I. 1, livre M, la Bohème romantûine, pp. -aji-SS
rien ni à personne. Loin d'obéir èi une mode générale, il crée la sienne. Au lieu de ressembler à tout le monde, il n'aspire qu'à être lui-même. Il en est de sa toilette comme de ses idées artistiques et littéraires : il convient qu'elle soit pittoresque, truculenle. anti-classique surtout, et que le plus farouche individualisme y règne en maître incontesté.
On ne rêve que bizarreries, excentricités de toute sorte ; et c'est à qui se fera remarquer par quelque détail de toilette, inédit et éclatant. « Ces fantaisies de costume sembleraient étranges maintenant », écrivait Théophile Gautier en 1 863, « mais alors on les trouvait naturelles : le mot artiste excusait tout, et chacun suivait à peu près son caprice ». L'émulation est d'autant plus générale et plus vive que peintres et littérateurs fi-aternisent avec enthousiasme, <• dans le rêve et l'attente d'une même révolution artistique », et qu'à cette fréquentation, assez nouvelle pour lui, l'écrivain gagne le goût du pittoresque et le sens de la couleur, — avec le désir, bien naturel, de faire montre d'une acquisition toute i"écenle. Le monde se partage désormais « cnjlamboyants », c'est-à-dire romantiques, et « en grisâtres^ », c'est-à-dire classiques, et l'on devine sans peine à quel groupe tout bon jeune homme qui veut être de son époque se doit à lui-même de publiquement appartenir.
A ces excentricités de costume il va de soi que ce sont les peintres qui réussissent le mieux, et il est logique que
I. Ttiéophile Gautier, HisUnre du romantisme, la Légende du (jilet rouge. — Sans s'en douter probablement, ces jeunes gens ressemblent à leur glorieux ancêtre. M. le vicomte François-René de Chateaubriand, qui eut toujours une sollicitude spéciale pour ses costumes, et en varia prodigieusement les etîets. Cf. les jolis articles de M. André Beaunier, dans la Revue de Paris du i5 septembre et du i"" novembre 1910, les Costumes de M. de Clmteaubrland.
ce soit d'eux en général qu'on prenne le ton. Eugène Devéria a « le goût des ajustements fastueux comme un Vénitien du xvr siècle d ; il aime « le salin, les damas, les joyaux », et se promènerait volontiers « en robe de brocart d'or comme un Magnifique de Titien ou de Bonifazio ». Ses chapeaux rappellent « le feutre de Rubens ». (( De fortes bagues avec des pierres gravées pour chaton, d'épaisses chevalières d'or » brillent à ses doigts ; et quand il va dans la rue, « un ample manteau drapé à l'espagnole complète ces élégantes excentricités pittoresques ^ ». Camille Rogier a « des bottes à l'écuyère et des habits de velours nacarat-» ; et le costume de Jehan du Seigneur, <( profondément médité », se distingue par une u suprême élégance romantique ».
A demi homme de lettres, à demi rapin. Théophile Gautier rivalise d'éclat et de fantaisie avec Eugène Devéria et Camille Rogier. Il porte assez habituellement une « vareuse écarlate», et l'on sait de reste dans quel équipage il assiste à la première représentation d'Hernani : o pantalon vert d'eau très pâle, bordé sur la couture d'une bande de velours noir » et « ample pardessus gris doublé de satin vert ». « Gilet rouge, habit aux larges revers pointus, gants sang-royaliste, chapeau pointu, barbe et cheveux flottants », tel. au Salon de i833. se présente Petrus Borel aux yeux des bourgeois ahuris ; et pour inicux attirer et retenir les regards, la truculente peinture s'étale dans « un cadre tiicolore-^ ».
1. Tliéophilo ("laulicr, Ilistoiri' du romantisme, Eugène Devéria, p. 219.
2. A Houssayc, Confessions, I, livre vi, la Bohême romantique, p. 299.
;<. Jal. Causeries du Louvre, cité par Champlleury. les ] ignettes romantiques, chap. wii. Cliamplloury ajoute : <( 11 est fâcheux que la critique d'art n'ait pas été plus développée en i833. A part la
LA TOILKTTi: MASCULINE Sf)
Petrus Borel et Théophile fJauticr sont, un moment, (( les maîtres incontestés de ki jeunesse ». De l'un comme de l'autre on peut dire :
Dans son pourpoint de satin rose.
