‹ Le romantisme et la modeChapitre 35 sur 99 · II, p · texte numérisé non relu

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nous fait la description des jeunes enthousiastes résolus à assurer le succès d'Hernani.

(' Oui, ils avaient des cheveux. — on ne peut naître avec des perruques, — et ils en avaient beaucoup, qui retombaient en boucles souples et brillantes. Quelquesuns portaient de fines moustaches, et quelques autres des barbes entières, et cela seyait fort bien à leurs tètes spirituelles, hardies et fières, que les maîtres de la Renaissance eussent aimé à prendre pour modèles. »

Quatre ans plus tard, il ny avait rien de changé dans la mode, et bien au contraire, puisque Théophile Gautier nous assure qu'à la première représentation d'Antony, on voyait « des mines étranges et farouches, des moustaches en croc, des royales pointues, des cheveux mérovingiens ou taillés en brosse ». Et plus tard encore, dans les Français peints par eux-mâmes, Elias Regnault, en faisant le portrait de « l'Homme de lettres », constatait, non sans ironie, que ces habitudes n'avaient rien perdu de leur ostentation quelque peu provocante.

(( L'homme de lettres voulut se transformer lui-même et apparaître comme l'habitant ressuscité d'un autre siècle. Alors vinrent les barbes moyen âge, la chevelure moyen âge... Il se fit comme une irruption de barbares qui représentaient toutes les contrefaçons vivantes de l'homme des anciens jours, depuis Louis XV jusqu'à Clodion le-Che- A^elu. Alors on put rencontrer la coiffure de Saint-Louis en omnibus, la barbe de Henri lll en voiture à vapeur, et le chapeau du duc de Guise à l'estaminet K »

Il ne saurait être question d'indiquer les diverses manières dont les Jeune-France arrangent leurs opulentes

I. Les Français j)ciiils par eux-itièines. III. p. !î36. — On remarquera le prénom romantique de ce railleur d'une mode romantique.

chevelures. Toutes façons leur sont bonnes, qui s'écartent des façons ordinaires et bourgeoises, et la seule règle est la fantaisie. Les uns portent leurs cheveux c en broussailles » ou « en tempête »>, pour mieux imiter la nature « dans sa libre et sauvage beauté' ». D'autres (( se font la tête » de tel ou tel personnage marquant de l'histoire de France. Il en est enfin qui copient les peintres de la Renaissance ou mênme les primitifs, tel Onuphrius. « Ses cheveux, séparés sur le front comme des cheveux de femme, descendaient symétriquement le long de ses tempes jusqu'à ses épaules, sans frisure aucune, aplatis et lustrés à la mode gothique, comme on en voit aux anges de Giotlo et de Cimabuë -... » El nous nous contenterons de parler avec un peu plus de détail des barbes romantiques.

Ce sont encore les peintres qui prêchent d'exemple et donnent le ton — en compagnie de l'inévitable Petrus Borel — et avec une intrépidité d'indifférence admirable pour le scandale qu'ils provoquent ainsi. « Une barbe ! cela semble bien simple aujourd'hui, mais alors il n'y en avait que deux en France : la barbe d'Eugène Devéria et la barbe de Petrus Borel 1 II fallait pour les porter un courage, un sang-froid et un mépris de la foule vraiment héroïques! Entendez bien, non pas des fa^oris en côtelettes ou en nageoires, ni une mouche, ni une royale, mais une barbe pleine, entière, à tous crins ; quelle horreur •' 1 0

On connaît la lettre curieuse oii Victor Hugo {Correspondance, 11, pp. 67-71) rappelle la profession de foi « nette, explicite et formelle, sans ambiguïté et réticence,

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