nom d'auteur. Ce ne sont que séductions et violences, qu'assassinats et décollations.

<i Avez-vous remarqué, écrivait un jour Théophile Gautier, que les livres curieux et devenus rares ont des jambes comme les petits bateaux sur lesquels l'enfant consulte son père, car s'ils n'avaient pas des jambes, ils ne marcheraient pas et resteraient tranquillement sur le rayon de bibliothèque où on les a précieusement serrés entre deux livres de mœurs honnêtes et de reliure convenable. Lorsque les mélanges tirés d'unepetite bibliothèque romantique de M. Charles Asselineau nous tombent sous la main, de quels amers regrets ne sommes-nous pas saisi? Tous ces livres, devenus si rares, si introuvables, si précieux, qui atteignent

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dans les ventes à de telles enchères, nous les aurions pour rien, sans nous donner la moindre peine, avec l'eau-forte, le bois, le portrait, la lettre ornée, tout ce qui fait heureux le bibliophile dans cette chasse innocente et lui procure de si douces émotions. Nous les posséderions, ces éditions princeps, celles qui font foi, que les auteurs ont revues ! Une à une elles seraient venues se ranger derrière la vitre transparente, mais sous clefs maintenant, puisqu'il y a d'honnêtes gens voleurs de livres. Malheureusement, il est trop tard ; la plupart des amis sont morts, les éditions sont épuisées depuis longtemps, et nous voilà écrivant cette Histoire du Romantisme dont nous avons été une petite part, sans un de ces livres, qui portaient pourtant comme sauvegarde le nom sacré des maîtres. »

Renduel en avait gardé beaucoup de ces livres précieux, mais il en avait perdu aussi beaucoup par manque de prudence et par la bêtise des paysans qui fouillaient librement dans ces volumes, en regardaient d'abord les images et puis les déchiraient pour allumer leur feu. Ne surprit-on pas un jour la bonne etle jardinier qui s'escrimaient

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de la plume et du crayon sur une brochure dont l'édition pvinceps vaut de l'or aujourd'hui : le Sacre de Charles X, par ^ ictor Hugo? Renduel n'avait pas perdu des livres de ce seul fait : il en avait aussi donné à de prétendus amateurs; il en avait prêté qui n'étaient jamais revenus — toujours les jambes des petits bateaux ; — mais sa bibliothèque, après tant de malheurs, était encore assez bien garnie en éditions originales, et le vieux libraire regardait surtout avec amour des tirages sur beau papier de Chine ou des Vosges, sur papier rose ou vert, qu'il avait faits pour lui-même et seulement pour des volumes de choix, ceux signés de Victor Hugo, de Sainte-Beuve et de Lamennais, de Charles Nodier et d'Alfred de Musset; il couvait enfin d'un œil jaloux deux recueils médiocrement élégants et qui n'étaient rien moins que les épreuves complètes des l^oix intérieures ei (le Cromwell, avec corrections do la main de l'auteur.

Vous figurez-vous quelle quantité inconcevable de lettres : offres, requêtes, demandes d'argent, reproches, engagements, Renduel dut recevoir pendant les dix ans qu'il fut le libraire attitré de l'école roman-

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tique? Et dans cet (''norme masse de papiers qu'il avait consei'v«''S, que de noms illustres dans les lettres, les arts et la politique à côté d'autres de notoriété moyenne ou même absolument inconnus! Hugo, Xodier, Lamennais, Soulié, Janin, Balzac, Sainte- Beuve, Lamartine, Dumas, Eugène Sue, Th. Gautier, Paul Lacroix, Gérard de Nerval, Pierre Leroux, Henri Heine, A, de Vigny, Berlioz, les deux Roqueplan, les deux Musset, les deux Johannot, Jules Lacroix, Colin de Plancy, Pétrus Borel, Louis Boulanger, Gélestin Nanteuil, VatismesniL Laurent de Jussieu, Alphonse Royer, Emile Deschamps, Emile de Girardin, Louis Reybaud, d'Arlincourt, Xavier Marmier, Loeve-Veimars, le premier traducteur d Hoffmann, Léon Gozlan, Azaïs, André Delrieu, Monteil, de Chênedollé, d'Ortigue auquel Renduel achetait par charité son roman provençal de la Sainte-Baume, les deux graveurs anglais E. et W. Finden, Louis de Maynard ; puis le clan des femmes auteurs : Sophie et Delphine Gay, la duchesse d'Abrantès, M""' Bécard et M'"^ de Saint-Surin, Georgette Ducrest, fille de l'ancien ministre de la marine et qui voulait

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coUoquer sa propre fille à Renduel ; Ida Saint-Elme, ancienne maîtresse du maréchal Ney et qui devint célèbre sous le pseudonyme de la Contemporaine, etc., etc. La position de I^enduel, en fixant sur lui les reg-ards de tous ceux qui tenaient une plume, en France, et désiraient publier un volume, lui attirait les demandes les plus singulières. Pas de jour où quelque auteur ayant une petite renommée de clocher, ne lui proposât d'éditer un roman, un poème, une étude historique, un drame non représenté, en l'assurant toujours que cette production ne manquerait pas de frapper un grand coup et de donner un éclat considéi-able à sa librairie. Et les offres de services succédaient aux propositions de livres : certain amateur de Lyon, très excité par les contes du Bibliophile Jacob, envoyait deux dessins dont le réalisme outré ne rachetait pas la fâcheuse inexpérience et que le libraire aurait été bien embarrassé de publier. Mais les correspondants ne s'en tenaient pas là, et Renduel était aussi chargé par des étrangers de transmettre l'expression ou même quelque témoignage effectif de leur admiration aux

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