I. .\Mi:i BI.EMKNT El' L AUCHITEC TUHE i3e
Los vitraux colon-s que lo jour illumine, Les membres tortueux des sièges grands et lourds, Les coi"selels d'acier près des manteaux d'iiermine, Les éperons froissant les tapis de velours... Ou (liiail qu'en ce lieu Hertlie lient sa quenouille; Ou (lirait, pour sou fils outre-mer guerroyant, <jue MIanche de Gaslille est là qui s'agenouille, Les veux fixés vers l'Orient I
Quelques « Muses » aussi faisaient gentiment chorus. La fille de Soumet. M""' (iahriellc d' Mtenheym. soupirail pieusement :
Poëte, commençons noire pèlerinage,
Un rosaire à la main, car c'est le moyen âge ;
Kl, nous voyant passer, semblent prier pour nous
Les marbres colorés des saintes à genoux.
Nos pas résonnent seuls sur le granit des dalles :
La poudre des vieux temps s'altache à nos sandales ;
Kt des reines de France à la quenouille d'or,
Comme ou repose aux cieux, la douce image dort, etc.
M™" Ménessier-Nodier affirmait :
Mieux qu'à Cliambord lleini s'y verrait accueilli. Et Bavard qui l'atlend fait sa veille guerrière.
Sophie Gay enfin en ouhliait presque la politique :
des places constituera un revenu considérable ; non seulement nous aurons relevé le moral du pays, mais nous aurons fait fortune. Les actions seront émises à mille francs ; combien dois-je vous en réserver.^ » Du Camp n'ayant pas encore vingt et un ans proposa l'alTaire à son tuteur, lequel trouva que ce n'était pas à l'ancien Tivoli qu'il fallait donner les tournois, mais « dans la grande cour de Charenlon >■ : « là du moins vous seriez chez vous. » On pense si Du Camp fut indigné de la réponse et s'il gémit sur « l'ininlelligence » de son bourgeois de tuteur. (Du Camp, Souvenirs littéraires, I, cliap. VI, le Temps perdu). C'est un bel exemple d'inloxicalion romantique.
iJa LE ROMA>TIS:\IE KT LA MODE
Vous que les jours présents condamnent à l'ennui, Que le budfret ruine et la charte importune..., Venez sous ces arceaux, ces lambris héraldiques. Aux clartés de la lampe ou des vitraux g^othiques, l\etroiiver le \ieux monde et ses nobles loisirs...
C'étaient sans doute là témoignages de reconnaissance pour la généreuse hospitalité du châtelain '.11 paraît bien cependant que les soins les plus scrupuleux avaient présidé à la construction de rédifice. Les dessins en ont été arrêtés, déclare Em. Deschanips-, avec « l'artiste de notre temps qui comprend peut-être le mieux l'architecture des temps passés, M. Th. Charpentier ». Nous ne saurions évidemment mieux faire que de laisser présenter (( le manoir » au lecteur par son historien. La citation est longue ; du moins a-t-elle le mérite d'un portrait d'après l'original, et puis elle n'est probablement pas forl connue.
« Un perron élégant sert d'entrée à la maison, dont la porte, en style de la renaissance, est abritée par un petit porche ; une tourelle, de la forme de celle qui se trouve dans la grande cour du château de Chambord, contient un escalier en limaçon : à l'autre angle est une tourelle en trompe, qui renferme l'oratoire. Une statuette qui domine le pignon de la maison représente un chevalier armé de toutes pièces. Au-dessus de In porte de la pre-
1. Les vitraux de la « grand'salle » étaient ornés des blasons de Chateaubriand. Lamartine, Hugo. Vigny, Sainte-Beuve, Soumet. Guiraud, Nodier, Dumas, Musset, Brizcux, Vncelot. Jules Lefèvre, Walsh père et Tds, Henri Blaze, Ed. Alletz, Léon de Wailly, Jules de Saint-Félix, J. de Rességuier, Roger de Beauvoir, Balzac. On le voit, le « manoir » était tout aussi littéraire que gothique, et il n'y a guère que romantisme en ratTaire.
