‹ Le romantisme et la mode d'après des documents inéditsChapitre 52 sur 95 · I. Cliampllcury, Les Vignettes romantiques, p. no · texte numérisé non relu

I. Cliampllcury, Les Vignettes romantiques, p. no

sombris de verrières, dallés en rosace de cathédrale^ ». Et s'il faut en croire Cliampfleury — qui ne partage pas l'engouement de ses contemporains — tout est au gothique dans les maisons. « de la mansarde à la loge du portier».

On s'habitue à ne voir autour de soi. à ne toucher, à ne sentir que du gothique -. C'est par exemj)le une course ardente après les vieilles tapisseries, les vieilles chasubles et tous les anciens ornements d'église. Lue maîtresse de maison qui réussit à en décorer les murs de son appartement ou les dossiers de ses fauteuils est sûre de susciter de bonnes et solides jalousies qui ne désarmeront pas de si t(jl. (« La petite C*** ne se possède pas de joie. Elle se dilate (il est vrai qu'elle en a un furieux besoin et qu'un peu plus de gonflement ici ou là ne lui messiérait nullement), elle se pavane, elle est d'un ridicule achevé, ce qui ne la change guère après tout. On prétend quelle n'est pas sortie de toute la semaine pour ne point manquer de visites et avec les visites l'occasion de faire admirer je ne sais plus quels chiffons crasseux qui lui viennent de je ne sais plus quelle église si ^ ieille quelle n'a peut-être jamais existé. Elle y est toujours plantée devant, elle n'en bouge ni jour ni nuit, elle s'y sèche, elle y perdra le peu qui lui reste autour de ses maigres os •*... »

Chose surprenante au premier abord, les lionnes ellesmêmes n'échappent pas à l'engouement général.

(I L'appartement de Madame Dureynel mérite les honneurs d'une description. Il se compose de quatre pièces

I. Henri Bouchot, Le Luxe français, chap. mil Maisons de tenue recherchée.

■2. Celle manie d'imitation des choses du moyen âge n'est-elle pas allée jusqu'au désir de faire revivre les tournois ? C'était au moins l'idée de Roger de Beauvoir, d'après Maxime Du Camp, Souf'inirs lilféraires, I, p. iSg. Cf. plus bas la note de la page i3o.

3 ^jmo s;».. ;, Mu.. p»**juin i836.

L AMEUBLEMENT ET L ARCHITECTURE lOt)

décorées dans le style du moyen ù^^e. La cliambre à coucher est lenduc en damas bleu, et meublée dun lit à baldaquin, d un piie-Diou, de six fauteuils et de deux magniliques bahuts, le tout en bois d'ébène admirablement sculpté ; des glaces de Venise, un lustre et des candélabres en cuivre doré, des vases et des coupes d'argent ciselés avec un art intini, et deux tableaux, une .ludilli de Paul Véronèse. et une Diane chasseresse d" André del Sarto, complètent l'ameublement de cette pièce. Le salon est surchargé d'ornements, de meubles, de peintures, de curiosités de toutes sortes ; on dirait une riche boutique de bric à brac ; ce que l'on remarque surtout dans cet amas d'objets divers, ce sont les armes qui tapissent les murs : des lances, des épées, des poignards, des gantelets, des casques, des haches, desmorions, des cottes-de-mailles, tout un attirail de guerre, l'équipement complet de dix chevaliers. Le boudoir et la salle de bains ont la même physionomie gothique, sévère et martiale. Rien n'est plus étrange que le désordre d'une jolie femme au milieu de ces insignes guerriers et de ces formidables reliques du temps passé : — une écharpe de dentelle suspendue à un fer de lance, — un frais chapeau de satin rose accroché à un pommeau de rapière, — une ombrelle jetée sur un bouclier,— des souliers mignons baillant sous les cuissarts énormes d'un capitaine de lansquenets '. »

De Paris bien entendu la contagion gagne la province. On en trouvera plus loin des preuves inédites. En attendant, voici ce que ilil Balzac (Œuvres complètes. M. j). Sq."), la Muse du département) :

« Une fois posée en femme supérieure. Dinah (de la

I. Ln Lionne, par Eugène Guinot, dans Les Français peints par eux-mêmes, II, p. lo.

1 1 ( j Ll:: ROMA>TISME El' LA MODE

Uaudrayc) voulut donner des gages visibles de son amour pour les créations les plus remarquables de l'art, elle s'associa vivement au\ idées de l'école romantique... Aussi devint-elle moveiiàgiste. Elle s'encpiit aussi des curiosités qui pouvaient dater de la renaissance et fît de ses fidèles autant de commissionnaires dévoués... Elle acheta de fort belles choses en Nivernais et dans la Haute-Loire. Aux élrennes ou le jour de sa fête, ses amis ne manquaient jamais à lui offrir quelques raretés... Au bout de cinq ou si\ ans. ranticliambre. la salle à manger, les deux salons et le boudoir que Dinah s'était arrangés au rez-de-chaussée de la Baudraye, tout, jusqu'à laçage de l'escalier, regorgea de chefs-d'œuvre triés dans les quatre déparlements eiiA ironnants... Ces merveilles, sur le point de revenir à la mode, frappaient l'imagination des gens présentés, ils s'allendaient à des conceptions bizarres et ils trouvaient leur attente surpassée en voyant à travers un monde de fleurs ces catacombes de vieilleries comme chez feu du ISommerard, cet Old Mortality des meubles ! » Et naturellement ces « merveilles » sont d'éternels prétextes à (( tirades sur Jean Goujon, sur Michel Columb, sur Germain Pilon,... sur les placages vénitiens, sur Brustolone, le Michel-Ange du chêne vert; sur les xur, xiv^ xv% xvi" et xvn*" siècles, sur les émaux de Bernard Palissy, sur ceux de Petitot, sur les gravures d'Albrecht Durer, sur les vélins enluminés, sur le gothique fleuri, flamboyant, orné, pur », c'est-à-dire qu'il arrive souvent à la conversation d'être en harmonie avec le cadre'.

11 arrive aussi que l'acquisition des piécieux objets est cause de scandale : des âmes violentes et ingénues crient à

I. Il nVst pas jusqu'à ce brave homme d'abbé Birolteau qui n'ait des meubles gothiques (Le Curé de Tours, M, p. 5i). Cf. encore Les Paysans (\IV, p. 38i;. etc.

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