I. Henri Bouchot, Le Luxe français, p. 21G
3. Sur ce succès inouï, cf. notre étude, Le Roman historique à l'époque romantique, li\re lU, ch<\p. \. On peut afFirnier qu'aucune œuvre littéraire n'a plus fait pour le culte du moyen âge. Notre-Dame de Paris parachevait ainsi glorieusement ce qu'avait commencé, avec tant d'éclat aussi, le Génie du Christianisme. — Victor Hugo eut naturellenieiit pour sa part le goût qu'il avait contribué à mettre à la mode. Il sultit d'une visite au musée de la place des Vosges pour s'en convaincre.
lOO LE ROMANTISME ET LA MODE
romantisme de Théophile Gautier ; il y en a plus encore clans celui d'Eugène Sue. comme vous l'apprendra le livre de M. Jacques Boulenger sur les Dandys ; la Mode enfin vous donnera (i838, i" trimestre, p. v>o^) une longue description du cahinet de Roger de Beauvoir ; vous y verrez que ce cabinet est essentiellement gothique ; qu'il contient des panoplies, des bahuts, des vitraux ; qu'il y a surtout une pièce dont le propriétaire ne devait pas être le moins fier, et c'est tout simplement « un missel de i35o '. »)
Dans la plupart des ateliers de peinture, au milieu d'un pêle-mêle, dun fouillis quelquefois inextricable, dominent les choses du moyen âge. ainsi qu'il convient. Chez Jehan Du Seigneur, rue de Vaugirard,
Lo plafond laisse voir, dans ses angles obscurs. De poudreux mannequins, de jaunâtres squelettes. De gothiques cimiers ; sur deux rangs de tablettes. Serpente un clair-semé de bosses, d'oripeaux. De papel espagnol, de médailles, de pots "-.
Volontiers délaisse-t-on le modèle ou le chevalet pour se mettre en quête des « reliques divines du moyen âge »,
1. Cf. sur le même sujet les Mémoires de Villemessant, I, p. 162 ; et voir d'après la description d'un appartement vers 1820 (O. Uzanne, La Femme et la Mode, p. 113) les changements apportés par la manie gothique. — Mais ici encore, et dans la plupart des cas, il y avait beaucoup de littérature. « Ceux qui éblouissaient les yeux du lecteur par leurs descriptions radieuses d'intérieurs princiers, étaient logés à mauvaise enseigne dans des appartemens que ne voudraient pas h.ibiter aujovud'hui messieurs les bourgeois. Mérimée, Sainte-Beuve, tous les académiciens, comme tous ceux du dehors, ne savaient pas vivre de la grande vie, pas même Lamartine. Je ne sais guère que Victor Hugo, Janin, Beauvoir, Karr, qui comprirent le luxe des étotîes et de l'ameublement. Pour moi, même avant d'avoir de l'argent, j'avais des (îobelins ; comme Tardif, ami de (îillot, j'aurais mieux aimé dîner avec des objets d'art que d'avoir bonne table et mauvais gîte. » A. Houssaye, Confessions, II, p. 20.
2. Philolhéc O'Neddy, Première nuit, Pandcemonium. — Le boudoir
L AMEIBLEMENT ET L ARCHITECTURE lOI
et lel no^ ice en peinture a le iluir — cl les chances — d'un antiquaire de profession.
« Oui, vous avez raison, Mentor, Solon, Phocion, Aristide », écrit un jeune rapin ' à un ami qvd a^ait dû le gronder sur sa paresse ; « j'aurais pu travailler davantage. Ne croyez pas cependant que j'aie perdu mon temps tout à fait. Si mon pinceau a quel([ue peu chômé, mes jamhes ne sont pas restées inactives. A force de courir les marchands de bric à brac et les anliquaires, j'ai déniché des merveilles, hé oui ! ne souriez pas, de pures merveilles. Vous ne reconnaîlrez plus mon atelier. Les murs sont tapissés de mes trouvailles, bel et bien authentiques. Monsieur, s'il aous plaît. Nous avons des pieux, des épées, des poignards à coquille, des dagues, des mousquetons, une armure complète du xiv% une bonne demi-douzaine de morionS; deux paires de cuissarts. Ah I l'enivrante émotion que je dois à l'un d'entre eux ! Il était sale,. la rouille faisait croûte et relief par endroits, à pleins paquets. Je le frotte, je le fourbis, et à mesure que l'épaisse couche disparaît, voilà des lettres qui se montrent, gauches, maladroites, à la face interne gauche de devant, des lettres
d'Alberlus est naturelloniont d'après le goût de l'époque. 11 y a, entassés, pêle-mêle avec une foule d'objets exotiques,
Arquebuses à mèche, espingoles, troniblons. Heaumes et corselets, masses d'armes, rondaclies. Faussés, criblés à jour, rouilles, rongés de taches ; Mille objets — bons à rien, admirables à voir ; Caftans orientaux, pourpoints du moyen âge. Rebecs, psalterions, instruments tiors d'usage...
Théophile Gautier, Albertiis. LXXVIl.
On sait que, dans le voyage qu'il fit en Espagne avec Eugène Piot, Théophile Gautier comptait bien trouver à Tolède (( quelques vieilles armes, dagues, poignards, colichemardes, espadons, rapières », et qu'il eut la douleur de constater qu" « à Tolède il n'y avait pas plus d'épées que de cuir à Gordoue. » Maxime Du Camp, Théophile Gautier, p. 92.