Qu'un goût hardi coloria, Il semble chercher une pose Pour Boulanger ou Devéria '.
Et la jeunesse n'a d'autre ambition que de les imiter de son mieux. Pourpoints à la Van Dyck, polonaises à brandebourgs, redingotes hongroises, accoutrements plus ou moins exotiques, le tout orné, bigarré, passementé, historié, de satin, de soutachcs. de parements, de fourrures : tout est bon pour se distinguer des « philistins », et aussi pour se distinguer, tout simplement. « Nous aurions voulu, — déclare Théophile Gautier, à qui nous empruntons ces détails, — nous aurions voulu marcher dans les rues précédés de nègres timbaliers.
Suivis de cent clairons sonnant des tintamarres »;
et tout bon romantique était alors de l'avis de Théophile (îauticr.
Il serait long de passer en revue ou même de citer
courte analyse donnée par M. Jal, je ne trouve pas de renseignements sur le portrait, et on peut en conclure que la peinture n'était pas à la hauteur de l'encadrement ». Il existe un autre portrait, non moins célèbre, de Petrus Borel, par Louis Boulanger. « Le modèle se profilait, noir et sérieux, sur le paysage, avec un vague reflet d'attitude à la Velasquez ». Id., ib. — « Il passait, vêtu de son costume de bonsingo : le gilet à la Robespierre, sur la tète le chapeau pointu et à large boucle des conventionnels, les cheveux ras à la Titus, la barbe entière et longue au moment où personne ne la portait ainsi, l'œil superbe, les dents magnifiques, éblouissantes, un peu écartées, beau comme Alphonse Uabbe, cet autre révolté qu'on appelait V Antinous d'Aix ». J. Claretie, Petrus Borel, p. iG. I. Théophilo (iauticr. Emaux et camées.
6o LK HOMAMISME ET LA MODE
toutes les fantaisies, toutes les bizarreries, mieux, toutes les folies qu'en fait de costumes se permettent alors les jeunes gens. Ce ne serait ni une exagération ni une inoxaclitude de le soutenir : toute œuvre romantique marquante a un instant mis à la mode, an moins dans de certains milieux, les accoutrements de ses personnages, pour étranges c[u"ils aient été. \ous pourrions nommer tel petit cercle où l'on sest habillé successivement « à la Chronique de Charles I\ » et « à la Notre-Dame de Paris ». A la lettre, il n'est pas jusqu'à la truandaille de la Cour des miracles qui n'ait eu ses imitateurs ; et de même qu'on jurait « par le nombril du pape, par la corne et le tonnerre, par le nombril de Belzébuth », et autres aménités qui fleurissent naturellement sur les lèvres du capitaine Phœbus de Chateaupers et de lécolier Jehan du Moulin, on reproduisait sur soi la tenue du capitaine, de l'écolier, de (iringoiie : et des lapins se promenèrent en cagoule, donnant à la foule ahurie d'ironiques bénédictions et saluant les passants inquiets d'un lugubre et caverneux : « Frèics, il faut mourir' ».
On dira: « C'étaient amusements déjeunes fous en mal d'excentricité. On a pu avoir ces habitudes impasse du Doyenné ou à la célèbre Childeberte : on ne les a guère eues ailleurs ». Et sans doute tout le monde ne ressemble
1. Gomme nous l'axons fait remarquci" dans le tliapitre précédenl, iJ faut tenir j^rand comjjtc du rôle que les bals cl les fêles d'artistes ont joué dans la dillusion du « goùl noviveau ». Il y en eut beaucoup, et qui firent grand tapage à l'époque. Cf. (^hampfleury, ] iyneUcs romantiques, p. ito, et Maxime Du Caiu]), Souvenirs littéraires, 1, eh. ii. — El la province imita Paris comme de coutume. « Le goût de ces fêles d'artistes s'étail répandu jusqu'en province. V Rouen, le jeune comédien ilélinguc, en conq)agnie d'archéologues, de peintres, de poèt<»s et de journalistes de l'endroit, devait en costume trionqjhant, marquer sa personnalité essentiellement romantique dans un bal d'ar listes organisé à l'hôtel de \ille ». Ici., ib.