2. La simple portraicture du Manoir-Beauchesne, enrichie des blasons de moult poêles français qui ftorissaient Van de X. S. MDCCCXLI. Paris, Challamel, avril MDCCCXLI. — On avait appelé l'édifice : le pavillon Saint-James. Deschamps le baptisa : le Manoir de Beauchesne.
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mière touivlle, on reiiiiinfiu' une niche gothique dans laquelle est placée la madone, pioleclrice du logis.
« L'intérieur est d'un goût tout à fait en harmonie avec l'époque. A droite du veslihule, à voûte cintrée, qui rappelle ce qu'on désignait alors sous le nom de la salle d'armes, est le réfectoire, meuhlé de chaises à dosserets et d'une table à colonnes torses. Il est orné d'un plafond d'une délicatesse remarquable, dont les caissons ont été empruntés à un manuscrit du xvr siècle ; la tenture est peinte de manière à imiter les tapisseries de cuir peint et gaufré, du genre de celles dont on se servait dans les temps cl que les fabricanls désignent sous le nom d'or basané.
« De l'autre côté du vestibule est le salon, ou salle de récei)lion. H est plein des souvenirs de François i". Les fleurs de h s et les salamandres y sont jetées à profusion. Une belle et large cheminée est décorée sur son chambranle d'un beau bas-relief de la bataille de Marignan, copié sur un de ceux du tombeau du roi chevalier ; sur le manteau de la cheminée est placé l'écusson du maître du logis.
(( Les fenêtres qui éclairent ce salon sont à vantaux avec de petites vitres serties en plomb; dans les croisillons on remarque de jolis vitraux rapportés d'Allemagne et de Suisse; n'oublions pas la vonle à caissons, d'une grande richesse, sur fond d'azur à liserés d'or, ornés de rinceaux de couleur dessinés et peints avec délicatesse ; plusieurs médaillons s'y détachent, deux d'entre eux rappellent des souvenirs historiques ; l'un contient cette légende simple et loyale : Ma fidélilé fait ma force ; l'autre nous montre la levrette de l'Hermine bretonne, avec cette gracieuse et naïve devise : A ma vie.
« L'escalier en spinde qui tourne dans l'enceinte de la
tourelle est éclairé par une meurlrièrc cintrée. Il conduit à une chambre dont la peinture imite une tenture de basane, gris de lin, attachée par de nombreux clous d'or à large tète. Les dessins de cette chambre, le style du lit et des autres meubles ont été copiés sur la principale chambre de l'ancien château de Sarcus, en Picardie ; le lit élevé sur une estrade, et auquel on arrive par deux marches, est d'un dessin à la fois élégant et sévère : le bois est peint de blanc et ébène, rehaussé d"or ; ce lit est large, selon l'usage du temj)s : c'est un de ces lits hospitaliers que les châtelains pouvaient partager avec les hôtes illustres qui venaient les visiter. A côté de cette chambre, dans l'étroit couloir d'une tourelle, est placé l'oratoire avec le prie-Dieu et le missel gothique enrichi des enluminures du xv*^ siècle, et d'un fermoir doré.
