‹ Le romantisme et la mode d'après des documents inéditsChapitre 72 sur 95 · Lellrc inédite à Flaubert, du 20 mars i84^i · texte numérisé non relu

Lellrc inédite à Flaubert, du 20 mars i84^i

l-jQ LE ROM.VMISMi: KT LA MODE

Quand dos femmes fie Tyr les troupes désolées De Ta ride Jourdain pareouraient les vallées

En funèbres habits, On eût dit, à les voir se rouler dans la cendre. Qu'en la sombre demeure elles voulaient descendre

Pour rejoindre Adonis.

Mais bientôt, bondissant d'une joie insensée, Les fdles attiraient sur leur lèvre embrasée

Celles de leur amant.

Et le bruit de l'orgie étouffait sur la plage Les clameurs de la mer, qui couvrait le rivage

De ses flots écumanls.

Ainsi, dans un esprit c[ue la souffrance brise, Se réveillent souvent, par une étrange crise.

Les instincts de la chair.

Et l'homme, dans les feux de la brutale orgie. En son cœur défaillant sent renaitre la vie

Prête à s'en détacher'.

Les résultats du régime sont inévitables malgré tout, et ils finissent par s'imposer, eux aussi, avec une inexorable <i brutalité '>. " Je malTaiblis beaucoup ». « Il y a cela de fâcheux que mon estomac se fatigue et qu'il ne me paraît pas qu'avec un tel régime je sois appelé à faire de vieux os- ».

Et que d'autres confidences du même genre aurionsnous encore à citer ! « Hélas ! mon pauvre ami, je suis triste, je suis maussade, d'une humeur de chien hargneux les trois-quarts de mes journées... J'ai toujours mal à l'estomac... Tout m'ennuie, tout me dégoûte!... Ah 1 chienne de vie'.... »> — '«Au diable l'orgie et les imbéciles qui me la conseillèrent ! » s'écrie un pauvre dyspeptique, qui soigne à Vichy son mal « déjà fort

1. René Descharmes, Alfred Le Poillevin, Œuvres inédites, p. 75.

2. Id., ib., p. x\x. {Lettre inédite à Flaubert, du 1 j septembre i845).

QLELQIES KLEGA^CES ROMANTIQUES I y-T

avancé ». — a Si au moins on pouvait changer d'cslomac comme de gilet! » gémit naïvement un troisième. — Un autre enfin, pour mieux se consoler sans doute, u exhale ses phiintes sui- la lyre, comme autrefois Gilbert et Chatterton ».

Du soleil de mes jours a pâli le flambeau. J'ai prodigué mon âme et mon âme me quille ; Rien ne retient, liélas ! la douloureuse luile, Je descends lenlement les de^rrés du lond^cau '.

Rien d'étonnant en elTcl (pia\('c la naïve ])ratiquc de l'orgie on ne lasso pas (( de vieux os ». comme disait mélancoliquement ce pauvre Le Poittcvin. El {\v l'ail. pour peu qu'on ait lingénuifé de persister, comparses obscurs ou brillants chefs de file, c'est la même tin lamentable qui vous guette. « Roger de Beauvoir ruiné, démodé, cloué à son fauteuil, trépassa presque oublié ; Malitourne mourut fou ; Lautoui-Mézeray finit ses jours dans le gâtisme ; Briffaull rendit l'âme à l'asile de Gharenlon ; et le grand Alfred de Musset lui-même qui avait été si souvent leur compagnon de fêtes, périt tristement comme eux'-. »

Et il est bien évident que, pour en venir là, il n'est nullement besoin d'être romantique ; mais il est bien évident aussi que, lorsqu'on doit y venir, on y arrive encore plus sûrement et plus vite avec l'aide du romantisme, — d'un certain romantisme.

1. La I" citalinn est d' Adolphe P*** (i838), la r, de Raoul B*** (i8!iO), la 3% de Louis G*** (1843), et la dernière, de Gustave C*** (i836). Tous les quatre paraissent avoir été des « jeunes vraiment jeunes », comme disait précisément Raoul B***, et tous les quatre subissaient aussi les conséquences d'une jeunesse par trop romantique.

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