LA TOILETTE MASCILINE 6l
pas à cet extraordinaire professeur d'histoire du collège Stanislas, Théodore Burette, qui va faire ses cours » en hottes à revers rouges, culotte de peau collante, gilet à la Robespierre, fnic verl à boutons d'or doublé de salin blanc* », ou encore à ces peintres dont parle Champfleury dans ses Souvenirs, « coiffés de feutres pointus ou de bérets bleus » et qui portent « de larges paletots bleu de ciel, doublés de satin rose », avec, « pour attaches à ces paletots, des boutons de nacre, larges comme des pièces de cent sous- ». Mais ce qu'il faut bien savoir, c'est qu'il y a eu un moment, dans l'histoire de la jeunesse françraise, où porter c un buffle », « des souliers à lapoulaine », « un chapeau à la Buridan » , « un pourpoint tailladé et une dague de Tolède », était (( le bonheur tout entier^ »,
I. Maxime Du Camp, Souvenirs UUéraires, II, p, 73, et Jean Gigoux, Causeries sur les artistes de mon temps, p. i3.
a. Souvenirs, p. 81. Les deux rapins s'appelaient Gothique et Christ. Ils habitaient rue Gît-le-Cœur, vers iSSg. C'étaient de « singuliers êtres barbus, coifTés de feutres point\is ou de bérets bleus ». Et Chamfleury d'ajouter : « A cette époque, il était de bon ton et presque de rigueur de se promener dans le Quartier Latin avec de semblables coifTures ». On peut voir aussi, dans les Mémoires de Pontmartin, I, p. ii5, ce qui est dit de « tout le personnel du jeune romantisme », qui fréquente le cabinet de lecture de Malvinalîosalinde.
3. Maxime Du Camp, Souvenirs lillérnires. II, p. 72. — Cf. encore Challamel, Souvenirs d'un hugolàlre, pp. Sg-Ai- « Une idée fixe » de Challamel jeune avait été d'avoir « un chapeau à la Buridan ». « On eh voyait beaucoup dans le Quartier Latin. Ce chapeau avait toute l'importance d'une manifestation ; quiconque l'adoptait prouvait par là son amour du moyen âge. » « Je n'ai jamais obtenu ce chapeau à la Buridan tant désiré, — continue Challamel. — Mes parents ont tenu bon contre mon effréné désir. Mais j'ai gardé les longs cheveux, comme bien d'autres adolescents de l'époque, et je me suis acheté un poignard semblable à celui d'Antony, « une bonne lame de Tolède », avec les « semaines » qu'on me donnait ». Rien ne montre comme des confidences de cette nature l'influence du romantisme pour tout ce qui regarde la toilette. — Cf. enfin Un Anglais à Paris, Notes et souvenirs, I, p. 12, et Flaubert, Correspondance, II, 80.
ij2 LE ROMANTISME ET LA MODE
On voit quelle part revient au romantisme dans la l'ormalion du (I goût nouveau ».
Cette ((résurrection des vieilles habitudes nationales », comme disait un magistrat favorable à la jeune école, cette (( résurrection » fait la joie des observateurs et des ironistes: et il est certain que par moments elle n'a pas dû manquer de pittoresque en effet, quoique, à vrai dire, les yeux aient dû aussi très rapidement s'y habituer ^
(( C'est décidément une mode. — écrit notre d flâneur parisien », à la date du 12 avril 183'» : — le moyen âge a un beau succès. Il n'est pas loin de triompher dans la littérature, et pour peu que cela continue, il finira par triompher aussi dans nos rues, en attendant qu'il triomphe un jour dans nos salons. Mon Dieu, ce n'est pas plus laid qu'autre chose, et c'est certainement plus amusant.
(( Il fallait d'ailleurs s'y attendre ; dès l'instant que les femmes s'habillent comme du temps d'Isabeau de Bavière, les hommes leur devaient bien la politesse d'endosser les costumes du temps de son benoît époux Charles VI ».
D'autres endroits du Journal sont plus explicites.
