‹ Le romantisme et la modeChapitre 45 sur 99 · I. Edgar Goutaric, i · texte numérisé non relu

I. Edgar Goutaric, i

évidemment gravées par une main novice, à la pointe du couteau peut-être ou au poignard : Jehan Longue-cuisse, i432 ! J'aurais hurlé d'enthousiasme I... Trois jours après, autour du cuissart posé sur un chevalet, nous avons dansé une danse de sauvages ; puis chacun des sauvages a enfilé la lourde chose. Par la fressure de tous les lansquenets, il était bien nommé, l'animal ! et il l'avait longue, la cuisse ! Cela nous descendait quelquefois jusqu'au milieu du mollet 1...

(I Vous verrez aussi deux bahuts, qui sont uniques.

On ne vous les décrira pas, Monsieur, pour mieux aous donner la démangeaison de venir les voir. N'en sentez-vous pas déjà comme un prurit exquis ? Mais, par Satan, vous respecterez, vous aussi, l'inscription qui les protège ; (( Humble remontrance de ne se seoir mie dessus ! n

Tout cela n'est pas mal déjà : on peut faire mieux encore.

^( Dans l'intimité du Cénacle ». est-il dit dans le Théophile Gautier de Maxime Du Camp, p. ^2. <i on appelait Célestin jVanteuil : le capitaine ; non pas qu'il eût porté la double épaulette d'or et le sabre d'ordonnance ; fi donc 1 Entre initiés on n'admettait que les lames authentiques de Tolède, les cottes de mailles de Milan, les poignards ciselés par Benvenuto Cellini ; mais à toute autre arme on eût

préféré :

Notre dague de famille ; Une agate au pommeau brille Et la lame est sans étui. »

Et en eiVet Célestin Nanteuil est l'original — légèrement poussé à la caricature — d'Elias A> ildmanstadius.

Dans la maison qu'il habite. \N ildmansladius, pas iNanteuil, — poutres sculptées, toit qui surplombe, fenêtres en ogive, carreaux en losange, tremblant au moindre coup de vent dans leur résille de plomb, maison un peu

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moderne cependant, puisqu'elle ne date que de lôôo toul au plus el que la pureté toute gothique en est altérée par quelques bossages vermiculés, quelques refends, quelques essais timides de colonnes corinthiennes, où le goût de la Renaissance se faisait déjà sentir. — dans la maison qu'il habite sont rassemblés « les meubles les plus anciens qu'il eût pu trouver -> : « de grands fauteuils de chêne à oreillettes, couverts de cuir de Gordoue avec des clous à grosses têtes, des tables massives aux pieds lortus. des lits à estrade et à baldaquin, des buffets débène, incrustés de nacre, rayés de filets d'or, des panoplies de diverses époques, tout ce bagage rouillé et poussiéreux, qu'un siècle qui s'en va laisse à l'autre comme témoin de son passage, et que les peintres disputent aux antiquaires chez les marchands de curiosités. »

On comprend à la rigueur les aigres observations d'Elias Regnault. dans V Homme de Lettres : » La célébrité littéraire a imaginé la grotesque réhabilitation du mobilier moyen âge. C'était une manière facile de se distinguer, et bientôt tout homme de lettres eut son lourd bahut, sa table vermoulue à jambes torses, son étagère appuyée sur des têtes grimaçantes. De vieux plâtres, de vieux cadres, de vieux fauteuils, de vieilles porcelaines, de vieilles tapisseries firent les délices des novateurs de l'époque, et les partisans fanatiques du progrès s'entourèrent de dagues, de pertuisanes, declaymores et de haches d'armes, passées à l'état inoffensif de décorations '. »

De l'atelier du ])eintre ou du cabinet de l'homme de lettres, la passion gothique — fiiror (jotbiciis, disent ceux qui ne l'aiment guère — gagne « les maisons de tenue recherchée », puis le grand public. Balzac l'a maintes fois

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