« La pièce la plus curieuse du manoir est celle qui se trouve au faîte du donjon. C'est le cabinet du châtelain ; c'est ce que, dans les châteaux du moyen âge, on appelait la salle du Conseil. L'ameublement en est riche et les ornements d'un excellent goût historique. Autour d'une table, recouverte d'un velours violet, à crépines d'or, sont rangés des faux cVexleuils)) — souligné dans le texte; on remarquera le pédantisme, aggravé au surplus d'une erreur philologique — <( copiés sur ceux de la chambre à coucher de Charles Vlll, ils sont d'une grande finesse de sculpture, et ornés de fleurs de lys à jour; l'étoffe est également de velours violet à tresses d'or. C'est le sanctuaire des méditations historiques. Ici, c'est la statue de Henri IV, enfant, par Bosio ; là. sur les panneaux cintrés d'une voûte à arêtes, on retrouve les écussons de France et de Bretagne, et les portraits de Charles YIII et d'Anne de Bretage, comme symbole de la réunion de cette belle province à la France ; puis les portraits de
l'ameublement et l'abciuti-ctihe I.S5
Philippe de Commines et de Madame de Beaujeii ' ».
Nous arrêtons la citation, mais la description continue. Après tout, É. Desehamps navait pas tellement tort de célébrer son manoir : de rinnuence du romantisme sur l'architecture après iSl^o, il n'y a sans doute pas de témoignage plus éclatant.
Mais il \ en a d'autres, — trop connus d'ailleurs pour qu'il soit bien nécessaiie d'insister ici.
Sous la vigoureuse impulsion de quelques architectes, surtout de Lassus et de Viollet-lc-Duc. — qui ne faisaient eux-mêmes qu'obéir au mouvement général dont nous essayons d"exi)liquer les véritables origines. — » les églises gothiques » et u les manoirs seizième siècle » abondèrent (( sur tous les points du territoire- ». Pour la plupart de ces édifices sans doute, il convient de ne pas y regarder de plus près que leurs naïfs consirucleurs on propriétaires. Pourvu qu'cui ait des toinelles, des clochetons, des gargouilles, des mâchicoulis, des créneaux, des balustrades trèflées, des lucarnes armoriées, des fenêtres
I. On comprend que ce <( naïf donjon féodal, reslé \ieux [français entre l'Anglais Ihmelayli, et rilalienne Bmjalelle, v\ loules sortes de chalets, de collngés, de belvédères, de villa fsicj „, ait arraché à E. Deschamps lui même ce cri d'admiration :
Vous qui passez sur le chemin.
Quel est donc ce manoir aux tourelles golliiqucs,
Aux murs de lierre et de jasmin ; Anlilhèse adorable au siècle des boutiques.'
Par ses tro's porclies blasonnés.
l'ar tous ses vitraux peints et par sa moindre l'rcsquc.
Il crie à nos cœurs étonnés :
« Amour cl poésie, et loi clicvalercsque ! » Inutile séjour qui n'es que saint et beau, >oble terrain perdu, pierres improductives.
Comme un temple ou comme un tomb-iu ! -^
Des grands âges lointains magiques perspectives! Tout honneur, nul profit! C'est bien, etc.. etc.
a. Challamel, Souvenirs d'un hugokUre, p. aSo.
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en ogive, des crêtes, des épis, une sillionclte en un mot «dentelée», hérissée et qui paraît ((triomphante», comme disait le romantique de Jîeaugency. on se déclare satisfait : on croit avoir du «gothique. Est-il hesoiu de faire remarquer que ce n'en furent jamais là que les apparences, et que ce quil y a tout à la fois de fantaisie, d'audace et d'harmonie dans cet arl admirable du moyen âge restait hors des prises d'admirateurs et d'imitateurs dont l'ignorance n'avait d'égale que rengouement ? Presque personne ne sait encore ni grouper en faisceau les minces colonnettes. ni tracer purement le profil d'un chapiteau, ni composer une fenêtre, ni proportionuer les détails à l'ensemble, a fortiori retrouver la ligne gothique, le profd netetpur, harmonieux et léger, qui donne à l'art médiéval son caractère propre.
