‹ Le romantisme et la modeChapitre 30 sur 99 · Gustave Tourniei-, i · texte numérisé non relu

Gustave Tourniei-, i

3. Balzac est plein d'indulgence pour cette révolution. « Rien de plus ridicule que le costume des Français au xix' siècle ; il y avait du courage à le renouveler ». Œuvres romplèles, II, p. 543, Ine Fille d'Eve. — Pantalon caisse de nymphe, gilet prune de Monsieur, habit bleu-zéphir, c'est l'ordinaire toilette masculine en 1829. Elle devait varier bientôt et d'assez sensible façon. Cf. dans les Jeane-France de ïhéopliile Gautier le costume de Daniel Jovard avant sa converr sion au romantisme.

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C'est d'abord, dans certains groupes très avancés, très en vue. ceux-là mêmes qui touchent de plus près « au monde de la littérature et de l'art » et que donc la jeunesse imite le plus volontiers, c'est une « révolte générale contre les usages reçus et les costumes adoptés * » . On se jetterait aux pires extravagances plutôt que de ressembler à ces (' abhorrés bourgeois » ; et de fait on s'y jette avec un entrain endiablé et sans le moindre scrupule d'aucune sorte. Quelque exagération qu'il y ait dans sa toilette, il est rare qu'un instinct infaillible ne préserve pas une femme de certaines erreurs : un goût fin et sûr atténue en général ses plus vives audaces, et presque toujours l'ensemble se compose d'après les lois d'une secrète harmonie. Elégance et composition harmonieuse, vraiment c'étaient bien là les soucis des premiers et des plus fougueux romantiques. Pourvu qu'ils étonnent, déconcertent, stupéfient leurs ennemis naturels, u les bourgeois odieux »,

I. Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, II, p. 72. — Ce mépris, des usaf^es bourgeois s'emportait quelquefois à do bien ridicules excès. Dans le Cfiampavert de Pelrus Horel, le garçon d'hôtel. Laurent, propose à Passere*au, qui va sortir par le mauvais temps^ un parapluie. (^ L'n parapluie !... Laurent, tu m'insultes. Un parapluie 1 Sublimé-doux de la civilisation, blason parlant, incarnation, quintessence et symbole de notre époque ! Un parapluie !... Misérable transsubstantiation de la cape et de l'épée I Un parapluie 1 Laurent,, tu m'insultes ! Adieu ! »

Et sous ra\erse ruisselante, trempé, crotté, il déclame :

Ah ! quand l'amour jaloux bouillonne dans nos têtes, etc.

C'est bien certainement la plus romantique application qu'on ail faite du romantique passage d'Hernani. Autant d'ailleurs que par le culte de la barbe, Petrus Borel s'était rendu célèbre par la haine du parapluie.

LA TOILETTE MASCULINE 5o

ils se tiennent pour satisfaits : de tout le reste il ne leur chaut guère *. Sur leurs omoplates et autour de leurs reins, c'est le plus fantastique pêle-mêle de formes et de couleurs.

On se souvient de Taccoutrement des personnages dans le Bol de punch, de Théophile Gautier. « Leur costume n'était pas le costume français et l'on eût été fort embarrassé de désigner précisément à quelle époque et à quelle nation il appartenait... L'un avait un pourpointde velours noir et un pantalon collant, comme un archer du moyen uge ; l'autre un habit de conventionnel, avec un feutre

I. (( Les romantiques delà deuxième heure, \qs jeunes gens, comme dit l'auteur de Victor Hmjo raconté par un témoin de sa vie, rrélaient pas et ne songeaient pas à être des réformateurs. A quoi bon ? Ils étaient tout simplement des tapageurs.

« Le bruit leur plaisait, le bruit et la couleur. On était alors républicain, parce que les costumes de conventionnels sont plus pittoresques que les redingotes de bourgeois ; on aimait les révolutions, parce qu'une révolution fait du tapage et désennuie. On était bien aise de voir partir Charles X pour l'exil, parce que le brillant comte d'Artois était devenu un vieillard long et maigre, et que tout roi qui se respecte doit être un Antinous. On criait pour crier, en haine du convenu, du bourgeois et du poncif. On s'habillait de gilets cerise ; on portait ses cheveux longs comme un Raphaël, ou ras comme un duc d'Albe ; on alTichait une tenue « truculente » par haine pure des boutiquiers ou des académiciens. Tout homme à tète chauve était académicien de droit, et à ce titre subissait le mépris des bousimjos en gaîté... On était romantique par horreur du gris — tout simplement — par amour du carmin ou de l'indigo. » J. Clai'etie, Petrus Borel, p. 19. — Cf. là-dessus les réflexions chagrines de la Mode, i83o. H, p. 357 ; et ce passage du Tfiéopfiile Gautier de Du Camp, p. 33 : « J'étais bien enfant alors, mais je me souviens, passant sur les boulevards, dans le jardin des Tuileries qui était, à cette époque, la promenade favorite des Parisiens, d'avoir aperçu de jeunes hommes à longs cheveux, portant toute leur barbe, — ce qui était contraire aux bons usages, — coiffés de chapeaux pointus, serrés dans des redingotes à larges revers, cachant leurs pieds sous des pantalons à l'éléphant ; je les regardais avec une surprise où se mêlait quelque crainte, je disais : « Quels sont ces gens-là ? » On levait les épaules en me répondant : « Ce sont des fous ». Théo m'a dit souvent : « Notre rêve était de mettre la planète à l'envers »

pointu de raffiné ; celui-ci. une redingotede dandy, d'une coupe exagérée, et une fraise à la Henri IV. Tous les autres détails de leur ajustement étaient entendus dans le même style, et l'on eût dit qu'ils avaient pris au hasard et les yeux fermés, dans la friperie des siècles, de quoi se composer, tant bien que mal, une garde-robe complète ».

Beaucoup de jeunes gens d'alors n'ont pas eu d'autre idéal el ils nont pas suivi dans leur « ajustement » des règles plus sûres.

A peine çà et là quelques exceptions. Elles s'expliquent par une condition sociale plus relevée, une fortune moins modeste que celle des Jeune-France en général ou le désir de ne pas trop s'écarter, malgré tout, des élégances mondaines. (( Beauvoir, Vlbéric, Gavarni et moi », dit A. Iloussaye dans un des plus amusants chapitres de ses Confessions , où les gamineries et les gaîtés de toute cette pétulante et turbulente jeunesse sont bien vivement et bien spirituellement contées, « nous contrastions avec les autres romantiques par notre habillement rigoureusement à la mode du jour, presque à la mode du lendemain. Nous trouvions très bien que Théophile Gautier eût une redingote à bandebourgs pour être mieux étoffé ; que Gérard de Nerval s'habillât à la Werther ; qu'Edouard Ourliac eût des bottes à la Souvarof. Mais nous pensions quon pouvait être un très bon romantique en sTiabillant comme tout le monde, en mettant le chapeau sur le coin de loreille et en renversant outre mesure les revers de l'habit. Les romantiques abracadabrans se moquaient de nous et nous appelaient muscadins' n.

Muscadins! G'élail une injure. Le vrai romantique, le romantique «abracadabrant», ne fait de concession à

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