Germaine de N*** à Madeleine de B*'*, 6 avril i
2. Dans la dizaine de lettres que nous avons lues de M""" d' A***, il est toujours, encore qu'assez brièvement, question du « manoir ». M''' de L*'* devait avoir reçu une éducation tiès soignée. Sa correspondante lui demande souvent des conseils, et elle lui envie quelquefois sa connaissance de la littérature contemporaine.
■ 3. Julien d'A*** à M-^ de T"*, ^ juillet i836.
I, niEl BLCMCNT TT L ARCIIITECTt RE J 'JA)
veut iiiainicnant lo casiel loul enlier frothiquo. C'est le rêve (le M"" de Y***, de son amie la petite I/**, et même de cette jolie bourgeoise de G***. Chez ces aimables personnes, on nentend plus parler que de créneaux, de donjons, de poternes, de i)(»ivri('r('s, de mâchicoulis, etc., etc. Elles sont trcs foites ([uand elles sortent dune causerie avec leur architecte n.
D'ailleurs ce n'est pas seulement en province, à la campagne, que sévit la manie de la « bâtisse gothique ».
Au moment même où l'éindiant de Beaugency. l'admirateur ingénu de Théophile Caulier et de Victor Hugo, formait le rêve que l'on sait, ce rêve était en train de se réaliser auv portes mêmes de Paris ; — et il est bien étonnant, entre parenthèses, que notre jeune romantique n'en ail rien dit dans sa lettre. carcMifin il est bien invraisemblable qu'il ait complèlement ignoré ce dont le Tout- Paris littéraire et artistique s'entretenait alors. — Un ancien chef de cabinet au département des Beaux Arts, A. de Beanchcsnc. h romantique ardent ». an témoignage de Challamel (Sourc/iirs dun liugolùlre, p. lâç)), employait « une partie de sa fortune à élever auprès du Madrid du bois de Boulogne un manoir gothique » : et. comme de juste. « toute la jeune école faisait grand bruit )> autour de celle <.<. traduction et illustration en pierie de Notre-Dame de Paris et de la Préface de Cromwell », comme disait (juin i836) avec une exactitude pittoresque un jeune romantique qui signait I>oysius d'Andur, et qui s'appelait en réalité Louis Durand '.
Pour la célébrer, des poètes, plus humbles d'ordinaire,
I. Le <( manoir », achevé en i835, fut vendu en icSii. — C'est le même A. de Heauchesne qui de\iut plus tard riiistorien de Louis XVII.
l3o lE ROMANTISME ET LA MODE
s'essayaient à <i manier la grande lyre », assez maladioitement d'ailleurs '.
Ouo Ion casiol csl romanlifino !
s'écriait prosaïciucment Guiraud :
El que, libre de lout souci.
On rêverait amour, joule '^ et croisade ici !
Oh ! qu'ici tout est bien gothique 1 Les blasons, les vitraux... l'honneur du maître aussi ! etc.
Sur un Ion plus modeste. Jules de Rességuier s'attachait à des descriptions précises, notant :
1. 11 y avait même des vers d'Kdouard \lletz, l'auteur des Maladies du siècle.
2. Ce fut aussi le rêve de Roger de Beauvoir : et il essaya même de le réaliser. Il entre un jour chez Maxime Du Camp, et lui dit << sans préambule» : " Il faut ressusciter le moyen âge; nous périssons d'ennui; nous nous noyons dans la médiocrité;... c'est à nous de sauver la France qui s'étiole et va mourir ; elle a les pâles couleurs, fortilions-la en lui donnant du fer. » J'écoutais et je ne comprenais pas. Roger de Reauvoir reprit : « Je viens vous proposer une ofTaire ; nous allons créer une société en commandite dans le but de refaire le tempérament de la France par un trailement à la fois physique et moral. Rien n'est plus facile ; nous achetons les terrains de l'ancien jardin Tivoli ; nous faisons venir de Syrie et d'Algérie des chevaux arabes et des chevaux barbes qui .sont les plus résistants que l'on connaisse ; nous acquérons de gré à gré ou en vente publique toutes les armures que nous pourrons découvrir ; au besoin, nous intéressons à notre aflaire le gouvernement, qui met à notre disposition les armures C£u'il conserve soit au musée d'artillerie, soit dans les arsenaux, et alors, vous comprenez.'' — Non, je ne comprends pas. — C'est cependant bien simple ; une fois cjuc nous avons réuni entre nos mains le matériel qui nous est nécessaire, nous fondons la Société des champs clos de France ; nous nommons Victor Hugo président d'iionneur. parce qu'il a chanté le Pas d'armes du roi Jean, et nous donnons des tournois auxquels nous convions l'Europe entière. Ce sera admirable. Toutes les semaines, un tournoi à lance émousséc ; deux lois par an. un tournoi à lance franche; il faut qu'il y ait du sang entre les barrières comme au temps de Montgomerv. L'affaire est magnifique: tout le monde souscrira ; le seul prix