I. Louis V'**, 4 décembre i83G
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se Yulgaiisa. au point de devenir aus&i banal qu'un cadeau de livre dHeures. pour parler comme l'ami de Madame Madeleine. La reliure « à la cathédrale » notamment semble avoir obtenu toutes les faveurs du public. >ous avons sous les yeux un exemplaire des étiquettes qu'une « école des Sœurs de Saint-\ incent, » de Paris, avait Ihabitude de coller sur la garde intérieure des volumes par lesquels elle récompensait, à la fin de l'année, les travaux de ses modestes élèves. Nous y apprenons que, u le 29 août i85o, M"'' Louise François, de la classe de sœur Antoinette. » a mérité le premier prix de récitation, et nous y Aoyons surtout que le dessin de ces étiquettes était romanliqueet c à la cathédi'ale ».
Une pareille époque devait être l'ûge d'or des collectionneurs : ils abondèrent.
On connaît les noms de Sauvageot, de du Sommerard, de Piot. (' Eugène Piot — dit ^laximc Du Camp {Théophile Gautier, i^. f)\) — possédait pour tout ce qui concerne (( les objets d'art et de curiosité ». ainsi que disent les catalogues de l'hôtel des ventes, une instruction précise dont la sûreté n'était jamais en défaut. Il pouvait ignorer que Pandolfo Malatesta fit assassiner le comte Ghiazzolo dans le château de Roncofreddo, mais il connaissait certainement le nom de son armurier, la forme de son épée et la devise qu'il avait fait graver sur la lame. Dans diverses circonstances, il a donné preuve d'un .savoir spécial dont on est resté surpris. »
Et l'on se laisse envahir d'autant plus aisément par la
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redoutable manie qu'elle est ])our l'heure plus facile à satisfaire. Les morceaux les plus rares, les pièces les plus précieuses peuvent s'obtenir à des conditions dérisoires. Au moins en province, d'après Balzac {Œuivres complètes, VI. p. '^f)7). la Muse du département), « ces antiquités coûtaient alors beaucoup moins que des meubles modernes. » Ln M. Gentil-Descamps a sa maison « pleine de bahuts, d'ustensiles de ménage, de sceaux historiques, etc., » et il a eu tout cela « pour rien, n gémit Challamel dans un soupir de regret (Souvenirs d'un hugolâtre. p. i^')- Ça été aussi la chance d'un ami de notre d flâneur ». Sa maison est un musée véritable, à faire envie à un musée officiel. Lne fois par semaine, les portes s'ouvrent à quelques rares invités, amis ou connaisseurs de choix, et, u sous le regard orgueilleux à la l'ois et attendii du maître de céans, la petite troupe détile devant les vitrines prudemment closes ou les armures solidement attacliées, avec force exclamations où il entre un dizième d'émoi ion véritable et ([iiatre dizièmcs de jalousie, le reste étant donné à la nécessité de suivre la mode et de se montrer poli. »
Simple affaire de modeen effet, pour l'immense majorité du moins, que ces manifestations denlhousiasme. et il n'y a guère là qu'une des formes de Téternel snobisme. Mais c'est justement aussi ce qui, à notre point de vue, est significatif. (3n n'aime pas ce qui est beau, fin, distingué ; on aime tout ce qui sent son moyen âge et son gothique. Le xvni'" siècle est méprisé ou peu s'en faut. ^ Mais que d'un recoin de château on exhume un bahut gothique, ou des tapisseries mangées aux vers, ou des lableautins médiocres d'un temps lointain, on leur fait honneur et fête. Tout le succès de la galerie de Grawford l'Américain vient de son luxe d'antiquailles, et encore eussent-elles été plus célébrées si leur propriétaire fût mort plus tard : elles
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perdirent d'êlre dispersées en 1819. audébuldc la passioiii romantique. On allait chez lui revivre en la compagnie des contemporains de Bossuet, en remontant de là jusqu'à Louis XI, « le vilain homme de roi. » A visiter ce petit musée, on garde, comme M"" de Rémusat, « l'impression inoubliable d'avoir parcouru en deux heures trois siècles^ entiers » ; et de son coté le receveur général de la Seine. Lapeyrière, est assuré de susciter des jalousies féroces pour posséder 0 la pendule authcnlique — juge-t-il — de Diane de Poitiers, duchesse de Yalenlinois ^. »
Mais il n'est pas donné à tout le monde d'avoir le flair, les loisirs, les ressources et les connaissances d'un collectionneur. Au reste, tout le mobilier de tout le moyen âge aurait-il suffi à calmer « la fureur gothique » du temps ? Et puis, combien y avait-il alors de pai' le monde, c'està-dire dans la société mondaine, de gens capables de distinguer l'authentique de ce qui ne l'était point ■' Enfin, à ce moment comme encore aujourd'hui, c l'imitation » ne procurait-elle pas au plus grand nombre les mêmes plaisirs que les originaux !> On « fabriqua » donc du gothique, comme on avait la veille fabriqué du gréco-romain. A la vérité l'on y réussit assez mal tout d'abord. Il se commit des erreurs et des confusions divertissantes ; on mêla tous les genres et tous les styles, comme le faisait observer le rapporteur général de l'Exposition de i834. Mais les artisans se familiarisèrent vite avec le u goût nouveau, » et les Sentis, les Riballier, les Tagini, les Mombro furent bientôt en état de pourvoir abondamment leur clientèle de meubles suffisamment gothiques pour donner l'illusion qu'ils l'étaient réellement et tout à fait.
Les vrais connaisseurs ne s'y trompent pas, bien entendu.
;. Henri Bovichot, Le Luxe français, chap. yiii .