‹ Le romantisme et la mode d'après des documents inéditsChapitre 64 sur 95 · Ces citations sont extraites des Mirifiques Bienfaits · texte numérisé non relu

Ces citations sont extraites des Mirifiques Bienfaits

2. " Il est une circonstance, la seide on je fume, où l'emploi rare et modéré du cigare trouve un motif plausible, en ce qu'il procure une jouissance véritable, mais seulement à ceux qui ne sont point fumeurs de profession. C'est dans ces moments d'a!)ntfement moral où l'esprit, engourdi, refuse toute activité à l'imagination et jette l'âme dans la mélancolie. Alors, il suffît de fumer un cigare pendant quelques instants, d'en avaler quelques gorgées, et aussitôt, comme par enchantement, la tète se débrouille, l'esprit s'édaircit, une émotion tumultueuse vient remplacer l'insouciance des sens, et un pouvoir inconnu ranime toutes les facultés auparavant assoupies ». Balzac, Œuvres complètes, \X, p. 5 '19, Pliysiologie du cigare. L'article est de novembre i83i.

Treize ans plus tard, dans un antre « poëme » en l'honneur du

(U Kl.OLES KLEGANCES UOMAXTIQUES 1^5

tête lourde, cerveau de plomb... » Impossible de continuer la citation, dune énergie par trop familière. « ... Alors, à moi le papel ! à moi le tabac! Lue, deux, trois cigarettes, fumées sur mon divan ou en me promeuiiiit V mesure que le nuage se forme dans ma chambre, il dis[)araîl de mon cerveau. Mes idées deviennent claires, lucides, diaphanes. Les mots accourent, les rimes arrivent... II me semble que lo pbis gracieux des génies de l'air les secoue devant moi dans une corbeille de fleurs ; elles y tintent comme des grelots d'argent et d'or; je n'ai plus quà écouler et à écrire... Il faudra que Je compose un poi'me en l'honneur du tabac. Ce sera le poëme de la reconnaissance ».

Le « poëme » a été composé : ce sont les Mirifiques biciifaifs du cigarrel et du cigare, auquel nous avons déjà fait, auquel nous ferons encore, des emprunts.

Autre avantage, plus appréciable peut-être, et certainement fort inattendu : le tabac favorise quelquefois les mariages'. C'est du moins ce qu'affirme un joli passage du « poëme » des Mirijiques bienfaits.

tabac, Bartliclcmy renouvelait à son tour les mêmes encourageantes

affirmations.

Alors que je compose, Sur mon plus large meuble au hasard je me pose ; J'installe devant moi, bravant le décorum, Ou la cruche llamaiide ou quelque grog au rhum ; 11 faut que de Cuba le divin narcotique Charge de bleus flacons mon divan poétique.

Car rien n'inspire comme de fumer, à ce que prétend du moins l'auteur, — et sans en avoir jamais donné pour sa part de preuves décisives.

1. Barthélémy va plus loin encore. — Il faut dire aussi que son poëme n'a pas moins de trois chants. — D'après lui, le tabac console de tout, guérit de tout, excepté de la douleur d'être aveugle.

Hormis cette souffrance, il n'en existe aucune Dont ce lock vaporeux ne calme l'infortune.

-Dernière affirmation, tout aussi risquée sans doute que les précé-

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Léonce ne demanderait pas mieiix que d'épouser. Jeanne, qui est un peu sa cousine, et qui de plus est fort jolie, « ce qui ne gâte rien », observe un judicieux hémistiche- Mais ,Teanne paraît à Léonce « horriblement bourgeoise ». Elle ne l'est pas tant que cela, heureusement. Un jour que le jeune homme est venu déjeuner chez ses parents, au beau milieu de la m fumerie » elle fait gentiment irrup tion dans la pièce, prend crânement une cigarette, l'allume et sans sourciller la fume plus quà moitié. Le père n'ose pas se fâcher, le cousin est au comble de l'enthousiasme, et les accordailles définitives suivent ce geste romantique. Sur quoi le poète fait remarquer très sérieusement que le tabac, entre autres « mirifiques » avantages, possède

Le magique pouvoir d'unir aussi les cœurs Et de les enflammer comme des cigarettes.

Ce n'est pas que la nouvelle manie ait été acceptée tout de suite et par tout le monde ^ Il y eut des protestations : et comme d'habitude la Mode fut des premières à les faire entendre.

dentés, et qui vaut colle qu'un avisé marchand de tabac, pendant le choléra qui désola Paris en 1882, avait fait inscrire sur les carreaux de sa boutique :

Fumez et prenez une prise.

Le choléra sur vous n'aura jamais de prise.

Halzac, WI, p. .'iS'i, Facéties clmlériques.

