‹ Le romantisme et la modeChapitre 34 sur 99 · Théopliile Gautier, Histoire du romantisme, passim · texte numérisé non relu

Théopliile Gautier, Histoire du romantisme, passim

do rcstliétiqiie nouvelle. Malheur en effet à qui ose se montrer en public, « Toreille guillotinée par ce triangle de toile empesé » qui s'appelle un col de chemise ! Plaisanteries, railleries, sarcasmes s'abattent sur lui « comme giboulées en avril ». C'est un profane, un retardataire, un barbare, un hottentot, un épicier, un bourgeois, un philistin et, pour tout dire d'un mot, un classique. Autant qu'une figure glabre et rasée, tout bon Jeune France s'interdit <( cet appendice d'une candeur de bêtise ». C'est une pièce de toilette surannée, qu'il faut supprimer résplument. Un étudiant, qui se targue d'être « un fanatique de la jeune école ». supplie sa mère de faire disparaître ( cela » de son trousseau : ses amis et lui ont juré de n'en plus faire usage, pour la belle raison qu'on n'en portait pas au moyen âge ni du temps des Valois ! En vain rééditet-on confie cette pratique des plaisanteries empruntées à la. Corbiéride, en vain raille-ton, en modifiant pour la circonstance les vers de Barthélemv et de Mérv,

La redingote sombre et l'étroit pantalon, Le pourpoint haut croisé, les bottes sans talon, ICt ce large col noir, dont la ganse impuissante Dissimule si mal une chemise absente :

personne ne veut plus ressembler à ces « solennels et stupides bourgeois » qui semblent offrir d'eux-mêmes k leur tête comme un bouquet dans du papier »>. Il ne faut rien de moins que « toute la majesté olympienne de Victor Hugo et les tremblements de terreur qu'il inspire », « pour qu'on lui passe son petit col rabattu — concession à Joseph Prudhomme ». Mais u quand les portes sont closes, qu'il n'y a là aucun profane, on regrette cette faiblesse d'un grand génie qui le rattachait à l'humanité et

même — à la bourgeoisie ! Et de profonds soupirs s'exlialent de leurs poitrines d'artistes ^ ! »

Mais plus encore que les brandebourgs, les soulaches, les fourrures et les gilets-pourpoints, ce qui distingue les jeunes révolutionnaires, c'est la chevelure et la barbe. Le classique est « un être glabre, à cheveux rares >, tandis que le romantique secoue une chevelure mérovingienne et étale, quand il le peut, une barbe de roi assyrien.

Terreur du bourgeois glabre et chauve.

Une chevelure à tous crins De roi franc ou de lion fauve Roule en torrent jusqu'à ses reins '^.

La Mode le remarque dès i83o : « Au bal par souscription, donné au profit des Anglais indigens, dans une des Salles des Menus-Plaisirs », on voit « des moustaches civiles, et même quelques virgules à la Jules Mazarin^ >».

La nouvelle mode fait des progrès rapides. La jeunesse s'est déclarée pour elle, et rien ne résiste au bel entrain de la jeunesse. On connaît là-dessus les passages de Théophile Gautier, dans son Histoire du romantisme. L'un<l'eux

1. Tliéophile Gautier, Histoire du romanUsme, p. .32. — u Toujours \ètu de noir, il (Simon Giguel) portait la cravate blanche, qu'il laissait descendre au bas de son cou : aussi sa figure semblait-elle sortir d'un cornet de papier blanc, car il conservait ce col de chemise haut et empesé que la mode a fort heureusement proscrit ». Le Député (V Arcis, dans les Œuvres complètes de Balzac, XIll, p. la.

■j. Théophile Gautier, Emaux et camées.

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