(( 18 mai [i834]. — J'ai eu le plaisir de voir des souliers à la poulaine. Ce n'est pas trop disgracieux, mais encore faut-il savoir s'en servir. Les pointes de ceux que j'ai aperçus étaient si effilées que le propriétaire a fini par
1 . On se rappelle l'observation de l'auteur des Notes et souvenirs, citée au début de ce chapitre. « Personne ne semblait s'émouvoir (à la vue déjeunes gens paradant dans les rues, en pourpoints, en hauts-de chausses, une courte épée pendue à la ceinture »), quoiqu'on ne fût pas en carnaval. <( Les Parisiens d'alors s'étaient habitués à ces bizarreries ». L'observation se rapporte aux premières années du règne de Louis WlII. — Quelques années plus tard, Flaubert écrivait, dans les Mémoires d'un fou : « A quoi est-il bon, un livre qui n'est ni instructif, ni amusant,... un livre qui ne parle ni des replis intimes du cœur humain, ni des habits moyen âge, ni de Dieu, ni du diable ? »
LA TOILETTE MASCl LINE 63
s'embarrasser dedans et qu'il a cliii (sic tout de son lon^;: sur le pavé. C'est bien dommage qu'il n'ait pas eu un fol à son service, pour détourner les rires des rieurs qui ne manquaient pas'. »
Naturellement, les collégiens n'ont pas de désir plus vif que de ressembler aux héros de la mode.
(( Au collège, — dit Maxime Du Camp, dans ses Souvenirs littéraires (II, p. 72), — nous rêvions de porter « un buflle » et d'être chaussés de souliers à la poulaine ; les souliers à la poulaine étaient pour nous un sujet d'admiration d'autant plus vive que nous ne savions pas ce que c'était. »
Même ambition et même convoitise chez les futurs rapins, ainsi qu'en témoignent les Causeries sur les artistes de mon temps, de Jean Gigoux. << Walter Scott avait mis le moyen âge tellement à la mode que c'était plus qu'une mode, plus qu'un engouement : c'était une vraie rage. On en venait à porter des souliers à la poulaine, et vous pouvez penser que je ne fus pas le dernier à emboîter le pas 2. »
Rien d'étonnant alors que le sujet ait excité la verve
1. Ce passa;?e du Journal n'est pas heureux, et ou ne reconnaît pas ici rtiabituelle clarté de notre ironiste.
2. I*. i3. Cf. aussi p. 4- — Quand il s'agissait de bals masques, on s'en donnait à cœur joie bien entendu, — ■ et encore en i84u. << Paillet, le célèbre avocat dont le souvenir n'est pas près de s'effacer au Palais de Justice, avait donné un bal costumé ; au milieu des bergères Pompadour et des seigneurs Henri II, Roger de Beauvoir était apparu en chevalier du xiv siècle. Il portait les jambières, les cuissards, les brassards et la cuirasse. Son heaume était rattaché au gorgerin, et, pour être tout à fait k moyqn âge )>. il avait rabattu la visière. Il fut fort admiré. Il y avait beaucoup de lumières, beaucoup de monde, la chaleur était intense. Enveloppé de sa ferraille, Roger de Beauvoir cuisait au bain-marie ; néanmoins il voulut valser, valsa, manqua d'air, s'évanouit et tomba avec le fracas d'un tuyau de poêle abattu par le vent. On l'emporta : on eut quelque peine à déboucler les lanières du gorgerin, et, lorsque l'on parvint à le
de notre <i ironiste parisien ». Il y revient eu effet, il y insiste.
(( 3 octobre |i8.r'[]. — Il serait vraiment injuste de ne pas le reconnaître, nous devenons artistes, puisque nous nous mascaradons sic). Il marrive de rencontrer dans mes promenades quotidiennes cinq ou six pourpoints, et je crois bien que ce ne sont pas les mêmes. Quand c'est en velours, la chose est assez seyante, et quand il y a des crevés, c'est fout à fait réjouissant. Un que j'ai vu hier, en velours vert crevé de rose, faisait retourner beaucoup de gens, et j'ai surpris chez quelques femmes des regards qui n'avaient rien d'hostile, voire même de décourageant. 11 est vrai que le pouipoint vert était surmonté de la plus fraîche figure et des plus fines moustaches du monde. »
« lo juin [même année]. — Je n'aurais jamais cru à de si belles formes chez la jeunesse. Les costumes à la moyen âge les font valoir d'admirable façon et mes petits mascaradeurs (sic) doivent le savoir parfaitement. Ils sont presque tous callipyges et pulchrimoUets. et nullement fâchés d'en prendre pour témoins les yeux de leurs contemporains et surtout de leurs contemporaines. Ma foi. ils n'ont pas si grand tort.
