I. Gustave Tournior, iS.SO
3. Balzac est plein d"indulgence pour cette révolution. « Rien de plus ridicvile que le costume des Fiançais au xix'' siècle ; il y avait du courage à le renouveler d. Œuvres complètes, II. p. r)^3, lue Fille (l'Eve. — Pantalon caisse de nymphe, gilet prw/te de Monsieur, habit blen-:éphir. c'est l'ordinaire toilette niascidine en i83(). Elle devait varier bientôt et d'assez sensible façon. Cf. dans les Jeune-France de Théophile Gautier le costume de Daniel Jovard avant sa conversion au romantisme.
C'est d'abord, dans certains groupes très avancés, très en vue, ceux-là mêmes qui touclieul de plus près c au monde de la littérature et de l'art » et que donc la jeunesse imite le plus volontiers, c'est une « révolte générale contre les usages reçus et les costumes adoptés' ». On se jetterait aux pires extravagances plutôt que de ressembler à ces u abhorrés bourgeois » ; et de fait on s'y jette avecun entrain endiablé et sans le moindre scrupule d'aucune sorte. Quelque exagération qu'il y ait dans sa toilette, il est rare qu'un instinct infaillible ne préserve pas une femme de certaines erreurs; un goût fin et sûr atténue en général ses plus vives audaces, et presque toujours l'ensemble se compose d'après les lois d'une secrèle harmonie. Elégance et composition harmonieuse, vraiment c'étaient bien là les soucis des premiers et des plus fougueux romantiques. Pourvu qu'ils étonnent, déconcertent, stupéfient leurs ennemis naturels, « les bourgeois odieux »,
1. Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, II, p. 72. — Co mépris des usages liourgeois s'emportait quelquefois à de bien ridicules, excès. Dans le Ctininparerl de Petrus Borel, le garçon d'hôtel. Laurent, propose à Passereau, qui va sortir par le mauvais temps» un parapluie. « Un parapluie !... Laurent, tu m'insultes. Ln parapluie ! Sublimé-doux de la civilisation, blason parlant, incarnation, quintessence et symbole de notre époque I Ln parapluie !... Misérable transsubstantiation de la cape et de l'épée ! In parapluie I Laurent,, tu in'insultes ! Adieu ! »
Et sous l'averse ruisselante, trenqx', crotté, il déclame :
.\h ! quand l'amour jaloux bouillonne dans nos tètes, etc.
C'est bien certainement la plus romantique application qu'on ait faite du romantique passage d'Hernani. Autant d'ailleurs que par le culte de la barbe, l'etrus Borel s'était rendu célèbre par la haine du parapluie.
LA iOiLEiTi; MASCi Li>E ;>;>
ils se ticMineiit pour satisfaits : de tout le resle il ne leur chaut g^uère *. Sur leurs omoplates et autour de leurs reins, c\'st le |)lus fanlasiique pêle-mêle de formes et de couleurs.
On se souvient de raccoutremeni des personnages dans le liol de jmnc/t, i\c Théophile (iautier. (( Leur costume n'était pas le costume français et l'on eût été fort embarrassé de désigner précisément à quelle époque et à quelle nation il aj)parlenait... L'un avait un pourjxiintde velours noir et un panlalon collant, comme un archer du moyen ûgc ; l'aulrc un habit de conventionnel, avec un feutre
I. « Les roiiiiiiiliqu(>s de* la dciixièiuo Iicuro. \o^ jeunes gens, comme dit l'auteur de ] ictor Ihujo raconté [>ar un témoin de sa vie. n'étaient pas et ne sonj^^'aient pas à être des réformateurs. A quoi bon ? Ils étaient tout simi)lement des tapageurs.
n Le bruit leur plaisait, le bruit et la couleur. On était alors réj)ublicain. parce cpie les costumes de conventiomiels sont plus pittoresques ([ue les redingotes de bourgeois ; on aimait les révolutions, parce qu'une révolution fait du tapage et désennuie. On était bien aise de voir partir Charles X pour l'exil, parce c^ue le biillant comte d'Artois était devenu un vieillard long et maigre, et que tout roi qui se respecte doit être un Antinous. On criait pour crier, en haine du convenu, du bourgeois et du poncif. On s'habillait de gilets cerise ; on portait ses cheveux longs comme un Raphaël, ou ras comme un duc d'Albe ; on afïichait une tenue o truculente » par haine pure des boutiquiers ou des académiciens. Tout homme à tète chauve était académicien de droit, et à ce titre subissait le mépris des bousingos en gaîté... On était romantique par horreur du gris — tout simplement — • par amour du carmin ou de l'indigo. » J. Claretie, Pctrus Borel, p. uj. — Cf. là-dessus les réflexions chagrines de la Mode, i83o. 11, p. 357 ; et ce passage du Théophile Gantier de Du Camp, p. 33 : « J'étais bien enfant alors, mais je me souviens, passant sur les boulevards, dans le jardin des Tviileries qui était, à cette époque, la promenade favorite des Parisiens, d'avoir aperçu de jeunes hommes à longs cheveux, jjortant toute leur barbe, — ce qui était contraire aux bons usages, — coifTés de chapeaux pointus, serrés dans des redingotes à larges revers, cachant leurs pieds sous des pantalons à l'éléphant ; je les regardais avec une surprise où se mêlait quelque crainte, je disais : « Quels sont ces gens-là ? » On levait les épaules en me répondant : « Ce sont des fous ». Théo m'a dit souvent : « Notre rêve était de mettre la planète à l'envers »
pointu de raffiné ; celui-ci, une redingote do dandy, d'une coupe exagérée, et une fraise à la Henri IV. Tous les autres détails de leur ajustement étaient entendus dans le même style, et l'on eût dit qu'ils avaient pris au hasard et les yeux fermés, dans la friperie des siècles, de quoi se composer, tant bien que mal, une garde-robe complète ».
Beaucoup de jeunes gens d'alors n'ont pas eu d'autre idéal et ils n'ont pas suivi dans leur o ajustement » des règles plus sûres.
A peine çà et là quelques exceptions. Elles s'expliquent par une condition sociale plus rele>ée,une fortune moins modeste que celle des Jeune-France en général ou le désir de ne pas trop s'écarter, malgré tout, des élégances mondaines. « Beauvoir, Albéric, Gavarni et moi », dit A. Houssaye dans un des plus amusants chapitres de ses Confessions , où les gamineries et les gaîtés de toute cette pétulante et turbulente jeunesse sont bien vivement et bien spirituellement contées, « nous contrastions avec les autres romantiques par notre habillement rigoureusement à la mode du jour, presque à la mode du lendemain. Nous trouvions très bien que Théophile Gautier eût une redingote à bandebourgs pour être mieux étoffé ; que (jérard de Nerval s'habillât à la \^ erther ; qu'Edouard Ourliac eût des bottes à la Souvarof. Mais nous pensions qu'on pouvait être un très bon romantique en s'habillant comme tout le monde, en mettant le chapeau sur le coin de l'oreille et en renversant outre mesure les revers de l'habit. Les romantiques abracadabrans se moquaient de nous et nous appelaient muscadins' ».
Aluscadins I C'était une injure. Le vrai romantique, le romantique <( abracadabrant », ne fait de concession à