I. Ce fut la lutte de la tabatière contre la cigarette et le cigare, et, comme le disait vin Jeune-France. « du tabac qu'on prenait par le nez contre celui qu'on prenait par la bouche ». « Depuis un siècle, il (le tabac; se prenait plus en poudre qu'en fumée, et maintenant le cigare infecte l'état social. On ne s'était jamais douté des jouissances que devait procurer l'état de cheminée ». Balzac, Œuvres, XX, p. 626. Traité des excitants modernes. — Quelques années plus lard, Barthélémy ne témoignait qu'une pitié assez méprisante à l'an-

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« Nous sommes forcé d'avouer que beaucoup de modimanes fument... La pipe est devenue comme un délire ; il est impossible de faire trois pas à J'aris sans aspirer le nuage empesté de quelque insolent tabacolàlre. Ces horribles fumeurs vous imposent leur baleine empestée: et tous prennent à plaisir le vent sur les femmes et les tabacophobes... •> Que ne les parque-t-on comme on vient de parquer « ces demoiselles » ■' Car enfin « un homme fumant dans la rue abuse de la liberté individuelle ». Il €st vrai que, •• si quelques jeunes gens élégants prostituent

tique usage, si cher aux douairières, cl son Art de fiiiner débulail par cette profession de foi catégorique :

Je chante seulemoiil la pipe et le cigaro ;

Quant au tabac on poudre, il a beaucoup (r;ippa«.

J'en conviens, mais (ju'y faire ? Il ne m'iiisitire pas.

Raison plus que sutlisaiite évidemment, raison péremploire, poiiile poète, de se taire. D'ailleurs, abstraction l'aile de la supériorilé incontestable du plaisir de fumer, quelle supériorité, non moins incontestable, du fumeur sur le priseur !

Le fumeur est discret de visage et de geste. Sa lèvre arquée exprime une fierté modeste. Un air pliilosopIii([ue est empreint dans ses yeux, 11 soulTle son haleine eji rei^ardant les cieux.

Et quelles fines observations ! dirons-nous à noire tour ; (jnellc poésie surtout !

Voyez le priseur au contraire.

Son galbe est ridicule et son maintien cliélil', II étire sa face et pince la narine.

Horreur ! Au bout de cette vilaine narine pincée, on voit scintiller parfois un diamant liquide ! Comment se faire aimer dès lors ? Comment captiver « la beauté » ?

En vain elle s'efforce à vaincre le dégoût

D"un nez asphixiant dont elle sent le bout ;

De quelques lieauv dehors qu'elle se trouve éprise,

Elle défend sa porte à l'Apollon qui prise.

Tandis que la beauté, jamais avec humeur,

N'a pour lèse-odorat expulsé le fumeur.

Etonnez-vous alors que les fumeurs aient été si nombreux !

ainsi leur bouche, c'est à un cigare de la Havane », et •(( il y a entre un cigare espagnol et Tinfernal brùle-gueulc chargé du tabac de la régie la difterence qui existe entre la Taglioni et les danseuses des Funambules ». Cependant le cigare lui-même a beau avoir (( quelque chose de doux, de moelleux, de parfumé », il n'en est pas moins « une débauche ». Mais <( fumer d'habitude, c'est avouer une dégradation intellectuelle. L'homme qui a le pouvoir de penser, de s'aventurer dans les heureuses et suaves campagnes de la rêverie, cet homme ne fume pas. La pipe est la méditation matérielle d'un sot : s'il fume, c'est qu'il n'ose pas jouer avec ses pouces ' ».

La nouvelle mode est encore Aue d'assez mauvais œil par certaines mères de famille. Les fils résistent, et les mères finissent par céder. »' Enfin, il a fallu me rendre, ma chère amie. Jean ne veut pas renoncer à une aussi vilaine habitude... Tant pis! 11 en .sera quitte pour se parfumer un peu plus... A ous pensez bien que nous n'allons pas nous fâcher pour une cause si futile ^ d.

Et les fiancées font comme les mères de famille. L'une d'elles supplie son futur mari de renoncer à une « aussi fâcheuse habitude ». Le fiancé oppose une résistance courtoise, mais ferme;

Et Taniour du tabac triomphe de l'Amour^.

1. La Mode. i83o. III. p. 319. L'article est de Balzac. On le trouvera au vol. XX des OEavres complètes, p. 4Ô7, SouvcUe théorie du déjeuner. — Un an et demi plus tard, la mauvaise hunieui- de Técrivain n'était pas calmée. Cf. XX, p. 548, Physiologie du cigare ; et XXI, Dictionnaire des enseignes de Paris, pp. la^. 127. 2o3.

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