« Mais leurs pantalons, — pardon, ce qui fait suite à leurs hauts-de-c hausses. — cela est si étroit, si étroit qu'on a toujours peur, proh pudor ! que cela ne vienne à craquer...
(' Quelques-uns même de ces jeunes gens ont tout simplement un caleçon qui épouse les mollets, les genoux et les cuisses ; et comni'^,, ces caleçons sont parfois bleu
dégager, il était temps, car la syncope se prolongeait. Hélait vaillant, il quitta sa carapace de fer. n'abandonna pas le bal cl continua de darïser <( en bufïlc >■. Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, I, ch. M, le Temps perdu.
LA. TOILETIE MASCIUNE 6;^
d'azur, gris d'argent, ou violets comme une soutane d'évêque, le spectacle ne laisse pas d'être divertissant. On dirait que certaines des pièces nouvelles ont envoyé dans la vue leurs Jigurants. » C'est nous qui soulignons, bien entendu.
L'observation est l'exactitude même. 11 est clair d'ailleurs que rien ne pouvait l'avoriser les modes romantiques à l'égal du théâtre romantique.
Et le succès de ces modes a été tel un instant que de Paris elles se sont répandues, au moins partiellement, en province, — où on les a encore exagérées, comme d'habitude '.
« D'Orléans, ce deuxième de mai i83.'>.
« Mon brave et fidèle Lovs,
(( Prends ta cape espagnole et cours chez nos amis. Réunis autour de toi comme en un conseil des Caslillcs Karl, Jehan, don Luis à la barbe fauve et rutilante, et Antonio au teint plus basané que les Maures d'Afrique -. Que vos yeux s'ouvrent comme des arcs d'ogive et que dans vos poitrines loyales se réjouissent vos cœurs. A Orléans comme à Paris, les philistins sont en déroute, et par Saint-Jean d'Avila leur ruine totale sera bientôt
1. « Quand une bêtise amuse Paris, il est difficile que la province s'en prive. Aussi, dès que le lion promena dans Paris sa crinière, sa barbe et ses moustaclies. ses gilets et son lorgnon tenu sans le secours des mains, par la contraction de la joue et de l'arcade sourcilière, les capitales de quelques départements ont-elles vu des souslions qui piolestèrent, par l'élégance de leurs sous-pieds, contre lïncurie de leurs compatriotes ». lialzac, Albert Savanis, Œuvres complètes. II, p. lôg.
2. Rien ne fut alors plus à la mode que de donner à ses nom et prénoms un air gothique ou exotique. Cf. plus loin, chaiJ. v, l'Air romantique, p. 233.
consommée. Comme il sied à un féal tenant de la cause sainte, j'ai semé ici la bonne parole, et déjà la moisson est riche et abondante. »>
Quand on est romantique et qu'on a vingt ans. il n'est ])as ordinaire que votre qualité dominante soit la modestie. Notre rapin s'étend donc avec complaisance sur ses succès personnels, l'influence de ses \arcuses, pourpoints, toques et autres pièces des costumes alors à la mode, et continue avec une délicieuse ingénuité :
(( Tout ce qu'il y a de jeune, de vivant, d'ardent et de beau en ma bonne ville est d'ores et déjà gagné à nos façons, et s'habille comme nous nous habillons à Paris. Le grand Théo [Théophile Gautier] serait content, s'il se promenait dans nos rues. On ne voit que feutres à la castillane sur des nuques que protègent d'opulentes chevelures, et toquets cavalièrement posés sur l'oreille, avec des plumes de coq ou de faisan qui tremblent à la brise. Les gilets sont de couleur, rouges de préférence, et ils étincellcnt sur les poitrines comme des flammes. Le torse s'y emboîte et le cou s'y enserre comme en un carcan ou gorgerin... Qu'en dites-vous, messeigneurs :> Par la fressure du Saint-Père, vous sentez-vous tressaillir d'aise ? Pasques-Dicu 1 ou se croirait revenu aux beaux jours de la pucollc .lehanne qui déconfiturait si bien les Anglais ' ! »
Que pour se faire mieux valoir dans son rôle de jeune homme qui donne le ton, notre rapin exagère à plaisir le nombre de ses imitateurs, il y a apparence. « Le prestige d'importer en piovince les dernières fantaisies de la capitale » l'aura grisé, et il aura vu partout des adhérents de la fameuse « cause sainte ». Dès lors il convient de