Et quels rapprochements inattendus des styles les plus divers ! Que de C(jnfusious. dont on ne sait s'il vaut mieux sourire ou saltrister 1 Koman. gothique. Renaissance, xvn% xvni'' siècles, ou fait tout fraterniser avec la plus délicieuse, la plus ineffable candeur. On hérisse de clochetons luie maison de campagne qu'aurait avouée Mansard ' ; on perce de hautes fenêtres en ogive dans les murs d'une épaisse bâtisse dont tout le caractère est de n'en avoir aucun - ; ou encore, pour prendre assez haut un dernier exemple, celui de la chapelle funéraire des d'Orléans à Dreux, on élève une petite rotonde de style Empire et on l'entoure d'un déambulatoire et de chapelles gothiques.
I. C'est le cas d'un industriel d'Orléans, au témoignage du rapin que nous connaissons déjà. Victor Clialmet, aojuin i835.
3. Comme a fait un des amis de notre <■ ironiste parisien. » JoiimaL t8 août i834; — et il y a encore aujourd'hui des témoignages de celte « manie gothique », qui continue à sévir chez certains artistes à éducation ou à tempérament romantique.
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Comme de juste, rardeui' est encore plus \i\ e à sauvegarder le golliique ({u ou jicul avoir. C'est partout un empressemeul admirable à relever les ruines qu'a laissées derrière elle la Révolution. On consolide, on répare, on restaure, — malheureusenienl [)resquc toujours avec plus de zèle que d'intelligence et de bonlieui". Que d'étourderies en effet, et les abominables tantes 1 Au château d'Amboise, Louis-Philippe laisse mettre des persiennes aux fenêtres gothiques de la salle à manger circulaire installée dans la tour César : et on dépense plus de sept millions à faire de l'église abbatiale de Saint-Denis « une sorte de monstre, la i-isée des artistes et des aichéologues ' ».
Etcependaid, en dépit de tontes ces extravagantes lanlaisies et de ces graves errenrs, deuv résultats, qui ne sont pas médiocres, restent certains : le romantisme a donné le goût du gothique, ce qui est bien ; mais il en a
I. l'aiil Xilry cl (iasidii liiirrc, l'hJglise abbaliate de Saint-Denis e( ses lambeaux, l'aris, I.oiijiucl, i<)i>(S. — Le nioiiidic (iaiifin- des icslaurations cl siulont des reeoiisliUilioiis esl d'èlrc toujours arbilraiies ; et rien ne le prouve mieux que la uiésavciilure lout réeeinnieni arrivée à l'archilecto que (luillaunie II avait cliargé de restaurer le Ilaut-Kœuigsbouro-, et qui a coniiuis dans ce travail d'assez lourdes fautes. Cf. les journaux de mai i()o8, particulièrement Le Temps du i5, et Lllliislralion du ÏS. Les reproductions ijhotoyrapliiqucs, publiées par ce dernier périodique (château actuel du Haut-Ivœnigsl)Ourg, plaquette en ivoire et fragment d'une gravure sur bois représentant le château tel qu'il était réellement au xvi* siècle) montrent les erreurs de larchitecte avec une irréfragable évidence. — Sur les méfaits que commellenl Iroj) souvent les restaurateurs, on fera bien de lire les articles que M. André Ilallays donne au Journal des Débats, sous le titre En Jlànanl, et qu'il est justement en train de réunir en volumes. M. Hallays s'est fait une originalité de son amour des vieilles pierres, et « il déteste de tout son cœur... les nigauds du progrès, les ingénieurs sau\ages... et les pires de tous les barbares, les architectesrestaurateurs. » En Jlànanl. A travers la France. Autour de Paris, Perrin et C'", igio. Avant-propos. — Il est justement question des restaurations du Ilaut-kœnigsbourg dans le volume En flânant. A travers l'Alsace, Paris, Perrin, 1911, p. ~'i.
l3S LE ROMANTISME ET LA MODE
préparé linleUigence et le respect, ce qui est mieux encore. Les romantiques ont ainsi rendu à l'architecture cl à riiistoire nationales des services signalés, des services de premier ordre ; et ce n'est que stricte justice de leur en conserver une vive reconnaissance.