‹ Le romantisme et la mode d'après des documents inéditsChapitre 66 sur 95 · I. Dans une ode en strophes de huit vers de sept pieds · texte numérisé non relu

I. Dans une ode en strophes de huit vers de sept pieds

La cour brillante et choisie Dos hauts palais de l'Ethcr Se fatigfuait d'ambroisie

QIELQIES ELEGANCES ROMANTIQUES 1 09

quefois, se dresse « comme un aiilel au milieu du sanctuaire 1).

Au ccntio (lo la salle, autour d'une urne en fer.

Digne émule en largeur des coupes de l'enfer.

Dans laquelle un beau puiuli. aux prisnialiquos Hamnies,

Semble un lac sulfureux qui fait bouler ses lames,

Vingt jeunes bommes, tous artistes dans le cœur,

La pipe ou le cigare aux lèvres, l'œil moqueur,

Le temporal orné du bonnet de Phrygie,

En barbe Jeune-France, en costume d'orgie,

Sont pacbalesquement jetés sur un amas

De coussins dont maint siècle a troué le damas

Et le sombre atelier n'a pour tout éclairage Que la gerbe du punch, spiritueux mirage '.

C'est comme une manie : tout le monde en est atteint, et ce ne sont ni les moins dé|)enaillés, ni les moins faméliques, qui pratiquent avec le moins d'emportement ces débauches. . . d'imagination .

Petrus Borel a connu la misère la plus noire, il a souvent manqué de pain : son Passereau n'en a pas moins le culte du u ponclie ». Dans ses moments de spleen, « sa

Sous les veux de Jupiter,

On hàillail dans le ciel mt^ine...

Pour distraire les dieux, Mercure invente le punch.

Au jardin des Hespérides Le ilieu cueille, en souriant.

Ces fruits d'or aux sucs acides Dont s'embaume l'Orient ; Puis il vole au Nouveau-Monde, FA prend cette plante encor, (^ui de l'abeille féconde Fait oublier le trésor, etc.

(Muse fraiiraisL-, -' livraison).

On voit que la poésie à la Delille n'était pas encore morte. I. Feu et flamme, 18'i'i. I\hùt première. Pamta'monium.

l6o LE ROMANTISME ET LA MODE

porte élait condamnée, sauf à Al)3eit qni. assez volontiers, venait se coffrer avec lui : non pas mû par le même délire, la même souffrance, la même désolation, mais pour l'originalité du fait, pour prendre un peu la vie à rebroussepoil et parodier celle bourgeoise reciiligne ; et par dessus tout, alléché par le ponche et le cigaret, pour lesquels Albert avait une foi religieuse, une conviction profonde, une considération très distinguée ».

Orgie et punch : il n'y a pas alors de mots plus fréquemment appariés.

X Orgie devint facilement à la mode. Peu de drames sans orgie, depuis que Gennaro avec son poignard avait gravé sur la façade du palais des Borgia la triomphante anagramme Orgia.

« Il était fécond, le nombre d'incidents mouvementés auxquels prêtaient ces deux courtes syllabes si pleines. L'orgie, c'était avec la beauté et la richesse, la sensualité, l'oubli de la vie, les joies de l'enfer, la révolte contre la société, le délire des sens^ »

Pas d'œuvre d'imagination qui nait son « orgie ». C'est surtout un épisode obligé dans tout roman qui prétend donner une peinture exacte des mœurs de l'époque. (( L'orgie! vive l'orgie!... les quatre buveurs à longs cheveux et à longues barbes, ivres et couchés sur le parquet ; une fumée de pipe de houcas, de papelitos, de cigares et de cigarettes ; par-dessus tout cela les verres brisés, le parquet ruisselant et les femmes souriantes et à demi nues, l'amour dans les yeux, le cigare à la bouche ; vive, vive l'org-ie - !... »

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