Journal de 1' « ironiste parisien », juin i
cédé Charles Vil chc: ses grands vassaux, en revanche le Roi s'amuse n'a été donné qnunefois, et l'année même où la Tour de Aesle remporte nn éclatant triomphe, la Tour de Nesle dont on ne saurait exagérer la profondeur de retentissement. 11 est donc vraisemblable qu'Alexandre Dumas a plus encore que Victor Hugo lui-même contribué à la ditîusion du c goût nouveau ».
Non que le k genre moyen âge » ait attendu jusque-là pour exhiber en public, nous voulons dire dans la rue, ses accoutrements et ses fantaisies. On lit dans le premier volume âe^ Noies el Souvenirs d'un Anglais à Paris ^ : « Etant petit garçon, j'avais été plus d'une fois frappé d'étonnement à la vue des jeunes gens paradant dans les rues, en pourpoints, en hauts-de-chausses, la chevelure flottante ornée de toques de velours et d'ailes d'oiseaux, une courte épée pendue à la ceinture ; nous n'étions pas au carnaval, et personne pourtant ne semblait s'émouvoir; les Parisiens d'alors s'étaient habitués à ces bizarreries. Des gens compétents m'ont dit depuis que ces manifestations avaient été inspirées par /« Gaule poé ligue de M. de Marchangx , les romans de M. d'Arlincourt, et toute la littérature de ce genre qui a caractérisé le commencement de la Restauration » .
Simples caprices de jeunes gens, sans nul doute, mais caprices significatifs. L'amusante mascarade n'a pas dû dépasser un certain cercle, probablement assez restreint : il nous suffit pour l'instant qu'elle ait pu se produire. Après i83o, elle vase renouveler, avec plus de persistance celte fois et sur un plus large théati*e. Sous l'énei^iquc impulsion qu'il reçoit de la production dramatique con-
I. P. II. — L'ouvrage a deux volumes : I, i83.")-i8A8 ; If, iS^S- 1871. Il a été Iraduit par J. Hercé et publié en i8(j3.
temporaiiie, le « goût nouveau » pousse vigoureusement ses conquêtes et, avec des insolences de triomphateur, prétend régenter les classes de la société les plus ditférentes. On lui a opposé d'abord, il est vrai, d'assez vives résistances. Un moment la lutte a été ardente entre le bourgeois glabre, discret, calme et respectueux observateur de l'étiquette et de la tradition, et le romantique barbu, chevelu, tapageur, volontiers débraillé, bousculant les convenances, uniquement préoccupé de produire de l'effet, à quelque prix et de quelque manière que ce soit, et reculant d'ailleurs si peu devant le scandale qu'il le recherche et le provcjque même avec délices. Mais nos révolutionnaires ont pour eux l'audace, et la plus irrésistible des forces, la jeunesse ; et bientôt, comme le disait un Jeune-France, dans un langage dont il convient de respecter la hardiesse, « à pleines dents le classique mordit la poussière dans le monde, comme il lavait mordue sur les planches du théâtre^ ».
L'ivresse d'une victoire toute récente induisait notre ardent jeune homme en des afTirmations évidemment excessives. Tous les classiques ne renoncèrent pas à leurs habitudes classiques, pas plus que tous les bourgeois à leurs costumes bourgeois. 11 n'en est pas moins vrai que le romantisme apporta des modifications à la toilette masculine et qu'après i83o on ne s'habilla plus tout à fait comme avant-.